Brésil: des centaines de gosses meurent assassinés (201289)
Belem, 20décembre(APIC) Les chiffres sont précis, trop précis pour ne pas
être pris au sérieux: 82 enfants sont morts au Brésil durant les six premiers mois de l’année, victimes de la violence de la rue, froidement assassinés par des "justiciers" payés par des commerçants ou autres nantis que
les gosses de rues dérangent, révèle dans son dernier bulletin à Lima
l’agence "Noticias Aliadas". Face à l’incapacité des milieux politiques,
sereins dans le verbe et les promesses, les gosses de la rue au Brésil,
plus de 10 millions estime-t-on, s’organisent aujourd’hui, seuls ou avec le
soutien d’oeuvres d’entraide. A quelques jours de Noël, ils ont un espoir:
survivre d’abord, et pourquoi pas, vivre un jour.
Domingo Viera, un gosse maigrichon de 15 ans, pose une étoile de plus
sur le mur. Domingo est un enfant de la rue. Pour lui, chacune des 34 étoiles déjà posées représente un ami, un gosse de la rue qui, durant ces derniers mois, a été assassiné dans la ville de Belem, capitale du l’Etat de
Para, au nord du Brésil. Ce même hommage, la deuxième rencontre du Mouvement national des garçons et des filles de la rue (MNGFR), qui réunissait
récemment plus de 1’000 d’entre eux, l’avait aussi rendu au nombreux gosses
assassinés au Brésil: 82 pour le moins de janvier à juillet de cette année,
affirme à son tour ce même mouvement.
"Ceux-là sont les amis que nous savons morts. Mais si nous posions une
étoile pour chaque enfant de la rue assassiné, nous couvririons le ciel",
s’indigne Valtemir Sales, un copain de Domingo. Et il ne parle pas, Valtemir, des autres gosses, nombreux, qui meurent au Brésil, de faim ou de maladie, par exemple.
Policiers et tueurs à gage d’enfants
A l’heure où la Convention de l’ONU sur les droits des enfants vient
d’être ratifiée à New York, la violence contre les enfants des rues au Brésil croît de jour en jour. De la même manière que croît le nombre des jeunes laissés pour compte, des abandonnés, des gosses travailleurs et exploités. Durant ces dernières années, dénonce Benedito Rodriguez, coordinateur
national du MNGFR, 1,397 enfants en tout cas ont été victimes de la violence, dont 54 mineurs et adolescents de moins de 18 ans assassinés dans la
seule ville de Belem. "Mais les chiffres les plus dramatiques nous parviennent de Rio de Janeiro, commente-t-il: 327 assassinats d’enfants durant ces
derniers temps".
Certains enfants de la rue sont victimes de la guerre des voleurs et des
trafiquants de drogue. D’autres, selon des organisations de défense des
droits de l’homme, sont assassinés par des policiers. Beaucoup cependant
sont victimes d’escadrons de la mort composés d’ancien policiers. Dans certains villes, les propriétaires de commerces contractent des "justiciers"
ou des vigiles pour "nettoyer" les rues des "petits voleurs". "Durant la
dictature militaire, déplore Benedito Rodriguez, nous qualifiions de violations des droits de l’homme les assassinats et les tortures. Aujourd’hui,
beaucoup de gens pensent que ces gosses méritent une leçon".
Face aux atteintes dont ils sont victimes, les enfants qui vivent et
travaillent dans la rue un peu partout au Brésil s’organisent pour se protéger de la violence. Avec ou sans l’aide d’éducateurs d’organisations qui
oeuvrent en faveur des enfants ou des droits de l’homme, ils réagissent en
prenant les responsabilités auxquelles une grande partie de la société
adulte, politique et du "bon côté de la barrière", s’est depuis longtemps
soustraite. Comble de cynisme, il n’y a pas que pour leur vie que ces gosses se battent quotidiennement, mais aussi pour améliorer leurs conditions
de travail. Quand à l’école, mieux vaut ne pas en parler pour ces gosses
mis au ban de la société.
Adultes prématurés, les gosses de la rue se sont maintenant groupés, en
diverses associations, notamment grâce aux efforts du MNGFR. Ainsi, le 11
octobre dernier, près de 3000 enfants manifestèrent dans les rues de Rio
pour exiger du Conseil National du pays l’approbation d’un nouveau statut
de l’enfant et de l’adolescent dans le but de remplacer celui, écrit, mais
écrit seulement, l’actuel Code des mineurs de 1969. On ne parlera dorénavant plus au Brésil de mineurs seulement en parlant d’enfants. Mais d’enfants, tout simplement. Peut-être aussi jouiront-ils du droit de recourir à
un avocat. A défaut de celui de manger, de jouer et de se scolariser.
(apic/pr)