Riposte des journalistes protestants
Berne, 2juin(APIC) Si l’action politique "Eglise où vas-tu ?" lancée en
1986 en Suisse romande a fait long feu, "Kirche wohin ?", son inspiratrice
en Suisse alémanique, fondée en janvier 1980 par des hommes politiques conservateurs, a fait du tort aux oeuvres d’entraide des Eglises et aux Eglises cantonales elles-mêmes, surtout en milieu protestant. Passant à la contre-attaque, un groupe de journalistes protestants a dénoncé vendredi à
Berne les méthodes "souvent démagogiques, les demi-vérités, voire les contre-vérités" de ce lobby qui voudrait "mettre les Eglises au pas".
Comme la FEPS, la Fédération des Eglises protestantes de la Suisse - elle-même souvent la cible de "Kirche wohin ?" - avait des réticences à monter elle-même au front, c’est un groupe ad hoc de rédacteurs des bulletins
de paroisse protestants qui remet en question "Kirche wohin ?" dans une
brochure d’une septantaine de pages. Avec ce livre intitulé "Eglise où vastu ? - une action politique", précise Andreas Hostettler, chargé d’information de la FEPS et lui-même co-auteur de la brochure, "nous aimerions ramener le débat dans l’Eglise, parce qu’il se déroule actuellement au niveau
politique : l’année dernière et cette année, des assemblées du parti radical zuricois ont été consacrées spécialement à des thèmes d’Eglise".
Ce contre quoi s’élève A. Hostettler, ce sont les "attaques personnelles, le manque de fair-play, les fausses informations" répandues sur les
Eglises et les oeuvres d’entraide comme Pain pour le Prochain, l’Entraide
protestante, l’Action de Carême, etc. L’action "Kirche wohin ?" reproche
aux Eglises leur "politisation", c’est-à-dire leur engagement pour la justice sociale, l’écologie, la solidarité avec le tiers-monde ou leur condamnation de l’apartheid. Mais, rétorquent les publicistes protestants, son
action à elle est purement politique, et en aucun cas d’Eglise : "son argumentation n’est pas du tout théologique, mais politico-idéologique". "Kirche wohin ?" serait, selon Klaus Bäumlin, rédacteur en chef du Sämann, à
Berne, "un instrument que se sont forgés les politiciens pour domestiquer
les Eglises" afin qu’elles soient au service du statu quo.
Selon ses opposants, l’action "Eglise où vas-tu ?" - qui compte quelque
5’000 membres actifs, autant de donateurs et un budget annuel de 300’000
francs - dispose de beaucoup de moyens financiers et d’appuis de nombreux
parlementaires proches des milieux économiques. Présidée par l’avocat Markus Herzig, de Zuzwil (BE), l’action compte dans son Comité de patronage
une belle brochette d’hommes politiques, notamment des politiciens zuricois
importants comme l’ancien conseiller fédéral Rudolf Friedrich, les conseillers nationaux Christoph Blocher, Ernst Cincera, Heinz Allenspach, Paul Eisenring, etc. La conseillère nationale Geneviève Aubry, de Tavannes (BE),
avait l’intention de développer l’action en Suisse romande, mais sans grand
résultat semble-t-il jusqu’à présent. (apic/be)