Berne : session du Conseil international de l’ACAT (010588)
Berne, 1ermai(APIC/Yvan Mudry) On assiste aujourd’hui à une
multiplication des mouvements et des groupes qui luttent contre la torture
dans le monde. Avec Amnesty International, SOS-Torture et le Comité suisse
contre la torture, l’ACAT (Action des chrétiens pour l’abolition de la
torture) est un des mouvements phares de ce combat. Pour renforcer son
impact, l’ACAT veut maintenant se donner une base internationale plus
solide. C’est dans ce but que les 30 avril et 1er mai s’est réuni à Berne
le Conseil international de l’ACAT.
Alors même que tous les pays du monde s’engagent à ne jamais faire usage
de la torture (on peut parler d’une interdiction absolue et mondiale de la
torture), la moitié des gouvernements de la planète y ont recours pour
faire taire leurs opposants. Ce qui caractérise d’abord la torture aujourd’hui, selon Guy Aurenche, président de la FIACAT (Fédération internationale de l’ACAT), c’est le mensonge généralisé, l’écart entre la législation des Etats et leur pratique.
Deuxième tendance, soulignée par Guy Aurenche, la torture est devenue
aujourd’hui un mode de gouvernement : on a recours à la torture pour se
maintenir au pouvoir. Il faut encore parler de la "scientifisation" de la
torture, de sa "psychiatrisation" : on utilise de plus en plus des méthodes
qui ne laissent pas de traces. Les défenseurs des droits de l’homme y
voient l’atteinte suprême à la dignité de la personne : alors que la faim
et la pauvreté ne sont en règle générale pas voulues, la torture est infligée volontairement dans le but de détruire des personnes.
C’est pour se donner des moyens d’action plus efficaces dans la lutte
contre ce fléau, que l’ACAT désire aujourd’hui mieux se structurer au niveau international et que les membres de son Conseil international se sont
réunis les 30 avril et 1er mai dans la maison de la paroisse catholique de
la Trinité à Berne. Au nom du Conseil synodal de l’Eglise réformée bernoise, c’est Hanni Lindt, pasteur, qui a acceuilli les représentants de 10
pays (sur 11) ou l’ACAT existe : la Suisse, la France, la Belgique,
l’Espagne, la Grande Bretagne, la Hollande, l’Italie, le Luxembourg la
République Fédérale d’Allemagne et le Canada. Rappelons pour mémoire que
l’ACAT est née en 1974 en France et qu’elle compte aujourd’hui près de 2500
membres suisses.
Quel rôle la FIACAT pourrait-elle jouer ? La Fédération internationale
pourrait d’abord "relayer le combat contre la torture auprès des instances
internationales, en particulier le Conseil de l’Europe", selon son
président, Guy Aurenche. Elle pourrait coordonner une campagne annuelle organisée conjointement dans les 11 pays membres de l’organisation. En 1989,
la Suisse lancera une campagne qui sera répercutée par la FIACAT dans les
autres pays.
Au niveau de la circulation de l’information, la Fédération internationale aura aussi un rôle important à jouer : dès juillet 1988, Paris (le
siège de la Fédération) publiera un bulletin trimestriel d’information. Les
membres des pays ou l’ACAT est moins forte ont insisté sur la nécessité
d’une réflexion commune sur des thèmes vitaux pour le mouvement. Des
questions aussi importantes que : "Ou commence la torture ?", "L’incarcération est-elle déjà une forme de torture ?" restent sans réponse. La FIACAT
a dans ce sens projeté d’organiser au début novembre 1990, à Bâle probablement, un colloque international de réflexion théologique sur la torture.
(apic/ym)