"Désidéologiser" la notion de paix
Berne, 23août(APIC) Née le 18 août dernier, la Fondation suisse pour la
paix, dont l’une des ambitions est de "désidéologiser" la notion de paix,
s’est présentée au public mardi à Berne. Présidée par Alexandre Hay, ancien
président du Comité International de la Croix-Rouge (CICR), elle rassemble
des représentants des partis gouvernementaux, des Eglises, de l’administration, du monde de la science et des mouvements pour la paix ainsi que des
personnalités indépendantes.
Cette nouvelle fondation, qui se veut strictement indépendante, a pour
but "de contribuer à la politique suisse de paix et de sécurité dans le domaine de la recherche, de l’élaboration et de la diffusion de cette politique ainsi que dans celui de son application". Comme l’a souligné l’ancien
président du CICR, "dès le départ, la Fondation se doit d’avoir pour tâche
essentielle d’extraire la notion de paix des conceptions idéologiques qui
ne mènent à rien", et pour garantir le sérieux de sa recherche, elle devra
maintenir une "égale distance à l’égard de l’administration et des mouvements pour la paix".
L’idée de créer en Suisse une telle institution indépendante qui se consacrerait aux aspects politiques et scientifiques de la paix remonte aux
années 60, époque ou des pays comme les Etats-Unis, le Canada, les PaysBas, la RFA, la Norvège et la Suède avaient déjà mis sur pied des organisations de ce type. Des impulsions positives ont été données à ce projet lors
des réunions de Lenzbourg en 1984 et 1985. A cette occasion, des personnalités du monde de la science, de la politique, de l’administration et des
Eglises s’étaient rencontrées pour pour promouvoir une politique étrangère
de la Suisse plus active ainsi qu’une politique de paix qui aille au-delà
de la pure défense nationale. Le Conseil suisse de la science avait également constaté en 1985 que la Suisse, en raison de sa situation d’Etat neutre, était particulièrement adaptée pour effectuer des recherches dans le
domaine de la paix et des conflits.
La création d’une telle institution, malgré le large spectre politique
qui caractérise son Conseil de fondation, a pourtant déjà suscité la critique de la presse, notamment de la "Weltwoche", qui pense déjà que l’extrême-gauche va la contrôler. "Il est évident que si ce qu’écrit la Weltwoche avait un tant soit peu de réalité, a souligné Alexandre Hay, je n’aurais jamais accepté de présider cette Fondation". A son avis, la composition du Conseil de fondation garantit l’indépendance de la nouvelle institution. Les vice-présidents sont Hans-Balz Peter, directeur de l’Institut
d’Ethique Sociale de Fédération des Eglises protestantes de la Suisse (IES)
et l’ancienne conseillère aux Etats genevoise Monique Bauer-Lagier, et le
trésorier Pius Hafner, secrétaire de la Commission "Justice et Paix",
dépendant de la Conférence des évêques suisses.
Le directeur de la Fondation suisse pour la paix est le politologue
bâlois Günther Bächler, qui occupera son poste à mi-temps dès le 1er septembre. Une centaine de personnalités ont créé un capital de départ de
40’000 francs, précise Pius Hafner, mais le côté matériel n’est pas encore
assuré. Le budget de la première année de fonctionnement est devisé à
100’000 francs, qui devraient être trouvés auprès de privés, d’institutions, de cantons, etc. On ne sait pas si les Eglises, qui ont soutenu la
phase préparatoire à la création de la Fondation, s’engageront financièrement dans le futur. (apic/be)