Berne : lancement de la campagne de carême 88 (180288)
Berne, 18février(APIC) Le travail des oeuvres d’entraide établies est devenu plus difficile, a relevé jeudi à Berne M. Ferdinand Luthiger, directeur de l’Action de Carême des catholiques de Suisse, à l’occasion du lancement, conjointement avec son partenaire protestant Pain pour le Prochain,
de la campagne de carême 88. Au cours de cette campagne, les Eglises de
Suisse recevront plusieurs personnalités du tiers-monde, dont l’évêque
catholique sud-africain Patrick Mwemwe, qui a affirmé que la seule alternative à la violence dans son pays était d’appliquer le boycott économique,
d’affaiblir et d’isoler le gouvernement d’Afrique du Sud.
Analysant les résultats financiers de la campagne de carême de l’an dernier - la collecte de l’Action de Carême a rapporté 22,4 millions de francs
(soit une baisse de 1,7% par rapport à 86) tandis que Pain pour le Prochain
récoltait des dons pour 13,3 millions (soit une hausse de 2,7%) - M. Luthiger s’est montré optimiste. Il a cependant relevé que l’augmentation du
nombre des collectes de fonds en Suisse et les méthodes publicitaires de
plus en plus agressives utilisées par de nouvelles oeuvres d’entraide pour
acquérir "leur part du gâteau" rendait plus difficile le travail des organisations d’entraide traditionnelles. Il a souligné qu’il ne s’agissait pas
seulement de prendre en compte les résultats financiers, car le but des
oeuvres d’entraide traditionnelles est de faire évoluer et les mentalités
et les comportements pour plus de justice envers les plus pauvres. Ce
travail de conscientisation est beaucoup plus exigeant et rapporte
certainement moins qu’une simple campagne de récolte de fonds pour un but
humanitaire.
L’Eglise sud-africaine appuye le boycott économique
Dans un appel lancé à la population suisse, Mgr Mwemwe, évêque auxiliaire de Johannesbourg, a demandé "de nous aider à supprimer le fléau de
l’apartheid, car à ce sujet, il ne peut y avoir de neutralité : on est soit
pour, soit contre l’apartheid, on est soit pour la dignité humaine, soit
contre, pour Dieu ou contre Dieu". Et d’affirmer clairement : "Il est temps
d’isoler le gouvernement d’Afrique du Sud, de l’affaiblir, de façon à ce
qu’il soit forcé de reprendre ses esprits". Rappelant la position de
l’Eglise catholique depuis sa dernière lettre pastorale de 1986 sur les
sanctions économiques, il est d’avis qu’elles doivent être si nécessaire
intensifiées.
Lundi prochain, les oeuvres d’entraide doivent rencontrer, en compagnie
de Mgr Mwemwe, des représentants des banques suisses pour discuter de leur
politique d’investissement en Afrique du Sud. Parlant de l’endettement du
tiers-monde, le théologien protestant Julio de Santa Ana, qui enseigne à
Sao Paulo, a révélé que les pays pauvres subventionnent les pays riches,
puisque ces dernières années, il y a un transfert de capitaux du Sud vers
le Nord pour plus de 13 milliards de dollars. Pour les peuples du tiersmonde, payer la dette signifie affamer la population, augmenter la mortalité infantile, raccourcir l’espérance de vie. De toute façon, estime Julio
de Santa Ana, cette dette est "illégitime" parce qu’elle a été contracté
par des gouvernements "illégitimes" et n’a en rien profité à la population.
Les Eglises de Suisse vont collaborer à une étude du Fonds National de la
Recherche Scientifique sur le désendettement du tiers-monde qui devrait
sortir en 1991, lors du 700ème anniversaire de la Confédération, un moment
historique favorable à la remise de la dette pour les pays les plus
pauvres. (apic/be)