Berne: Léonardo Boff à l’église du Saint-Esprit (260892)
Berne, 26août(APIC) Le théologien de la libération brésilien Leonardo
Boff a proposé, mardi soir lors d’une conférence à Berne, la transformation
des dettes de l’Amérique latine et du tiers monde en un fond à partir duquel on pourrait financer des projets de développement sensés. Cela serait
une réparation possible et réaliste des dommages que les colonisateurs ont
infligés à l’Amérique depuis 1492, a expliqué le théologien invité par une
organisation oecuménique.
A propos de la "découverte" de l’Amérique par Christophe Colomb il y a
500 ans, L. Boff parle du début du "grand Vendredi-Saint de la souffrance
et du sang. Un Vendredi-Saint qui a duré jusqu’à nos jours, sans être suivi
du jour de la résurrection et qui laisse le souvenir du cauchemar horrible
d’un génocide". L. Boff articule le chiffre de 75 millions d’indigènes tués
lors de la Conquête, exploités sans merci ou morts victimes des maladies
apportés par les Européens. Il rappelle aussi le sort des 9,5 millions
d’esclaves africains.
La colonisation a amené à une exploitation du continent. La dette extérieure de l’Amérique latine qui se monte aujourd’hui à 450 milliards de
dollars montre bien le manque d’autonomie du continent. Les dettes des
Etats latino-américains ne "sont rien en comparaison des pillages des ressources naturelles exercés pendant 500 ans", estime L. Boff. La suppression
totale de la dette est un devoir de justice. Il est possible de transformer
les dettes de l’Amérique latine et du tiers monde en un fond pouvant servir
à des projets de développement. Cela serait une réparation réaliste et possible.
L. Boff soutient l’idée d’un "an de grâce" proposée par la fédération
oecuménique des Eglises d’Amérique latine. Cet " an de grâce" remonte à la
tradition biblique de l’année jubilaire, période durant laquelle les dettes
sont abolies.
La nouvelle évangélisation
Depuis les années 1960, l’Eglise s’est prononcée pour l’option préférentielle pour les pauvres. A sa suite est née la théologie de la libération.
"C’est une partie de la nouvelle évangélisation" remarque L. Boff. La théologie de la libération cherche à répondre à la question : Comment peut-on
être chrétien dans un monde marqué par la misère? Aujourd’hui un christianisme libérateur qui soutient les pauvres est en train de naître, en particulier dans les cercles bibliques et les communautés de base.
A propos de sa décision de quitter le sacerdoce et l’ordre des franciscains, le théologien à expliqué: "J’ai pris cette décision pour pouvoir
travailler avec plus de liberté pour les pauvres, contre leur pauvreté,
pour leur libération." Il a décrit son travail avec 500 enfants des rues de
Pétropolis. Au Brésil 20 millions d’enfants sont abandonnés, 7 millions
d’entre eux vivent dans les rues. (apic/gs/mp)