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    Brésil : des milliers de paysans réclament la réforme agraire (240987)

    Heidelberg, 24septembre(APIC/CIP) Des milliers de paysans sans terre sont

    venus, ces derniers jours, manifester à Brasilia pour exiger que la nouvelle Constitution brésilienne, qui devrait etre votée bientot, promeuve une

    mise en application rapide de la réforme agraire.

    Plus de 1,6 million de paysans sans terre (ils sont huit fois plus

    nombreux au Bresil) ont signé une proposition d’amendement concernant la

    taille maximale des propriétés terriennes, les problèmes d’expropriation

    ainsi que le principe des obligations sociales resultant de la possession

    de terrains. Les amendements proposés par ces paysans au titre de citoyens

    ordinaires sont parfaitement possibles selon les règles de procédure fixées

    pour la Constituante, à condition que les propositions d’amendement soient

    appuyées par plus de 30.000 signatures.

    Dans certaines capitales européennes, des membres d’une organisation internationale qui défend le droit des peuples à se nourrir eux-memes - le

    F.I.A.N.(Foodfirst Information and Action Network) - ont fait part aux ambassades brésiliennes de leur inquietude face aux ’’violations croissantes

    des droits des paysans et des travailleurs ruraux’’. Le F.I.A.N., dont les

    objectifs sont partagés notamment par différentes actions de Careme, recommande instamment que le respect des droits humains, et en particulier des

    droits sociaux, soit bien stipulé dans la nouvelle Constitution brésilienne, et cela conformément aux principes proclamés par la charte des NationsUnies et les conventions internationales des droits de l’homme.

    Dépossédés et mal nourris

    Des millions de Brésiliens souffrent de malnutrition. Dans certaines

    régions du Brésil, la mortalite infantile est plus élevée que dans la plupart des Etats de l’Inde. Le probleme de la malnutrition est devenu spécialement grave pour quelque 7 millions de familles de paysans sans terre. Et

    ce n’est pas l’exode vers des zones urbaines qui va résoudre leur problème,

    car le nombre des gens sans travail dans les villes dépasse déjà les 12

    millions. Des millions d’enfants sont d’ailleurs abandonnés à leur sort et

    vivent dans la rue. C’est pourquoi, insistent les associations regroupées

    au sein du F.I.A.N., il n’y a pas d’autre alternative que de donner des

    terres aux paysans : c’est la seule manière de promouvoir leur droit au

    travail et à la nourriture.

    En attendant, la réforme agraire pose un problème colossal. Car si les

    petits paysans possèdent et cultivent plus de la moitié des propriétés

    agricoles, il ne s’agit jamais que de lopins de terre : l’ensemble des possessions de ces paysans atteint à peine 2,4% des terres cultivables au

    Brésil. En dépit de multiples déclarations et de plans concernant la réforme agraire, le gouvernement brésilien n’a toujours pas concédé aux paysans

    le droit de posséder (ou de recouvrer la possession) d’une partie convenable des terres cultivables, de manière à assurer leur propre subsistance.

    La malnutrition dont souffrent des millions de familles paysannes au

    Brésil, à commencer par les enfants, ne tient certes pas au manque de terres cultivables. Elle est due au fait que près de la moitié de la superficie des terrains agricoles est aux mains de grands propriétaires, qui ne

    representent que 1% de la population. Or, jusqu’ici, les objections émises

    par ces grands propriétaires ont généralement eu pour effet de bloquer pour

    des années l’expropriation de leurs terres.

    De nombreux responsables paysans assassinés

    Les petits paysans brésiliens ne sont pas seulement dépossédés et mal

    nourris. Leur situation, soulignent les responsables du F.I.A.N., est maintenue par la violence des grands propriétaires terriens et de leurs tueurs

    à gages. Chaque annee, une centaine de petits paysans sont assassinés. Des

    observateurs affirment meme que les assassinats de responsables d’organisations paysannes ou d’associations de travailleurs agricoles font partie

    d’un plan systématique. On compte également, parmi les victimes de cette

    stratégie de la violence, des avocats et des pretres engagés aux cotés des

    paysans sans terre. Le peu d’empressement que mettent les autorités brésiliennes à poursuivre les assassins et ceux pour le compte desquels ils

    ’’travaillent’’ renforce encore ce système de violence. Des observateurs

    estiment meme aujourd’hui que cette répression organisée des paysans est

    encore plus forte que sous la dictature militaire. Raison de plus, affirmet-on au sein du F.I.A.N., pour réclamer les droits des petits paysans à

    bénéficier d’une juste réforme agraire. (apic/cip/cor)

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