Brésil: inquiétante montée des sectes (271290)
Brasilia, 27décembre(APIC) Jusqu’il y a peu, l’immense majorité des 140
millions de Brésiliens se déclaraient fermement catholiques, mais si
l’Eglise ne prend pas d’urgence une initiative pastorale significative, le
Brésil ne sera bientôt plus qu’une "mosaïque confuse de sectes". C’est
l’avertissement que contient un rapport confidentiel diffusé parmi les membres de la Conférence épiscopale brésilienne (CNBB) à la veille de son assemblée plénière de février prochain.
Selon ce rapport, ce sont quelque 600’000 catholiques qui quittent
l’Eglise chaque année, le plus souvent pour grossir les rangs des sectes
fondamentalistes, mais également d’autres groupes religieux, "sous notre
regard indifférent", déplore un évêque cité par l’hebdomadaire "Vida Nueva", de Madrid.
Le rapport destiné aux évêque révèle que les groupes évangéliques fondamentalistes, et plus particulièrement des dénominations pentecôtistes comme
les puissantes "Assemblées de Dieu", triplent chaque année leurs effectifs;
d’autres groupes connaissent une croissance plus lente, "mais tout aussi
alarmante". C’est le cas des cultes syncrétiques qui reprennent certains
éléments catholiques pour les combiner avec des rites d’origine africaine.
Selon Mgr Carlos José Boaventura Kloppenburg, évêque de Novo Hamburgo et
membre de la Commission Théologique Internationale (Rome), il existe des
centaines de sectes et groupes de ce type, les plus populaires étant incontestablement l’Umbanda et le Candomble, des cultes afro-brésiliens où l’on
retrouve des éléments empruntés au vaudou (plus de 30 millions d’adeptes).
A la différence des adeptes des dénominations fondamentalistes, les Brésiliens qui pratiquent l’Umbanda ou le Candomble revendiquent leur appartenance à la religion catholique. Récemment encore, l’une des guérisseuses
les plus populaires et les plus charismatiques de l’Umbanda a demandé avant
de mourir d’être enterrée selon le rite catholique. Pour Mgr Kloppenburg,
les adeptes de ces cultes afro-brésiliens se rallient pourtant à des
croyances magiques et fatalistes qui, dans la pratique, sont tout à fait
étrangères à la foi catholique. "Ceux-là, autant dire qu’on les a perdus",
commente l’évêque.
Poussée de l’islam
Outre l’élection du nouveau président de la Conférence épiscopale, l’assemblée plénière de février aura à son ordre du jour un débat sur un autre
phénomène, plus récent: la poussée de l’islam au Brésil.
Selon le "Jornal da Opiniao", un hebdomadaire brésilien de tendance
catholique, un grand nombre de mosquées se sont ouvertes dans des villes
comme Rio de Janeiro, Bahia ou Sao Paulo, et ils seraient déjà plus de
trois millions de Brésiliens à y prier Allah. Grâce à une aide financière
annuelle de 5 millions de dollars en provenance de l’Arabie Saoudite, les
musulmans brésiliens ont entrepris une offensive de prosélytisme qui, pour
n’être pas tapageuse, n’en est pas moins efficace: journées d’information
sur l’islam, initiation au Coran, retraites spirituelles,... Ils veulent
faire du Brésil une "tête de pont" sur le continent latino-américain, dont
le centre serait la ville de Sao Paulo. Grâce une fois encore à l’aide financière de l’Arabie Saoudite, ils sont en train de construire un important
centre de formation de missionnaires. "Le plus grave, commente un représentant de la CNBB, c’est que l’islam financé et stimulé par l’Arabie Saoudite
est le plus rigide, le plus en contradiction avec les traditions culturelles locales et le plus fermé au dialogue".
Pour le représentant de l’épiscopat interrogé par "Vida Nueva", les évêques n’ont pas encore arrêté un plan d’action définitif pour faire face à
ce problème qui tient moins à la montée de nouveaux groupes religieux qu’à
l’affaiblissement dramatique de l’Eglise catholique: "Faute d’une décision
définitive et unanime, nous serons responsables si le Brésil finit par devenir une Babel religieuse". (apic/cip/cor)