Des organisations dénoncent la traite des femmes venant du tiers monde
Berne, 30juin(APIC) Elles sont originaires de Thaïlande, des Philippines,
d’Afrique ou d’Amérique latine, rejointes désormais par des femmes d’Europe
de l’Est. "Gogo-girls" ou strip-teaseuses dans les bars et les night clubs
de nos villes, prostituées, femmes achetées sur catalogue en vue de mariage, nombreuses sont les femmes exploitées et traitées dans notre pays comme
de véritables "esclaves sexuelles", ont dénoncé mardi à Berne trois organisations préoccupées par la traite des femmes en Suisse.
Dans un dossier d’une septantaine de pages présenté à la presse, Caritas
Suisse et la Ligue suisse de femmes catholiques à Lucerne, ainsi que le
Centre d’information pour femmes du tiers monde (FIZ) à Zurich exigent que
la Suisse supprime l’"autorisation pour artistes". Ce statut spécial, limitant à huit mois le séjour dans notre pays, est encore plus discriminatoire que celui des saisonniers parce qu’il ne permet pas d’obtenir le permis de séjour à l’année, même après des séjours répétés en Suisse. Militant
pour la dignité de la femme, ces organisations souhaitent que ce statut
soit remplacé par un permis annuel, permettant aux femmes concernées d’accéder à des emplois hors de l’industrie du sexe et du divertissement.
A la merci de patrons sans scrupules
Actuellement, ces "artistes" de boîtes de nuit sont à la merci complète
de leurs patrons ou des soi-disant "agences artistiques" qui les emploient,
soumises sans défense à toutes sortes d’abus. Pour la journaliste Kathrin
Spring, qui a mené l’enquête et rédigé le dossier intitulé "La traite du
malheur - Le marché des femmes en Suisse", "l’Etat assume quasiment le rôle
de proxénète pour cette branche, jetant les femmes dans une extrême dépendance du milieu et les rendant ainsi facilement exploitables". Estimant à
quelque 1’500 le nombre de "danseuses" du tiers monde et d’Europe de l’Est
exerçant leurs talents en Suisse, la journaliste lucernoise ne considère
pas ce problème comme marginal. L’enjeu est autre: "Il s’agit de la manière
dont la société traite ses minorités, dans ce cas-là, une minorité constituée par des femmes étrangères et provenant des pays pauvres".
Mais les organisations de femmes et Caritas ne s’inquiètent pas que du
sort des "danseuses" et des prostituées du tiers monde. Elles dénoncent
également comme nouvelle "traite des esclaves" le tourisme sexuel dans le
tiers monde ainsi que le trafic des femmes à marier sur catalogue ou cassette vidéo (l’adresse d’une polonaise coûte 150 francs, alors que pour acquérir une latino-américaine, il faut débourser jusqu’à 10’000 francs). La
présidente de la Ligue des femmes catholiques, Rösy Blöchliger, demande aux
autorités que les femmes venues par les filières matrimoniales ne soient
pas expulsées en cas de séparation ou de divorce. Elles devraient obtenir,
indépendemment de leur mari suisse, un permis de séjour ou de travail. Le
nouveau droit sur la nationalité entré en vigueur en janvier pénalise en
effet ces femmes. Si le mari veut s’en séparer dans les trois premières années de mariage, ces femmes sont tout simplement renvoyées dans leur pays.
Certains hommes en sont à leur troisième ou quatrième épouse latino-américaine ou asiatique.
Les mesures juridiques et policières ne suffisent pas
Pour juguler la traite des femmes, a-t-elle ajouté, il ne suffit pas de
prendre des mesures juridiques et policières. Il faut amorcer un processus
de sensibilisation et de changement de comportement de la société et des
"clients" et "amateurs" de ce marché, qui sont, d’après les enquêtes, des
"monsieur-tout-le-monde", et non pas quelques obsédés et frustrés. Il faut
à tout prix que la femme ne soit plus considérée comme une marchandise et
un objet sexuel, images trop souvent véhiculées par la publicité. La cause
de ce trafic, les organisations de femmes les voient dans le fossé Nord-Sud
et le néo-colonialisme, la domination des hommes sur les femmes (sexisme)
et le racisme envers les immigrés.
Brigitte Spörri, travailleuse sociale au FIZ, accueille dans ses bureaux
ces femmes, souvent mères célibataires, sans aucun espoir de vie digne ni
ici ni dans leur pays d’origine, brisées, totalement dépendantes. Souhaitant que la Suisse romande et le Tessin créent de tels centres d’accueil,
elle conclut que l’on ne peut dénoncer les violations des droits de l’homme
à l’étranger et se taire sur le sort de ces femmes livrées sans défense au
marché du sexe. (apic/be)