Berne: investir en personnes pour combattre l’ignorance (180790)
Berne, 18juillet(APIC) "La pauvreté est un problème de société. Elle
prendra de plus en plus d’importance dans le domaine de la politique sociale dans les années 90", a constaté Georges Enderle, professeur d’éthique
économique, lors de la conférence de presse organisée par le mouvement international ATD Quart Monde mercredi 18 juillet à Berne. Arnold Christen,
responsable du mouvement en Suisse, a évoqué à cette occasion les réponses
données par ATD Quart Monde à la pauvreté et à l’ignorance en Suisse: "Semaines de l’avenir partagé" avec la mise sur pied de bibliothèques de rue,
à Fribourg notamment. Il a en outre présenté le document de travail d’une
session tenue au centre national du Mouvement à Treyvaux en 1988 intitulé
"Pour une lutte globale contre la pauvreté", insistant sur l’investissement
en personnes.
En Suisse, la pauvreté est une réalité: un demi-million de personnes parmi elles on compte 125’000 enfants -, vivent au-dessous du revenu minimum d’insertion (RMI), qui s’élève à 1’700 francs, a précisé le professeur
Enderle. Face à cette situation, comment réagir ? G. Enderle, qui étudie le
problème depuis plusieurs années, a souligné la nécessité d’une lutte globale contre la misère pour permettre aux pauvres de participer activement à
la vie sociale comme partenaires à part entière. Un tel programme demande
l’engagement actif et constant, dans leurs domaines professionnels, de nombreuses personnes. Il exige aussi une prise de conscience des instances politiques et sociales. Seulement, a relevé G. Enderle, il manque en Suisse
un modèle d’action et il est urgent de se concerter pour mettre en place
des structures qui permettent de lutter plus efficacement contre la pauvreté.
Les pauvres, des partenaires à part entière
ATD Quart Monde, persuadé, à la suite de son fondateur, le Père Joseph
Wrésinski, que la "pauvreté est une violation des droits de l’homme", n’a
pas attendu pour prendre des initiatives concrètes, lancer des projets pilotes. Partant des principes contenus dans le rapport Wrésinski - "le seul
programme de lutte contre la pauvreté voté par une instance démocratique et
élaboré avec la participation active de la population la plus défavorisée",
a précisé Arnold Christen -, rapport qu’il s’efforce de faire connaître, le
Mouvement a mis sur pied des "Semaines de l’avenir partagé". Ces Semaines,
animées par des volontaires de différents milieux professionnels, ont pour
but un partage du savoir théorique et pratique pour une meilleure intégration des plus pauvres.
Un exemple, largement évoqué au cours de la conférence de presse, qui a
permis à deux volontaires de faire part de leur expérience et de leurs découvertes: les bibliothèques de rue. Organisées dans le cadre de l’Année
internationale de l’alphabétisation, elles sont soutenues par la Commission
suisse de l’UNESCO. Elles existent pour le moment à Bâle, Genève et Fribourg, où elles sont régulièrement associées aux fêtes de quartier. Lieux
de rencontre et de partage, elles sont aussi pour les familles défavorisées
un premier pas vers une intégration sociale.
Nouvelle publication: "Pour une lutte globale contre la pauvreté"
Arnold Christen a présenté brièvement la dernière publication d’ATD
Quart Monde, "Pour une lutte globale contre la pauvreté". Elle reprend les
exposés et les points forts de la discussion qui a rassemblé à Treyvaux il
y a deux ans des responsables politiques, sociaux et administratifs pour
une session de travail sur les recommandations du rapport Wrésinski, "Grande pauvreté et précarité économique". Préfacée par le conseiller fédéral
Flavio Cotti, elle tente de définir la pauvreté, en analyse les causes et
les conséquences et propose un ensemble de mesures globales, cohérentes et
prospectives pour lutter contre elle.
Mouvement de la famille et des droits de l’homme, ATD Quart Monde s’efforce, en luttant pour la justice, la paix et la liberté, de faire entendre
la voix des plus pauvres. Il se bat pour assurer à chacun la jouissance des
droits économiques, sociaux et culturels aussi bien que civiques et politiques. Un combat mené aux côtés des familles les plus pauvres, avec lesquelles les permanents du volontariat vivent une communauté de destin: le mouvement compte 346 volontaires, dont 15 en Suisse, où il s’est implanté en
1965, avec son secrétariat national à Treyvaux, dans le canton de Fribourg.
Le Mouvement, multi-confessionnel, est présent dans vingt pays et quatre
continents. En Suisse, il compte quelque 2’500 membres.(apic/cor)