Brésil : 8e assemblée générale de la FLM (030190)
Brésil, 3janvier(APIC) La huitième assemblée générale de la Fédération
Luthérienne Mondiale (FLM) se tiendra du 30 janvier au 8 février à Curitiba, chef-lieu de l’Etat de Parana, dans le sud du Brésil. Le thème, "J’ai
entendu les cris de mon peuple" veut exprimer la solidarité de la Fédération avec les peuples de la terre. La FLM rassemble environ 60 millions de
luthériens appartenant à 105 Eglises. C’est la seconde fois depuis sa fondation en 1947 à Lund, en Suède, qu’elle tient son assemblée générale dans
un pays du Tiers monde, après Dar Es-Salaam, capitale de la Tanzanie.
La FLM connaît actuellement une évolution importante. Après avoir été
jusqu’ici une fédération d’Eglises lâche, avec un secrétariat à Genève, elle entend être désormais le lieu d’une vie commune d’Eglises présentes de
la Sibérie au Chili et de la Papouasie-Nouvelle-Guinée à l’Islande. D’où la
proposition d’élaborer une nouvelle constitution et une nouvelle structure.
L’actuelle constitution précise que la FLM est une association libre
d’Eglises; celle qui est en passe d’être soumise aux Eglises membres la définit comme une communion d’Eglises, au sein de laquelle toutes sont considérées comme égales. Une nouvelle structure sera proposée : après quarante
années de domination des Eglises du Nord, les Eglises membres des pays du
Sud et les Eglises d’Europe dites minoritaires auront une voix égale à celle des autres Eglises.
Du côté de l’Est : un besoin d’être entendu
Une meilleure représentation concerne notamment les Eglises luthériennes
de l’Europe centrale et orientale, dont certaines ont été à l’avant-garde
de la lutte qui a conduit aux récents bouleversements survenus à l’Est. Ces
Eglises, dont la voix n’était tolérée que pour autant qu’elles s’exprimaient sur des questions de paix en relayant le discours officiel, désirent
aujourd’hui être entendues sur des questions plus vastes. C’est particulièrement vrai en RDA. Comme l’affirme Gunnar Staalsett, secrétaire général de
la FLM, dans une interview accordée au Service Oecuménique de Presse et
d’Information (SOEPI), il est caractéristique à cet égard que le processus
conciliaire "Justice, paix et sauvegarde de la création" - né d’une initiative des Eglises de ce pays - ait trouvé là sa plus forte expression à la
base, et en marge de l’Eglise officielle.
Ce besoin d’être entendu, cette exigence d’égalité sont soulignés dans
une déclaration publiée début septembre par le comité exécutif de la FLM. A
l’Est, la joie légitime inspirée par l’évolution récente est tempérée par
une certaine inquiétude, la liberté d’expression et d’information ayant mis
davantage en lumière la réalité du marasme économique. Après avoir rappelé
que l’édification de la justice et la participation ne doivent pas se limiter à la "maison commune européenne", mais inclure les pays du Sud, la déclaration conclut : "Les chrétiens et les Eglises d’Europe occidentale
devraient se défendre d’un sentiment de triomphalisme. A notre avis, ce
n’est ni une économie spécifique ni un système politique qui ont triomphé
dans le mouvement de réforme de l’Europe de l’Est, mais la conscience de la
dignité et de la liberté données équitablement par Dieu à tous les êtres
humains".
Solidaires avec les luthériens du Brésil
les quelque mille participants - dont 42% de femmes et 16% de jeunes aborderont le thème choisi en quatre étapes : "Vivre la communion" (la recherche de l’unité chrétienne, l’égalité hommes-femmes), "Le salut" (la sécularisation et les relations entre le christianisme et les autres religions), "La paix dans la justice" (la militarisation et la dette), "Une
Création libérée" (la protection de l’environnement, la répartition équitable des terres,...).
Le choix du thème a été inspiré par les défis de la réalité latino-américaine, où vit une Eglise luthérienne forte de 800’000 membres, et particulièrement par la réalité brésilienne. Chaque assemblée, en effet, a pour
but de raffermir l’Eglise hôte. En 1970, elle aurait dû se tenir à Porto
Alegre, capitale de l’Etat du Rio Grande do Sul et siège de l’Eglise évangélique de la Confession luthérienne du Brésil. Elle fut déplacée à Evianles-bains, la FLM ne voulant pas cautionner le régime militaire en place à
l’époque au Brésil. L’Eglise luthérienne du Brésil, qui vit en situation de
diaspora, a bien besoin de cet encouragement.
L’Eglise luthérienne du Brésil
Au Brésil, les luthériens représentent moins de 1% des 144 millions
d’habitants que compte le pays. Ils sont les descendants d’immigrants
allemands, paysans sans terre et artisans tombés dans la misère, venus de
Poméranie, du Mecklembourg, du Hunsrück, du Wurtemberg et de Westphalie.
Aujourd’hui encore se célèbre le 25 juillet l’arrivée des premiers
Allemands (1824).
La création d’une Eglise luthérienne n’a pas été chose facile au Brésil,
les nouvelles paroisses étant au départ organisées et dirigées par des pasteurs venus d’Allemagne et les synodes n’étant mis sur pied que peu à peu.
En 1939, l’interdiction de la langue allemande, douloureusement ressentie
par les immigrants allemands, fut un pas décisif dans l’enracinement brésilien. Les synodes, réunis en 1954 sous le nom d’Eglise évangélique de la
Confession luthérienne du Brésil, se sont constitués en 1968 en une communauté ecclésiastique reconnue dans tout le pays. Actuellement, seuls 10%
des pasteurs de paroisse viennent de l’étranger.
Curitiba revêt une grande importance pour les luthériens du Brésil :
c’est dans le "Document de Curitiba", publié en 1970, que leur Eglise a
pour la première fois pris position de manière critique face à la situation
sociale, économique et politique du pays et dénoncé publiquement les
violations des droits de l’homme par le régime militaire au pouvoir à
l’époque. (apic/cip/cor)