Birmanie: inutiles pressions internationales contre la junte (100292)
Rangoon, 10 février(APIC) Les pressions internationales exercées contre le
régime dictatorial de Rangoon sont inefficaces, écrit le Comité international des Avocats pour les droits de l’homme, dans un rapport rendu public
dimanche 9 février. Le dernier rapport de l’organisation internationale
consacré à la Birmanie précise que "des milliers de familles sont sans nouvelle de leurs enfants arrêtés lors des manifestations anti-gouvernementales.
Selon le Comité des avocats, les personnes arrêtées, "détenues dans de
terribles conditions", sont couramment "victimes de tortures et de mauvais
traitements, avant d’être systématiquement condamnées à de lourdes peines
lors de parodies de jugements".
Fort de 55 pages et intitulé "Birmanie: la réponse internationale aux
violations persistantes des droits de l’homme", le rapport met notamment
l’accent sur "la faillite de la politique de sanctions instaurée par la
Communauté internationale".
Décrétées à la suite de la terrible répression des manifestations estudiantines de l’été 1988, puis réaffirmées après le refus de la junte de céder le pouvoir à l’opposition victorieuse lors des élections de mai 1990,
ces sanctions internationales sont, à en croire le document, facilement détournées par le régime Birman: "Seuls les nouveaux projets d’assistance à
la Birmanie en ont fait les frais. Tandis que le Japon continue par exemple
de financer la plupart des projets en cours..."
Pire: l’embargo sur les livraisons d’armes à la Birmanie (rebaptisée Myannar) a largement été ignoré par certains pays. Le rapport estime ainsi
que "la Chine aurait vendu l’an dernier pour plus d’un milliard de dollars
d’armement et de munitions à la junte de Rangoon. Celle-ci s’approvisionne
en outre auprès de Singapour et d’autres Etats de la région. "Une quantité
d’armes utilisées pour faire face aux traditionnelles rebellions ethniques
et pour maintenir l’ordre dans le pays à la foce des fusils", relève le
rapport.
La responsabilité des pays du Sud Est Asiatique
Hostiles à toute sanction économique directe, les pays de l’Association
des Nations du Sud Est Asiatique (Brunei, Indonésie, Malaisie, Philippines,
Thaïlande, Singapour) sont, selon le Comité, largement responsables de
l’échec des pressions internationales. "En conservant des liens économiques
et diplomatiques de bon voisinage avec le régime de Rangoon, les pays de
l’ASEAN ont clairement entravé la mise en place des sanctions. Tous les investissements privés en Birmanie effectués par ces pays profitent au gouvernement et à la junte qui n’hésitent pas, pour se maintenir financièrement à flot, à brader les ressources naturelles du pays".
En conclusion, le Comité des Avocats déplore la passivité des Nations
Unies, "dont les émissaires successifs furent pourtant traités avec dédain
et même ridiculisés par les autorités de Rangoon. Aucune protestation officielle de l’ONU n’a été faite", précisent les auteurs du rapport qui réclament par ailleurs "que les prochains débats sur la Birmanie de la Commission sur les droits de l’homme des nations Unies - à huis clos jusqu’alors
- soient désormais rendus publics. (apic/rw/pr)