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    une audacieuse typologie de l’Eglise

    Brésil : Dom Adriano Hypolito dresse (030388)

    De l’"Eglise-caserne" à l’"Eglise-peuple de Dieu"

    Lucerne, 3mars(APIC) Un jour de 1979, une bombe est découverte sous l’autel de la cathédrale de Nova Iguaçu. Un nouvel avertissement à Mgr Adriano

    Hypolito, un "évêque subversif" qui, trois ans auparavant, avait été enlevé

    par un commando des services secrets de l’armée qui l’avait abandonné sur

    une route nu et maculé de peinture rouge. "Bête noire" des militaires à

    l’époque de la dictature, Dom Adriano Hypolito, depuis 21 ans évêque de Nova Iguaçu, un diocèse suffragant de Rio de Janeiro, est âgé aujourd’hui de

    70 ans. Il est pourtant resté alerte et plein d’humour, malgré la difficile

    situation sociale que traverse son pays le Brésil, frappé de plein fouet

    par la récession économique qui a mis à la rue des centaines de milliers de

    familles ces derniers mois dans la région de Rio.

    Actuellement en Suisse à l’invitation de l’Action de Carême pour parler

    durant ce temps de jeûne et de réflexion de l’engagement de l’Eglise brésilienne en faveur des droits de l’homme, Dom Adriano Hypolito a dressé pour

    l’Agence APIC Brésil : Dom Adriano Hypolito dresse (030388) dans son pays, avant

    d’évoquer la désillusion de l’Eglise face à la "nouvelle république" du

    président Sarney.

    "J’ai tenté de faire une typologie de l’Eglise dans mon pays, lance-t-il

    ironiquement : il y a l’Eglise-caserne, l’Eglise-entreprise, l’Eglise-musée

    et l’Eglise-sanctuaire. Dans cette dernière conception, on est là pour le

    Bon Dieu, pour le spirituel, l’Eglise ne pense qu’à elle-même, à sa sainteté, sans s’occuper des problèmes environnants. C’est une attitude que l’

    on rencontre également chez nombre de sectes protestantes fondamentalistes.

    Les problèmes de la société, c’est l’affaire du gouvernement. Comment peuton dans ce cas prier le Notre Père : Donne-nous aujourd’hui notre pain de

    ce jour... ?"

    "L’aile droite de la CNBB n’est pas représentative"

    "Cette tendance n’est pas représentative, mais elle fait beaucoup de

    tort à l’Eglise par sa manière d’attaquer l’action sociale de l’Eglise en

    la présentant comme une excroissance et un abus de l’Evangile. Ils veulent

    bien faire l’aumône, mais pas question de parler de justice sociale, de

    meilleurs salaires pour les ouvriers : ce sont là des oeuvres du diable.

    Cette tendance est bien illustrée par l’évêque franciscain d’origine allemande Boaventura Kloppenburg, évêque de Novo Hamburgo, connu pour ses attaques sans nuances contre la théologie de la libération".

    "Ce prélat est tout à fait isolé au sein de la Conférence Nationale des

    Evêques du Brésil (CNBB). L’aile droite, qui vote systématiquement contre

    la majorité des évêques de la CNBB lors des assemblées générales de l’épiscopat (qui rassemble quelque 280 évêques), est très faible, une poignée :

    Mgr Luciano José Cabral Duarte, évêque d’Aracaju, Mgr Kloppenburg, Mgr Eugênio de Araujo Sales et son auxiliaire Mgr Karl Josef Romer, Mgr José

    Fernandes Veloso, évêque de Pétropolis, Mgr José Freire Falcao, archevêque

    de Brasilia... Un certain nombre hésite et balance d’une position à l’autre

    selon les circonstances. Plus des deux-tiers suivent la ligne de la CNBB,

    qui est aussi ma position."

    "Hiérarchie et discipline"

    "L’Eglise-caserne a pour modèle les mêmes principes fondamentaux que les

    forces armées : hiérarchie et discipline. S’il n’y a plus de hiérarchie,

    c’en est fini de l’armée. L’autorité ne se discute pas : c’est exactement

    ce qui passe dans l’archidiocèse de Rio avec le cardinal Eugênio de Araujo

    Sales. C’est le seul qui doit avoir la responsabilité pour tout, c’est cette mentalité."

