Bibliographie (291189)
Lausanne, 29novembre(APIC) Certains le disent dépassé, d’autres l’estiment banal ou en crise, l’oecuménisme pourtant est toujours de mise. Un
ouvrage, présenté à Lausanne jeudi 23 novembre, analyse sous un angle sociologique la situation actuelle et l’évolution de ce mouvement né avec le
siècle. Sous le titre "Vers de nouveaux oecuménismes" (Ed. Cerf, Paris),
cette étude rassemble des contributions présentées en octobre 1987 lors du
IXe colloque du Centre de sociologie du protestantisme (CSP) de Strasbourg
par des sociologues français et suisses. Quelques-uns des auteurs, notamment le responsable de la publication, le directeur du CSP Jean-Paul Willaime et le professeur Jean Baubérot étaient présents pour la présentation
à la presse de cette étude à laquelle l’Institut d’éthique sociale de Lausanne est associé.
Le champ d’analyse se limite à celui de l’oecuménisme chrétien et plus
particulièrement au dialogue catholico-protestant tel qu’il se manifeste en
France, mais en Suisse aussi puisque deux contributions concernent la situation de ce pays. Depuis son émergence au début du XXe siècle, l’oecuménisme s’est profondément transformé. Le mouvement protestataire des débuts
n’a plus rien à voir avec l’oecuménisme institutionnalisé d’aujourd’hui. La
recherche de l’unité a fait place à la gestion des pluralismes confessionnels. Oecuménisme institutionnel d’un côté, oecuménisme conjugué au quotidien de l’autre, le renouveau est écartelé entre le dialogue au sommet et
la pratique à la base.
Le chapitre consacré par Claude Bovay et Roland Campiche de l’Institut
d’éthique sociale de Lausanne aux mariages mixtes montre les changements
intervenus dans ce domaine. Si des difficultés se sont estompées, des divergences doctrinales subsistent néanmoins. En augmentation constante, 20%
en 1945, 35 à 38% en 1985 dans le canton de Genève, les mariages mixtes
semblent s’être banalisés. Les institutions, entendez les Eglises, campent
sur leur position et ne se risquent pas dans ce domaine à un dialogue ouvert qui pourrait conduire au rapprochement. Acteurs souvent malgré eux du
mouvement oecuménique, les conjoints de confessions différentes n’ont jamais été considérés comme une avant-garde de la cause unitaire. Ils en sont
des symboles, sans être porteurs pour autant d’une volonté oecuménique
clairement affirmée.
Les difficultés de relier le passé au présent
La contribution du professeur Jean Baubérot, directeur d’Etudes à l’Ecole pratique des hautes études à Paris, porte sur les difficultés de relier
le passé au présent partant d’événements précédant la commémoration en 1985
du tricentenaire de la révocation de l’Edit de Nantes. Du côté catholique,
on voyait dans cette commémoration un refus de pardonner. Les protestants
français étaient eux-mêmes divisés: fallait-il marquer cet anniversaire, au
risque de réveiller de vieux conflits religieux ou au contraire fallait-il
refuser de commémorer cette date, et par là se couper de ses racines?
Des festivités glorifiant l’identité protestante qui avait survécu aux
persécutions signifiaient une identification en ligne droite du présent au
passé. Inverser le passé, souligner l’aspect fraternel au présent aurait
impliqué de la part du catholicisme de se repentir de ce qui s’était passé
en 1685. Le scénario finalement retenu pour la commémoration devait mettre
l’accent sur la recherche des persécutions actuelles: les victimes d’hier
devenant les défenseurs des persécutés d’aujourd’hui. Mais l’oecuménisme
essuyait un échec puisque ses partisans n’étaient pas parvenu à faire admettre la thèse des retrouvailles et de la réconciliation.
Autre étude présentée dans cette ouvrage, celle du sociologue genevois
Daniel Alexandre montrant l’émergence d’un oecuménisme "sauvage", à partir
du rassemblement "Chrétien pour l’an 2000" à Genève en 1986. Cette manifestation, organisée en marge des Eglises-institutions, met en évidence les
paradoxes de l’oecuménisme contemporain: raidissement des positions institutionnelles (aggravées à cette époque par le projet d’installation d’un
évêque auxiliaire à Genève) et volonté de rencontre à la base. "La pratique
réunit, la doctrine divise", le proverbe s’applique bien à l’oecuménisme
d’aujourd’hui. Un nouveau mouvement se recompose pétri de paradoxes, écartelé entre la base et le sommet, confronté à la réaffirmation des identités
confessionnelles, en butte encore à la concurrence que se livrent entre elles les organisations. (apicspp/pr)