Berne: le Dalaï Lama reçu par René Felber (190891)
Berne, 19août(APIC) Le Dalaï Lama, chef spirituel et politique des Tibétains et Prix Nobel de la Paix 1989, a été reçu lundi matin à Berne par le
Conseiller fédéral René Felber. L’entretien entre les deux hommes, qui a
permis au Dalaï Lama d’exposer la situation du Tibet occupé par la Chine
depuis 1950 - ainsi qu’il l’a expliqué peu après au cours d’une conférence
de presse -, marque une évolution notoire de la Suisse à l’égard du Dalaï
Lama. Il y a 3 ans encore, le Conseil fédéral avait refusé de le rencontrer. Berne reconnaît toujours la souveraineté chinoise sur le Tibet.
Le revirement opéré par Berne, même si le Dalaï Lama a été reçu lundi en
sa qualité de chef spirituel des Tibétains et comme Prix Nobel de la Paix,
satisfait René Longet, Conseiller national socialiste genevois et vice-président du groupe parlementaire "D’amitié Suisse-Tibet": "Nous sommes heureux que le Conseil fédéral ait changé de position, et rejoigne les pays
qui ont accepté de recevoir le Dalaï Lama en quête de paix pour son peuple", devait-il déclarer au cours de la Conférence de presse.
Détendu, souriant, le Dalaï Lama a exprimé sa gratitude au Conseiller
fédéral René Felber: "Il m’a écouté avec intérêt, et je lui ai rappelé que
la Suisse, il y a 30 ans, a servi de terre d’asile à de nombreux Tibétains". Le chef spirituel des Tibétains a rappelé le plan de paix en cinq
points qu’il a proposé en 1987 et qui visait à transformer le Tibet tout
entier en une zone de paix. En dépit du silence de la Chine, le Dalaï Lama
lançait ensuite l’idée formulée par la Chine elle-même d’"un pays, deux systèmes", c’est-à-dire d’un statut similaire à celui promis à Taïwan en cas
de réunification. "Là encore, Pékin est resté muet. Aujourd’hui, je considère qu’il est de mon devoir de définir une nouvelle ligne politique afin
que le Tibet et les Tibétains recouvrent leurs droits légitimes".
Le Dalaï Lama, qui reste fermement attaché à la doctrine de la non-violence, considère désormais sa dernière proposition comme caduque: "Je suis
maintenant ouvert à toute nouvelle suggestion pour tenter de faire avancer
la solution du problème". Le chef spirituel des Tibétains, exilé en Inde
depuis 1959, estime que d’éventuels pressions économiques prises à l’encontre de la Chine ne consitutuent en aucun cas une solution. "Dans un monde
où tout change, pourquooi seule la Chine demeurerait-elle immuable? Le processus sera certainement long, mais en donnant au régime, dans sa forme actuelle, entre cinq et dix ans, je pense ne pas me tromper de beaucoup".
Porte-parole du Comité suisse de soutien au peuple tibétain (CSPT), Mme
Ariane Winkelmann a pour sa part émis le voeu de voir les autorités fédérales proposer leurs bons offices afin qu’une solutioon négociée au problème
tibétain soit trouvée: "Aujourd’hui, nous nous trouvons dans la situation
suivante: le dialogue ou le génocide". (apic/pr)