L’ombre de la guerre du Golfe
Berne, 14février(APIC) C’est avec un slogan d’une brûlante actualité, "Le
prix de la Paix", que les oeuvres d’entraide catholique Action de Carême et
protestante Pain pour le Prochain ont lancé jeudi à Berne la campagne de
carême 1991. Lors de la cérémonie oecuménique d’ouverture dans l’église de
la Trinité, le président de la Confédération Flavio Cotti a salué le "sérieux et la compétence" avec lesquels les deux oeuvres d’entraide accomplissent depuis 30 ans leur travail d’information et de formation. Faisant
allusion à la guerre du Golfe, il a relevé leur "clairvoyance" dans le
choix du thème de cette année.
Flavio Cotti a également relevé "le résultat spectaculaire" - 250’000
signatures - de la pétition demandant la constitution d’un fonds de désendettement de 700 millions de francs en faveur du tiers-monde pour commémorer le 700e anniversaire de la Confédération et révélé que la décision définitive tombera lors de la session extraordinaire des Chambres des 2 et 3
mai prochains. "Je ne doute pas", a-t-il assuré, que ce fonds voie le jour
comme cadeau d’anniversaire des Confédérés aux populations les plus pauvres
du Sud, qui risquent d’être oubliées à la suite de l’ouverture de l’Europe
de l’Est. Evoquant la pauvreté du Sud qui entraîne destruction de l’environnement et migrations, il a rappelé que la solidarité avec le tiers-monde
est également, à terme, une question de survie pour les pays du Nord.
Maintenir les pressions sur l’Afrique du Sud
Au cours de la présentation de la campagne de carême - dont le point
fort est la paix ou comment gérer les différents conflits de façon juste l’accent a été mis sur la situation à la fois dramatique et chargée
d’espoir de l’Afrique australe. Mgr Wilfred Napier, président de la Conférence épiscopale sud-africaine, a demandé que les pressions sur l’Afrique
du Sud - "qui ont prouvé leur efficacité" - soient maintenues pour que Pretoria tienne ses promesses de changement. "Je suis toutefois rempli
d’espoir", a-t-il déclaré au sujet du démantèlement de l’apartheid, tout en
relevant que le président De Klerk doit faire face à la résistance de nombreux fonctionnaires, de la bureaucratie et des forces de sécurité.
Le retard dans la mise en oeuvre des engagements pris lors des discussions de Groote Schuur et de Pretoria entre De Klerk et Mandela ont favorisé les actes de déstabilisation des extrémistes : éléments radicaux de
l’ANC, de l’Inkhata, du côté noir, et du côté blanc, groupes d’extrêmedroite et secteurs des forces de sécurité formant une mystérieuse "Troisième force", sans compter les actions purement criminelles. Ainsi, face à la
violence et à la crise qui secouent le pays, "pour l’homme de la rue, 1990
a peut-être été la pire année de sa vie", estime Mgr Napier. En effet, en
dépit de tous les discours, peu de choses ont vraiment changé dans la vie
quotidienne de la population.
Au Mozambique, a souligné l’évêque anglican Dennis Sengulane, la situation est encore pire, puisqu’elle peut être décrite par ces mots : famine,
souffrance, violence, mort. Et de se demander comment il faut réagir quand
un pasteur se rend à la cathédrale le 1er janvier et peut compter trente
cadavres de personnes assassinées sur sa route, dont deux devant la porte
de l’église. Grâce toutefois à la médiation de l’Eglise catholique et du
Conseil chrétien, des discussions ont été entamées entre le gouvernement de
Maputo et les rebelles de la Renamo, et un cessez-le-feu limité dont ce
pays exsangue a un urgent besoin, a pu être obtenu. (apic/be)
Encadré
L’aide à l’Est ne doit pas se faire au détriment du Sud
A l’occasion de la conférence de presse, Ferdinand Luthiger, directeur de
l’Action de Carême, a estimé que l’attention soutenue envers les pays de
l’Est pourrait affaiblir la solidarité en faveur du tiers-monde, avec le
risque pour la vie de nombreux êtres humains dépendant des oeuvres d’entraide pour survivre. Il a en outre relevé que la campagne de carême se
présente cette année dans un contexte politique et social difficile marqué
par la guerre du Golfe et ses incertitudes, la forte inflation et les
craintes de récession.
Quant au résultat financier de la campagne 1990, si les revenus de l’Action de Carême ont globalement augmenté de 1,25 million de francs (4,85 %),
la collecte n’a quant à elle rapporté que 600’000 francs de plus que l’année précédente (2,6 %), soit 23,6 millions de francs. Les revenus de Pain
pour le Prochain ont de leur côté baissé de 7,5 %, soit d’un million de
francs, et une première analyse montre un glissement des dons en faveur de
l’Est. (apic/be)