Brésil: 1992 verra la 2e Conférence mondiale sur l’environnement (100990)
Sao Paulo, 10septembre(APIC) C’est le Brésil qui accueillera la deuxième
Conférence des Nations-Unies sur l’environnement et le développement durant
la première semaine de juin 1992.
Si la première Conférence, tenue à Stockholm en 1972, n’a pas vraiment
passionné l’opinion publique mondiale (c’était il y a vingt ans !), elle
avait quand même eu le mérite d’insister sur la nécessité de préserver un
environnement de la planète déjà gravement menacé par la logique d’un développement axé sur le profit, au delà de toute autre considération éthique
ou écologique.
La Conférence de 1992 risque par contre de faire la une: outre qu’elle
se tiendra dans un pays qui recèle le "poumon vert" de la planète (l’Amazonie), aujourd’hui menacé par la déforestation, elle attirera vingt chefs
d’Etat, dont George Bush et Mikhail Gorbatchev, 2’500 savants, 3’000 journalistes et 1’200 représentants d’organisations non gouvernementales (ONG).
Au total, ce sont quelque 20’000 personnes de 170 pays qui préparent l’événement. Celui-ci se déroulera simultanément à Brasilia, Rio de Janeiro, Sao
Paulo, Curitiba et Manaus.
Le gouvernement Collor, dans la personne du Chancelier Rezek et du président d’Ibama, Tania Munhoz, s’est vu confier la responsabilité de l’organisation, malgré sa complicité avec les compagnies minières et autres grandes entreprises qui, en Amazonie, continuent à empoisonner les fleuves en y
déversant du mercure, à pratiquer les brûlis et la déforestation, à envahir
les territoires indigènes. Quant à l’infrastructure des communications, elle sera comme le prévoit un contrat signé avec l’ONU, aux mains de Rede
Globo, la puissante chaîne de télévision qui a mis sur orbite le candidat
Fernando Collor de Mello, devenu président du Brésil à la fin de l’année
dernière. Pour leur part, les compagnies pétrolières, entreprises minières
et autres firmes responsables de la détérioration de l’environnement ont
choisi d’investir dans la publicité sur des thèmes touchant à l’écologie.
La parole aux victimes
Comment briser ce monopole ? C’est la question que pose le théologien
Frei Betto dans le bulletin hebdomadaire de l’agence oecuménique (AGEN)
(Sao Paulo). On sait pourtant bien dans les états-majors des grandes compagnies, observe-t-il, que les crimes contre la nature sont "des crimes contre la société, des crimes universels, vu qu’ils n’épargnent personne". A
long terme, en effet, mêmes les classes privilégiées ne seront pas épargnées.
Faute d’une stratégie cohérente de la part de ceux qui déprécient le
plus la question écologique, il faut que celle-ci échappe à leur contrôle,
suggère le Dominicain brésilien, pour être prise en charge par "de larges
secteurs de la société qui, mobilisés pour revendiquer une vie saine, partiraient inévitablement de la nature pour remonter à la société, en remettant en question la logique de ceux qui sacrifient des vies à l’idolâtrie
du marché, et donc le système économique".
Frei Betto vise le mouvement social brésilien, auquel revient "l’obligation morale et politique" de promouvoir une "conférence alternative autour
de l’exemple de Chico Mendes". Ce dernier est un écologiste brésilien qui
dirigeait un syndicat de petits paysans, avant d’être assassiné par des tueurs à gages à la solde de grands propriétaires ou de compagnies. Il s’agirait, explique Frei Betto, de révéler aux invités de l’ONU la situation réelle de l’environnement au Brésil et de dénoncer ses responsables. Pour cela, il ne suffit pas de mobiliser les ONG, les Eglises, les centrales syndicales, les mouvements populaires...: "il est indispensable que les protagonistes de la Conférence alternative Chico Mendes soient des victimes de
la dévastation, ceux qui vivent et travaillent en contact direct avec la
nature, comme les Indiens, ceux qui récoltent le caoutchouc, les paysans,
les mineurs, les pêcheurs et ceux qui, de leurs mains, creusent le sol d’où
on extrait l’or".
Le théologien propose également un thème: ’Une terre pour tous’. "Car à
bord de cette planète, comme à l’intérieur de ce pays, il est vain de penser que, en renvoyant sur la société les lésions qui lui sont imposées par
ceux qui détiennent le pouvoir, la nature fasse une distinction entre riches et pauvres". (apic/cip/gar)