Bethléem: Grand est l’espoir de paix (191291)
Paul Egger, Agence APIC
Bethléem, 19décembre(APIC) A quelques jours de Noël, à Bethléem, la ville
qui a vu naître le Christ il y a bientôt 2’000 ans, grand est l’espoir
qu’arrive enfin la paix tant espérée. Mais dans la ville de David, jadis si
décorée de banderole et de couronnes de l’Avent, le coeur n’y est pas vraiment. Si les arbres de Noël sont inexistants, les soldats de l’armée israélienne sont par contre omniprésents. Certes, il y aura probablement beaucoup plus de touristes pour la fête de la Nativité qu’en 1990. On était
alors à la veille du déclenchement de la guerre du Golfe.
Celui qui ne peut pas se rendre à Bethléem pourra recevoir chez lui, par
le biais de la télévision, un peu de l’atmosphère de cette ville sainte.
Dans l’église de la Nativité, la télévision italienne a placé ses caméras
et ses micros. Les meilleurs angles de vues ont été choisis, les lignes
électriques tirées et sous la direction d’une régie arabe, des prises
d’essai sont en train d’être réalisés. L’entrée du patriarche et la messe
de minuit devraient se dérouler solennellement, comme à l’accoutumée.
Mais à deux heures de l’après-midi, le travail cesse soudainement. Au
souk, les marchands baissent leurs stores, les antiquaires et les changeurs
barricadent leurs échoppes avec des barres de fer. Intifada oblige. C’est
que la révolte palestinienne contre l’occupation israélienne entre dans sa
cinquième année. La population, cependant, paraît lasse de l’intifada.
Sentiments mitigés sur l’intifada
Hanna J. Nasser, adjoint au maire de Bethléem - son chef, Elias Freij,
participe comme délégué palestinien aux négociations de Washington - tient
aujourd’hui le soulèvement palestinien pour contre-productif. Il la
considère comme partiellement responsable de la situation économique difficile de la Cisjordanie occupée: "Nous espérons pouvoir payer le salaire de
décembre aux employés municipaux. C’est de toute façon bien peu, en moyenne
900 Schekel (env. 560 francs suisses). Mais je dois ajouter que sans l’intifada, on ne serait jamais arrivé à des négociations avec Israël..."
Même son de cloche chez Yasser Mtour, jeune tenancier musulman d’un bar
à café désert : "Tous en ont assez des querelles mesquines. Nous voulons
enfin vivre en paix avec les Juifs comme avec les chrétiens. Nous voulons
un avenir." Le frère Thomas Cooney, de l’Université de Bethléem, voit cet
avenir d’une manière plus différenciée : "Aussi longtemps que l’ancienne
équipe de politiciens israéliens dirigera le pays et les territoires occupés, pas grand chose ne changera. Il en faut en changer, alors peut-être
sera-t-il possible de créer au Proche-Orient une union entre Palestiniens,
Jordaniens et Israéliens, quelque chose qui ressemblerait au Benelux?" Ici,
c’est peut-être Noël, mais on ne fait pas de cadeaux. (apic/peg/mp)
Encadré
Quête de la messe de minuit
Pour l’hôpital de Bethléem
Comme chaque année, Mgr Pierre Mamie lance un appel à la générosité des fidèles en faveur l’Oeuvre caritative "Bethléem: secours aux enfants". Cette
générosité pourra se manifester lors de la quête de la messe de minuit.
Après la guerre du Golfe et à cause de l’intifada qui dure depuis près de
quatre ans, l’Hôpital des enfants de Bethléem est toujours plus sollicité,
les services sociaux et de santé fonctionnant de moins en moins bien dans
les territoires occupés par Israël. "Oui, cela continue, cela doit continuer encore au service des plus pauvres", écrit Mgr Mamie.
L’Hôpital des enfants de Bethléem est soutenu et dirigé par une association dont le siège est à Lucerne. Les 80 lits de l’hôpital sont
régulièrement occupés par 90 à 100 enfants, dont de nombreux nourrissons et
prématurés. 150 personnes sont employées à l’hôpital dont 35 jeunes femmes
qui sont formées comme infirmières. A "l’école des mères", on donne des
cours d’hygiène et de puériculture. L’hôpital cherche aussi à aider les familles les plus pauvres, et elles sont de plus en plus nombreuses dans la
région en raison de la crise économique et de l’occupation israélienne.
Cette année 500 familles ont pu bénéficier d’une aide d’urgence, limitée à
six mois. Enfin l’Oeuvre collabore également à divers projets en faveur de
l’enfance dans les territoires occupés et au Liban.
C’est un prêtre valaisan, le P. Ernst Schnydrig, qui a fondé cette
oeuvre en 1952. Passant la nuit Noël à Bethléem cette année là, il vit un
Palestinien enterrer son enfant mort de froid. L’oeuvre démarra, au tout
début, dans deux chambres louées avec deux petits lits. Aujourd’hui, c’est
un bel hôpital qui vit grâce en particulier à la solidarité des catholiques
suisses. (apic/com/mp)