"Conserver la capacité de s’insurger contre les injustices"
Berne, 22avril(APIC) "Face à la situation infrahumaine dans laquelle vit
la population du tiers-monde, la répression, la torture, les disparitions,
la dette extérieure qui ne pourra jamais être payée, si nous n’avons plus
la capacité de nous scandaliser, c’est que nous avons perdu le sens humain". Cet appel à récupérer notre humanité et à nous solidariser avec les
plus pauvres, c’est la théologienne mexicaine Elsa Tamez qui l’a lancé vendredi à Berne, à l’occasion du vingtième anniversaire de la "Déclaration de
Berne". La "DB" avait choisi pour cette occasion de donner la parole à des
hôtes du tiers-monde.
C’est en 1968 en effet - plus précisément le 10 mars - que des chrétiens
adoptent à Berne un manifeste dénonçant l’injustice des relations Suissetiers-monde. Cette "Déclaration de Berne" demande au Conseil fédéral une
action décisive en faveur du tiers-monde. Pour marquer concrètement leur
solidarité, les signataires s’engagent à verser chaque mois durant trois
ans un pourcentage de leur revenu à des organisations de leur choix travaillant pour un authentique développement.
Quelques mois plus tard, ils sont déjà quelque 10’000 - de toute origine
et confession - à adhérer à ce manifeste et à cet engagement. Une telle
idée avait germé quelques années plus tôt dans la tête du pasteur André
Biéler, professeur d’éthique sociale aux Universités de Genève et de Lausanne. En 1964 déjà, constatant que le fossé s’élargissait entre nations
pauvres et nations riches, il avait proposé à la Fédération des Eglises
protestantes de la Suisse (FEPS) "que les riches donnent sans espoir de retour 3% de leur revenu national, devant être prélevés sur les sommes consacrées aux armements".
De l’engagement financier à l’engagement politique
Cet engagement financier a permis l’impulsion de départ, mais les initiateurs de la "DB" ne cachaient pas leur conviction que des changements
d’ordre politique étaient également nécessaires en Suisse même. C’est l’époque de la participation à la mobilisation contre la présence du Portugal
de Salazar au Comptoir suisse, à l’accueil des réfugiés chiliens, à l’initiative "Etre solidaires", à la vente militante de "Café Ujamaa" de Tanzanie... En 1976, c’est le célèbre procès suite à la publication par la "DB"
d’une brochure incriminant les méthodes de vente de lait en poudre dans le
tiers-monde par Nestlé. Il y aura d’autres actions, comme l’appui à l’initiative socialiste sur les banques, la campagne contre la commercialisation
du pesticide "Galecron" (retiré depuis), produit par Ciba-Geigy, la campagne contre les grands barrages dans le tiers-monde, etc.
Poursuivant sur sa lancée, la "DB" a mis à son programme la lutte pour
une législation contre la fuite des capitaux et pour un commerce plus juste
avec le tiers-monde. Elle s’engage également contre l’entrée de la Suisse
au Fonds Monétaire International (FMI), pour que l’on tienne compte du
respect des droits de l’homme lors d’investissements dans le tiers-monde.
Elle souhaite également que l’on introduise une "clause anti-raciste" dans
le matériel scolaire, trop de préjugés étant véhiculés, souvent involontairement, au sujet du tiers-monde. La "DB", qui se veut "l’avocat des pauvres
et des opprimés du tiers-monde" en Suisse, affirme également vouloir un
dialogue contructif avec l’économie suisse, dialogue qui aboutisse à des
résultats concrets. La signature d’une clause sociale entre Migros et Del
Monte en faveur des travailleurs des plantations d’ananas aux Philippines
est un pas dans la bonne direction. (apic/be)