    "Dans l’Eglise-entreprise, c’est comme dans l’économie, ce qui compte,

    ce sont les mérites et la productivité. Dans ma jeunesse, comme prêtres,

    nous devions faire par exemple chaque mois des statistiques au sujet du

    nombre de confessions que nous avions entendues. Pour calculer, les méthodes étaient plus ou moins sophistiquées : on se servait d’un compteur ou

    d’un chapelet. Cette conception purement productiviste a disparu, tandis

    que le modèle Eglise-caserne est vraiment encore là, et l’évêque n’en n’est

    pas le seul responsable. Son entourage, par la force de l’habitude et la

    formation, y contribue également".

    "Dans l’Eglise-musée, tout doit rester comme avant. Cela tourne parfois

    à l’intégrisme, comme dans le diocèse de Campos, ou Mgr Antonio de Castro

    Mayer, qui a des sympathies pour Mgr Lefèbvre, a réuni autour de lui une

    vingtaine de prêtres qui ont érigé des paroisses parallèles. Cela crée des

    problèmes, car les gens sont maintenant divisés. Ce phénomène est limité au

    diocèse de Campos, mais cet esprit existe également ailleurs. Mais c’est

    l’affaire d’une élite sociale. Dans mon diocèse, il n’y a que des travailleurs, alors cela ne prend pas. C’est la même chose pour le mouvement "Tradition, Famille, Propriété" (TFP - extrême-droite), les pauvres ne s’y

    retrouvent pas".

    "L’évêque n’a pas à s’élever au-dessus des autres"

    "Ce que nous voulons, c’est une Eglise-peuple de Dieu, une Eglise-corps

    mystique de Jésus-Christ : ce sont des acceptions bibliques très riches. En

    tant qu’évêque, j’appartiens à l’Eglise parce que je suis membre du peuple

    de Dieu. Je ne peux pas ainsi m’élever au-dessus des autres, des laïcs,

    parce que j’appartiens à ce peuple de Dieu. Nous sommes donc tous frères,

    c’est une révolution copernicienne. Paradoxalement, c’est la dictature militaire - sa doctrine de sécurité nationale, avec son cortège de

    corruption, de censure, d’arrestations, de tortures et d’assassinats - qui

    a produit cette conversion de l’Eglise en faveur des pauvres, dans la ligne

    de l’Evangile. Mais l’élite au pouvoir, sentant quelle perdait la justification idéologique que l’Eglise lui donnait précédemment, n’a manqué dès

    lors aucune occasion pour l’accuser de trahison, de subversion, de marxisme...Il reste une minorité de prélats dans l’Eglise qui regrettent le temps

    ou l’Eglise faisait partie de la structure de pouvoir".

    L’Eglise ne croit plus à la "nouvelle république" du président Sarney

    "Le président Sarney - avant d’être gouverneur du Maranhao - s’était emparé illégalement de terres, mais tous l’on fait. Le problème, c’est qu’il

    ne peut pas représenter les intérêts du peuple. Mgr Pascasio Rettler,

    l’évêque de Bacabal, dans le Maranhao, avait à l’époque protesté auprès du

    ministre de la Justice, mais le gouvernement ne voulait rien faire, parce

    que Sarney était intéressé. Je ne crois pas que l’on puisse réaliser de

    réforme agraire dans ce cas. C’est bien qu’il y ait une fois une discussion

    sur ce sujet, mais on n’arrivera à rien de concret. La Constituante - la

    nouvelle Constitution devrait sortir le 21 avril prochain - ne le veut pas.

    Elle en parle en général".

    "L’Eglise s’est depuis plusieurs années battue pour ’un nouvel ordre

    constitutionnel’ en faveur du peuple, mais elle n’a pas réussi. Il y a une

    schizophrénie sociale dans ce pays : une élite minoritaire au sommet et la

    majorité du peuple marginalisé. On peut faire ce que l’on veut, on ne peut

    combler le fossé entre ces deux peuples. Il est intéressant de remarquer

    que durant la dictature, la plupart des élites semblaient être avec l’Eglise contre les militaires. Avec le retour de la démocratie, les élites ont

    montré qu’elles ont la même attitude que les militaires et elles accusent

    maintenant l’Eglise de se servir des pauvres stratégiquement pour participer à nouveau au pouvoir et récupérer son influence. Presque toute la presse brésilienne relaie désormais ces accusations". (apic/be)

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