Brésil: dialogue entre juifs et catholiques (151192)
Sao Paulo, 15novembre(APIC) Au moment où le Brésil connaît une recrudescence d’antisémitisme et de racisme, la 3e réunion annuelle de la Commission nationale du dialogue religieux entre catholiques et juifs (COCAJU),
réunie dimanche et lundi derniers à Sao Paulo, n’a pas manqué de rappeler
la nécessité du dialogue dans l’éducation de la foi. Les participants ont
redit également la valeur de toutes les traditions religieuses qui enrichissent à leur manière la société brésilienne.
Au début de la rencontre, placée sous le thème "Education et Dialogue",
des groupes d’élèves de collèges catholiques et des jeunes juifs ont débattu de l’importance de cette tolérance. Mgr Serafim Fernandes de Araujo, archevêque de Belo Horizonte et vice-président de la Conférence nationale des
évêques du Brésil (CNBB), qui présidait la réunion, a introduit les principaux conférenciers juifs et catholiques. Entre autres, les professeurs Nelson Rosenchan, Roseli Fischmann et le Père Josè Maria Monte Oliva. Tous ont
apporté des précisions concrètes sur l’augmentation inquiétante du racisme
dans le pays. A l’issue de la rencontre, les participants ont décidé la
poursuite d’un projet d’éducation scolaire en vue du dialogue récipropre et
pour une lutte déterminée contre toutes les formes de préjugés.
Les activités de groupes racistes
La COCAJU, durant ces deux jours, a étudié de près les activités de
groupes racistes appelés "carecas", "skinheads" et "white power". ILs se
manifestent dans les rues par des slogans racistes peints sur les murs des
immeubles, des slogans injurieux incitant les passants à la haine. La Commission a en outre signalé la réapparition de l’idéologie nazie au Brésil.
Devant ces faits, la COCAJU a exprimé son plus véhément refus à ces manifestations et se solidarise avec les Juifs, les Noirs et les personnes originaires du Nord-Est qui sont l’objet d’une répugnante campagne de haine,
"une campagne frontalement contraire à la religion et à la Constitution
brésilienne".
Les responsables du mouvement s’engagent à promouvoir le dialogue religieux: "A travers lui, il s’agit de former les consciences catholiques et
juives à une mentalité ouverte aux valeurs éthiques et morales des deux religions. Enfin en approfondissant les liens historiques et théologiques entre eux, ils ouvriront progressivement les coeurs à une vie fraternelle entre les communautés juives et chrétiennes".
Une fraternité consolidée
Pour Mgr Serafim de Araujo, la réunion fut très significative. "Devant
la renaissance d’expressions nazies, nous défendons les droits des minorités. Comme nous venons de le faire lors de l’assemblée épiscopale latinoaméricaine de Saint-Domingue, nous réaffirmons ici la dignité et la cause
sacrée de la vie", a-t-il mis en évidence. Le rabbin Henry Sobel, responsable juif au sein de la COCAJU, s’est déclaré enchanté de cette réunion de
Sao Paulo. Il a tenu à déclarer: "Tous ceux qui ont participé à la rencontre ont vécu une véritable fraternité entre juifs et chrétiens. Une fraternité qui s’est consolidée en cours de route".
Evocation de l’holocauste
Le rabbin Sobel a rappelé la date tragique du 9 novembre 1938, commencement de l’anéantissement physique de 6 millions de juifs quand les premiers
d’entre eux furent conduits par les nazis vers l’holocauste. Faisant allusion à la guerre actuelle en Bosnie-Herzégovine, il a ajouté: "Aujourd’hui
ce sont aussi des enfants musulmans qui partent dans les trains de la persécution. Nous devons en terminer. Jamais plus - et cela ne doit pas être
seulement un slogan! - d’holocaustes ni de génocides".
Pour le Frère Leonardo Martin, de la Congrégation des Frères de la Réconciliation, responsable catholique au sein du COCAJU, les travaux réalisés en commun par les juifs et les catholiques sont un signe d’espoir. Dans
presque tous les séminaires catholiques brésiliens, les candidats au sacerdoce ont l’occasion d’étudier sérieusement la religion juive. Et tout récemment quelques institutions israélites ont commencé, par exemple à Belo
Horizonte (capitale de l’Etat de Minas Gerais), à étudier le christianisme.
Selon Leonardo Martin, la réunion de Sao Paulo a permis de faire un sérieux
pas en avant "sur le chemin, à la fois long et fascinant, d’une authentique
réconciliation mutuelle".
Activités de la Commission
La COCAJU existe depuis 11 ans. Ce mouvement a débuté dans la ville de
Sao Paulo, mais maintenant il travaille dans la plupart des capitales des
Etats du Brésil. Il s’est fait connaître sur le plan international dans sa
lutte déterminée contre le projet de béatification de la reine d’Espagne,
Isabelle de Castille, lors du 500e anniversasire de la "découverte" de
l’Amérique. La Commission a également participé à la réunion de Baltimore
(Etats-Unis), en mai de cette année, qui a créé une commission d’études
pour l’établissement de relations diplomatiques entre le Saint-Siège et
l’Etat d’Israël. (apic/em/ba)