Berne: responsables religieux reçus au Palais fédéral
Le dernier moyen pacifique pour abolir l’apartheid: les sanctions
Berne, 16janvier(APIC) Une délégation de personnalités religieuses
présidée par le Rév. Canaan Banana, ancien président du Zimbabwe, a été reçue lundi après-midi 16 janvier par l’ambassadeur Alfred Rüegg et ses collaborateurs au Département fédéral des Affaires étrangères à Berne. Le chef
du Département, le conseiller fédéral René Felber, s’était fait excuser,
car il se trouve actuellement à Vienne pour la Conférence sur la Coopération et la Sécurité en Europe (CSCE). Cette délégation a lancé un appel
pour que la Suisse participe aux sanctions économiques contre l’Afrique du
Sud, "le dernier moyen pacifique qu’il nous reste pour éviter la lutte armée et le bain de sang".
C’est en septembre 1987 que le Comité exécutif du Conseil Oecuménique
des Eglises (COE) avait demandé qu’une délégation "d’éminentes personnalités du monde ecclésiastique" se rende auprès des principaux pays développés (Europe occidentale, Etats-Unis, Japon) pour expliquer la position
du COE face à l’Afrique du Sud et réclamer des sanctions économiques pour
favoriser l’abolition du système d’apartheid.
Selon le pasteur Banana, cette mission a pour but de persuader les gouvernements du monde entier de ne pas se contenter de condamnations verbales
de ce "système monstrueux, ce crime contre l’humanité", mais d’apporter la
paix et la démocratie dans la région en contribuant à abolir l’apartheid,
cause principale de la déstabilisation de l’Afrique australe. L’ancien
président du Zimbabwe a déploré le rôle que la Suisse a joué dans le
rééchelonnement de la dette sud-africaine et le fait qu’elle n’hésite pas à
combler le vide laissé par les pays qui se sont retirés d’Afrique du Sud.
La Suisse permettrait ainsi à Prétoria de détourner les sanctions internationales.
Quant à l’impact des sanctions sur la population noire, le pasteur Frank
Chikane, secrétaire général du Conseil sud-africain des Eglises (SACC), a
affirmé que c’était un argument usé: "Nous l’entendons depuis plus de trente ans, mais le système n’a pas changé, les gens continuent de mourir de la
faim et de la répression; la question n’est pas de savoir si les Noirs vont
souffrir, car ils souffrent déjà; il s’agit en priorité d’abolir ce système
structurellement injuste". Pour Canaan Banana, c’est au peuple sud-africain
et à ses leaders représentatifs de choisir les priorités, et non à ceux qui
vivent dans l’abondance et la sécurité en Europe ou aux Etats-Unis.
Les Suisses comme les occidentaux qui collaborent avec Pretoria ne doivent plus se contenter de paroles, a relever Lysaneas Maciel, juriste et
membre de l’Assemblée nationale constituante du Brésil. "Si comme le dit la
communauté internationale, l’apartheid est un crime contre l’humanité, nous
ne pouvons pas le réglementer ni le modérer, nous devons l’abolir". Et
d’affirmer que "si nous ne faisons rien en Occident, nous prolongeons
l’apartheid et nous sommes co-responsables de ce crime".
Accompagnant la délégation du COE, le pasteur Sylvia Michel, de la
Fédération des Eglises protestantes de la Suisse (FEPS), a reconnu que les
Eglises suisses n’en étaient pas encore aux revendications des sanctions,
mais que cette question "était sur la table". La FEPS a discuté des sanctions avec les banquiers suisses, mais sans résultats concrets pour le moment, a-t-elle relevé, La délégation de personnalités religieuses sera à
Paris et à Bruxelles les 17, 18 et 19 janvier, puis à Londres, Bonn, Tokyo
et Washington. Elle terminera sa tournée par une visite au siège des Nations Unies à New York du 2 au 4 février. (apic/be/pr)