26 organisations suisses veulent une nouvelle
politique économique et commerciale mondiale
Berne, 19juillet(APIC) Pour la première fois en Suisse, de nombreuses organisations d’horizons divers - oeuvres d’entraide pour le tiers monde, organisations de protection de l’environnement et des animaux, organisations
paysannes, syndicales et de consommatrices - se sont unies sur une plateforme "Pour une nouvelle politique économique et commerciale mondiale". Regroupés au sein du "ForumGatt", les signataires de cet appel rendu public
vendredi à Berne adressent à l’intention de la délégation suisse et des ministres participant aux 8èmes négociations multilatérales du GATT une liste
de revendications "contre le dumping social et écologique" qui menace si
l’on adopte le principe d’un libéralisme économique débridé.
Le "Forum Gatt" rassemble 26 organisations suisses, et pas des moindres,
puisqu’on y trouve à côté d’oeuvres d’entraide confessionnelles comme l’Action de Carême, Caritas, l’Entraide protestante ou Pain pour le prochain,
ou neutres, comme Helvetas ou Swissaid, des organisations professionnelles
comme l’Union syndicale suisse (USS) ou la très puissante Union suisse des
paysans (USP) à Brugg, la plus militante Union des producteurs suisses
(UPS), sans oublier les défenseurs de l’environnement (notamment le WWF,
Greenpeace, l’AST, la LSPN, etc.) et des fédérations de consommatrices.
Le GATT, "un club des pays riches"
"C’est une première!", souligne Mario Carera, l’une des chevilles-ouvrières de ce projet qui veut créer un courant dans l’opinion publique afin
que la politique économique et commerciale mondiale adopte des critères de
justice sociale et des clauses écologiques. Pour M. Carera, le GATT (Accord
général sur les tarifs douaniers et le commerce) est "un club de pays riches" créé par les pays industrialisés à une époque où les questions de développement n’existaient pas encore dans les relations internationales. Aujourd’hui, on assiste à une marginalisation croissante des pays en voie de
développement, à la détérioration continue des termes de l’échange, et à un
protectionnisme industriel accru des pays riches.
La part des pays du tiers monde dans le commerce mondial stagne (18 %
des exportations mondiales en 1970, 20 % en 1988). La part de ces pays au
commerce extérieur suisse diminue et le déséquilibre chronique de la balance commerciale Suisse-Tiers Monde se maintient à 5-7 milliards de francs
d’excédents annuels en faveur de la Suisse. Les pertes de revenus des pays
pauvres dues au protectionnisme des pays industrialisés correspondent à
deux fois l’aide publique au développement accordée annuellement.
Du "free trade au fair trade"
Ainsi, les négociations de l’"Uruguay Round" dans le cadre du GATT sont
vitales pour les pays du Sud afin de redéfinir un cadre juridique jetant
les bases d’un développement durable pour ces pays. Les signataires demandent donc que le commerce international ne soit pas laissé à la loi de la
jungle, mais qu’il soit soumis à des règles tenant compte de critères écologiques et sociaux, et que l’on passe du "free trade au fair trade".
Philipp Roch, directeur du WWF, a relevé que la libéralisation du commerce mondial, objectif du GATT, ne doit pas avoir pour but l’augmentation
du commerce en soi. Elle devrait contribuer à l’amélioration des conditions
de vie, en particulier dans le tiers monde, et cela de manière durable, en
ménageant les ressources naturelles, et en tenant compte de la participation démocratique des populations. Pour le militant écologiste genevois, il
faut amender l’article VI du GATT pour empêcher le "dumping écologique" et
obliger les industries à intégrer les coûts écologiques dans leurs prix.
Pour l’instant, le GATT interdit la discrimination commerciale entre des
produits semblables en fonction de leur mode de production. Dans la logique
actuelle du GATT, produire de manière écologique - donc à des coûts plus
élevés - est ainsi pénalisé. Il en est de même dans le domaine de la préservation des ressources naturelles. Des interdictions d’exportation de matières premières et de grumes de bois tropicaux - dans le but par exemple
d’empêcher la déforestation - peuvent être contestées selon les règles actuelles du GATT. Ainsi la Communauté Européenne conteste l’interdiction
faite par l’Indonésie d’exporter des bois tropicaux non travaillés, considérant cette mesure comme protectionniste.
Du côté de l’Union syndicale suisse (USS), on insiste sur la nécessité
d’une "clause sociale" dans le commerce mondial : de même qu’en Suisse,
grâce aux conventions collectives de travail, il est possible d’empêcher
qu’une entreprise essaye d’améliorer sa compétitivité en agissant de manière anti-sociale, de même il faut que la communauté internationale mette en
place une protection sociale minimale (par ex. interdiction du travail des
enfants, égalité de traitement entre hommes et femmes, droit d’association,
etc.). Monique Ryf, secrétaire générale de la Fédération romande des consommatrices, s’est également prononcée pour un développement durable et
équitable, quitte à ce que les consommateurs paient leurs produits à "un
juste prix", qui n’est certes pas le plus bas possible. Manfred Bötsch, de
l’Union suisse des paysans (USP) a pour sa part relevé que l’épineuse question agricole démontre à l’envi les faiblesses du libéralisme intégral préconisé par le GATT. (apic/be)