Bonn : l’Eglise catholique critique l’acceptation d’une (300890)
La solution des délais restera en vigueur sur le territoire est-allemand
Bonn, 30août(APIC) Malgré la ferme opposition des Eglises, l’Allemagne
réunifiée connaîtra pour une durée provisoire deux législations différentes
en matière d’avortement, en raison des pressions exercées en ce sens par
les sociaux-démocrates et les libéraux. C’est pour ne pas faire échouer la
ratification du second traité d’union interallemand que le chancelier Kohl
a accepté cette solution dans la nuit de mercredi à jeudi après des heures
de négociations avec les présidents des partis et des fractions parlementaires chrétienne-démocrate (CDU), sociale-chrétienne (CSU), libérale (FDP)
et sociale-démocrate (SPD). De son côté, l’Eglise catholique considère que
l’Etat a le devoir de protéger la vie de l’enfant à naître, même avec l’aide du code pénal. Les deux Eglises d’Allemagne fédérale - catholique et
protestante - estiment "problématique" la solution transitoire négociée entre Bonn et Berlin.
Sur le territoire est-allemand, on pourra toujours avorter librement les
douze premières semaines, tandis qu’à l’ouest restera en vigueur la solution des indications médico-sociales limitant l’interruption de grossesse
et stipulant les conditions (raisons médicales, viol, détresse de la mère)
dans laquelle elle peut être réalisée. La loi en vigueur actuellement en
Allemagne de l’Est, plus libérale, restera en effet applicable pour une durée de deux ans au moins. La CDU propose une période de transition de deux
ans, mais le SPD demande un délai de 5 ans pour harmoniser la législation
des deux Allemagnes. Herta Däubler-Gmelin, vice-présidente du SPD, estime
que dans le domaine de la législation sur l’avortement, les sociaux-démocrates gardent ouvertes toutes les options en vue d’une solution des délais.
Les chrétiens démocrates ont en outre échoué dans leur volonté d’imposer
le critère de résidence concernant l’application de la législation sur
l’avortement, critère ayant pour but d’empêcher le "tourisme abortif" venant d’Allemagne fédérale et tirant profit de la législation libérale à
l’est.
Une solution qui contredit la Constitution
Selon Mgr Wilhelm Schätzler, secrétaire de la Conférence épiscopale allemande, la solution des délais contredit la Constitution allemande et son
interprétation contraignante. Il déplore que les députés, dans cette question fondamentale, aient été mis sous pression par les sociaux-démocrates
et les libéraux qui avaient menacé de faire échouer la ratification du
traité d’union entre les deux Allemagnes.
Le prélat Schätzler s’est élevé énergiquement contre les déclarations
d’Oskar Lafontaine, candidat du SPD à la chancellerie, qui estime qu’une
réglementation renonçant à des sanctions pénales devait correspondre dans
une certaine mesure avec le sentiment de la grande majorité des femmes. Le
secrétaire de la Conférence épiscopale allemande estime qu’il y a des études qui prouvent le contraire. Il se demande en outre comment un candidat à
la chancellerie va pouvoir mener une politique en basant ses décisions sur
les sentiments d’une "soi-disant majorité". "Et si cette majorité par exemple exigeait que l’on mette les étrangers dehors, la suivrait-il ?", s’estil exclamé dans une interview accordée à l’agence de presse catholique KNA
à Bonn. Mgr Schätzler a encore rappelé que l’Eglise continuera à s’engager
pour améliorer les aides en faveur des futures mères en détresse.
Pour l’Eglise catholique, pas de compromis en matière d’avortement
A la fin de la semaine dernière, Mgr Karl Lehmann, président de la Conférence épiscopale allemande, et l’évêque Martin Kruse, président du Conseil de l’Eglise évangélique d’Allemagne (EKD), avaient demandé au futur
parlement de l’Allemagne réunifiée de trouver une solution juridique commune en matière d’avortement. Les deux Eglises estiment que des règlementations pénales différentes pour l’interruption volontaire de grossesse ne
devraient pas coexister sur le sol allemand. Mgr Lehmann a encore rappelé
dimanche dernier qu’en matière d’avortement, il n’y a pas de compromis pour
l’Eglise catholique. (apic/kna/be)