une Suisse sans capitaux en fuite"
Réviser la loi sur l’entraide judiciaire
Berne, 28février(APIC) "Pour une Suisse sans capitaux en fuite": c’est le
titre d’une campagne lancée par les organisations "Action Place Financière
Suisse - tiers monde" et "Déclaration de Berne", campagne présentée mercredi lors d’une conférence de presse à Berne. Dans un "manifeste", les deux
organisations demandent des modifications légales afin que les fonds
soustrait à l’impôt dans les pays en voie de développement et qui quittent
ces pays de façon illégale (capitaux en fuite) soient interdits en Suisse
et relèvent de la loi sur l’entraide judiciaire.
La campagne a été lancée en vue de la prochaine révision de la loi sur
l’entraide judiciaire. Elle s’étendra sur deux ans. Il s’agit à l’avenir, a
expliqué Peter Bosshard, secrétaire de la "Déclaration de Berne", d’interdire les contributions passives à la fuite des capitaux dans la loi sur les
banques. De plus, l’entraide judiciaire ne devrait pas durer plus de six
mois; l’argent du dictateur philippin Marcos, par exemple, est bloqué en
Suisse depuis 1986 en raison de multiples recours et plaintes.
Une solution à la crise de l’endettement
"Sans fuite de capitaux, il n’y aurait pas de crise de l’endettement",
peut-on lire dans le manifeste. Les capitaux en fuite constituent environ
50% de la dette extérieure du tiers monde, et 250 à 300 milliards de dollars (plus d’un quart des capitaux en fuite dans le monde entier) sont administrés par les banques suisses, a déclaré Urs Hänsenberger, secrétaire
d’"Action Place Financière Suisse - tiers monde". La gestion de ces capitaux leur fournit environ 10% de leurs gains.
Urs Hänsenberger a comparé ces sommes à celles allouées par la Suisse à
l’aide au développement: alors qu’en 1989 celle-ci s’élevait à 894 millions
de francs, les banques suisses retiraient 24,3 milliards de francs de capitaux provenant du tiers monde. Penser que la fuite des capitaux relève de
la responsabilité des pays du tiers monde c’est faire preuve de "pur cynisme, vu les difficultés réelles et la complexité des problèmes de ces pays",
a-t-il déclaré.
La campagne d’"Action Place Financière Suisse - tiers monde" et de la
"Déclaration de Berne" s’articule autour de deux grands axes, a souligné
Thierry Pellet, secrétaire de la "Déclaration de Berne": d’une part, regrouper diverses organisations (organisations tiers-mondistes, oeuvres
d’entraide, Eglises, personnalités et partis communistes, syndicats) et
sensibiliser le public au moyen des médias, par des conférences et des soirées décentralisées; d’autre part, réaliser les revendications des initiateurs. Cette réalisation passera par trois étapes: action sur la révision
de la loi sur l’entraide judiciaire; présentation d’une motion au Conseil
national par Rosemarie Dormann (PDC) au sujet de cette révision; lancement
d’une initiative populaire pour 1992 si les revendications n’ont pas été
prises en compte jusque là. (apic/am/cor)