Brésil: l’acquittement du mandataire présumé (140493)
Un procès rempli de vices de formes
Le CIMI exige l’ouverture d’une nouvelle enquête
Ponta Pora, (Brésil), 14avril(APIC) Quand seront condamnés les responsables de la mort de l’Indien Marçal? Cette question est publiquement posée au
Brésil depuis l’acquittement le 30 mars dernier de Libero Monteiro de Lima,
grand propriétaire terrien, principal accusé du meurtre de l’Indien Marçal
de Sousa Tupa’Y, du peuple Guarani, il y aura bientôt 10 ans. La lenteur de
la procédure judiciaire comme son récent acquittement continuent de faire
scandale dans le pays, du moins pour ceux que préoccupent le sort que l’on
réserve aux Indiens brésiliens.
Le jugement prononcé à Ponta Pora dans l’Etat du Mato Grosso du Sud, a
fait ressurgir à nouveau un crime commis, il y a près de dix ans, quand le
25 novembre 1983, fut assassiné Marçal de Souza Tupa’Y, un des principaux
laeders indiens du pays.
Le jugement a été marqué de divers vices de forme relevés par les avocats de Marçal. Par six voix contre une, le grand propriétaire, un des plus
riches de l’Etat, fut acquitté par le Tribunal du Jury. L’avocat Maucir Poletti, du Conseil Indigéniste missionnaire (CIMI), conteste la légitimité
du jugement. On n’a pas fait état, devant le tribunal, de l’attitude de Libero Monteiro de Lima, pourtant connue de tous, qui revendiquait la terre
appartenant au territoire des Indiens Pirakua. Maucir Poletti a fait également remarqué que l’enquête était incomplète puisque plusieurs témoins
n’ont pas été entendus et que l’accusation n’a pas pu avoir accès à certains documents annexés au dossier.
Le CIMI, en accord avec son avocat, a fait recours auprès du Tribunal de
l’Etat de Mato Grosso do Sul, en invoquant le fait que la décision d’acquitter Libero Monteiro de Lima ne tenait pas compte des indices qui en
faisaient clairement le mandant du crime commis. Par ailleurs, la défense
demande l’ouverture d’une autre enquête contre trois autres personnes compromises dans la préparation et l’exécution du crime et qui jusqu’à aujourd’hui n’ont pas été inquiétées.
Le message de l’Indien Marçal au pape
Marçal était l’un des plus importants laeders indiens du Brésil. C’est
lui qui en juin 1980, avait lu un message au pape Jean Paul II, lors de sa
première visite au Brésil. Il avait alors affirmé: "Les tribus indiennes
brésiliennes sont massacrées, exploitées et tuées par des hommes de main
armés qui nous traitent comme des animaux. Aujourd’hui nous vivons dans la
misère, assassinés par ceux-là mêmes qui ont volé notre sol, le sol de ce
grand pays, appelé ’pays chrétien’". Marçal de Souza Tupa’Y a payé de sa
vie sa lutte pour la dignité des peuples indiens du Brésil. Evoquant sa mémoire, Mgr Luciano Mendes de Almeida, président de la Conférence nationale
des évêques du Brésil (CNBB), a rappelé que seule la démarcation des terres
indiennes et la vigilance pour qu’elles ne soient pas à nouveau envahies
donnerait la garantie de la survie des premiers habitants du pays". (apicem/ba)