Berne : la Garantie fédérale des Risques (091188)
Plus d’"éléphants blancs" sur le dos des populations du tiers-monde
Berne, 9novembre(APIC) Le fonctionnement actuel de la Garantie des Risques à l’Exportation (GRE), important instrument de promotion des exportations suisses, a été soumis à une avalanche de critiques mercredi à Berne
par la communauté de travail des oeuvres d’entraide Swissaid, Action de
Carême, Pain pour le Prochain et Helvetas.
Au cours d’une conférence de presse présidée par le conseiller national
radical tessinois Sergio Salvioni, membre du Comité central d’Helvetas, les
oeuvres d’entraide ont prouvé, exemple à l’appui, la nécessité de reviser
la GRE, pour qu’elle tienne mieux compte des critères de la coopération au
développement.
Un "éléphant blanc" d’origine suisse au Kenya
L’exemple de la fabrique de mélasse de Kisumu, au bord du lac Victoria,
au Kenya, a bien montré certains dérapages de la GRE : si l’aide publique
et privée destinée à ce pays s’est élevée à 8 millions de francs pour 1987,
l’Union des Banques Suisses (UBS) a encaissé cette année-là pour un seul
semestre la somme de 12 millions de francs pour rembourser un projet qui
est aujourd’hui considéré comme l’une des plus grandes erreurs d’investissement dans le monde.
Ce n’est pas l’aide au développement, mais des crédits commerciaux et
l’accord de la GRE qui ont rendu possible cette débâcle : la fabrique de
Kisumu, qui devait permettre la substitution de carburants fossiles par de
l’alcool provenant de la canne à sucre, s’est révélée être un gouffre financier, les coûts ayant plus que doublé entre 1977 et 1981, date de l’arrêt des travaux. Près de 300 millions de francs sont définitivement perdus, mais le Kenya doit rembourser l’emprunt, l’UBS venant de faire savoir
qu’elle ne veut pas accorder de remise de dette. L’usine, à 80% construite,
est abandonnée à la rouille depuis six ans... et cet "éléphant blanc" comme on appelle la faillite de ces grands projets de développement d’origine suisse suscite bien de l’amertume dans la presse et le public au
Kenya.
Rendre la commission de la GRE plus représentative
Les oeuvres d’entraide souhaitent que la GRE - dont les pertes dues à la
garantie des risques monétaires se montent fin 1988 à quelque 866 millions
- soit soumise dès que possible à un rapport d’évaluation d’impact, comme
l’a été la coopération au développement et l’aide humanitaire (DDA), contrôle effectué par des organisations extérieures à l’administration fédérale. Il s’agirait notamment d’analyser les effets de politique de développement de la GRE, car la loi de 1981 dispose que la Confédération tiendra
compte, s’agissant d’exportations à destination des pays en développement
les plus défavorisés, des principes fondamentaux de la politique suisse en
matière d’aide au développement.
Les oeuvres d’entraide espèrent également que l’on fasse participer dans
la commission de la GRE des experts des organisations tiers-mondistes et
écologistes, car, souligne Mario Carera, de Swissaid, la GRE est trop unilatéralement favorable aux intérêts de l’industrie privée. Sergio Salvioni
souhaite également cette participation, "pour qu’il y ait des choix plus
équitables et plus équilibrés et peut-être pourra-t-on éviter des désastres
comme Kisumu". (apic/be)