Brésil: assassinats d’enfants de la rue: inquiétante augmentation (040291)
Brasilia, 4février(APIC) Les assassinats d’enfants de la rue agmentent à
nouveau au Brésil. Les victimes tombent sous les balles des "escadrons de
la mort", qui ont entrepris des "actions de nettoyage", comme les appellent
ceux qui commanditent ces actes odieux. C’est pour répondre à cette violence que Dom Adriano Mandarino Hypolito, évêque de Nova Iguaçu, l’un des diocèses les plus pauvres du Brésil, près de Rio de Janeiro, est en train de
construire un centre pour la défense des droits de l’homme. Il espère ainsi
lutter contre la violence, le crime et la corruption qui règnent dans le
pays.
Le ministre brésilien de la santé Alceni Guerra a annoncé qu’il fera
connaître les noms des dirigeants d’entreprises qui financent et organisent
les "escadrons de la mort" destinés à exterminer les enfants de la rue.
Rien qu’à Rio de Janeiro, 445 enfants ont été exécutés par de tels groupes
en 1990. Selon les chiffres officiels, 8 millions d’adolescents et d’enfants errent dans les rues des grandes villes du Brésil, où ils gagnent
leur vie en gardant des automobiles, en commettant de petits larcins ou en
se livrant au trafic de drogue.
Dom Hypolito veut, en construisant un centre pour la défense des droits
de l’homme, servir la paix sociale en tentant de faire appliquer la "Déclaration universelle des Droits de l’Homme" adoptée par les Nations Unies en
1948 et signée par le Brésil. "Seule l’Eglise, notre Eglise, est encore en
mesure de réaliser un tel projet. Il faut créer une institution qui enregistre et dénonce systématiquement les cas de violation des droits de
l’homme et qui puisse jouir d’une certaine estime par sa crédibilité et son
incorruptibilité", déclare l’évêque.
Le fossé entre riches et pauvres se creuse
Pour Dom Hypolito, "la schizophrénie sociale croît" au Brésil. Et l’évêque de dénoncer les violations des droits de l’homme que constituent les
inégalités salariales: les membres du Parlement gagnent cent fois plus que
les simples travailleurs. Ils jouissent d’avantages qui creusent le fossé
entre riches et pauvres: ils ne paient ni loyer ni téléphone; voiture et
essence leur sont founies gratuitement et la possibilité leur est offerte
de se rendre chaque semaine à Brasilia par avion sans frais; leur participation aux séances du Parlement leur donne droit à une somme d’argent par
le biais de jetons de présence".
"Lorsque je me rends - comme je le fais souvent - dans une favella, je
constate qu’aucun des droits de l’homme si joliment inscrits dans la Constitution n’est respecté", souligne Dom Hypolito. "Le fossé entre les élites et le peuple au Brésil se creuse toujours plus et devient toujours plus
scandaleux, tragique. Nous, c’est-à-dire l’Eglise, avons quelque chose à
faire avec ce peuple pauvre, abandonné et privé de ses droits. Toutes les
tentatives de gagner les riches (la plupart d’entre eux sont catholiques) à
une réforme sociale ont échoué. Les structures se sont tellement durcies
que ce n’est qu’à grand-peine et avec beaucoup de patience que l’on pourra
les briser", constate-t-il.
Réformes sociales: l’Eglise aux côtés du peuple
Pour mener à bien son projet, Dom Hypolito veut rassembler tous ceux qui
dans les milieux de la politique, de l’économie ou de la culture s’engagent
au Brésil en faveur de réformes sociales. Il veut éveiller les Eglises à
l’urgence de la tâche, en particulier l’Eglise catholique, qui "jouit encore, et même de plus en plus, de la confiance du peuple. Elle possède une
autorité morale comme aucune autre institution au Brésil et entretient des
contacts intensifs avec le peuple". Pour l’évêque, l’Eglise catholique brésilienne est "capable de s’engager dans le sens de Jésus-Christ pour les
pauvres, les faibles, les enfants, les persécutés et les sans-droits". Un
tel projet ne peut réussir que si le peuple lui-même est décidé à défendre
ses droits, relève-t-il; il faut pour cela susciter une prise de conscience, favorisée par l’Eglise. Dom Hypolito compte également sur la solidarité
de l’étranger, qui s’était manifestée sous la dictature par le biais des
organisations de défense des droits de l’homme et la lutte contre la torture. (apic/md/cor)