Berne : Débat au national sur la représentation de la violence (010689)
Fribourg/Berne, 1erjuin(APIC/Sandra Lo Curto) Une nouvelle disposition du
code pénal qui suscite déjà bien des remous sera soumise au Conseil national lors de sa session de juin qui débute lundi 5 juin. Il s’agit du nouvel
article 135 CPS sur la représentation de la violence, qui punit de l’emprisonnement ou de l’amende la fabrication et toutes les formes de transmission, de publication ou de diffusion de certaines représentations de violence cruelle. La Commission fédérale du cinéma a déjà réagi contre une
éventuelle interdiction générale des vidéo-cassettes et films violents dans
une lettre adressée aux membres du Conseil national.
Si l’article 135 devait finalement être adopté, la Commission fédérale
du cinéma en propose une version atténuée. Une telle mesure, estime-t-elle,
passe à côté de la cible, est inefficace et favoriserait la naissance d’un
marché noir. Pour le Conseil fédéral et la Commission du Conseil national,
cet article du code pénal a pour but la protection de la jeunesse.
Influences négatives sur le comportement
Les représentations de violence proscrites sont qualifiées dans le texte
de loi proposé de "représentations illustrant avec insistance des actes de
cruauté envers des hommes ou des animaux, sans aucune valeur d’ordre culturel ou scientifique digne de protection". Tout comme la pornographie, estime le Conseil fédéral, les représentations de la brutalité "peuvent heurter
à l’excès le sens moral ou - ce qui est plus grave - influencer le comportement, des jeunes en particulier, d’une manière à la fois néfaste pour eux
et pour la société". Ainsi, le Conseil fédéral craint qu’elles n’aient pour
effet d’inciter à un comportement brutal envers d’autres êtres humains.
Dans une interview accordée à l’agence APIC, la conseillère nationale
radicale zuricoise Vreny Spörri s’est déclarée persuadée de la nécessité
d’une interdiction légale des "brutalos", comme on appelle les vidéo-cassettes et les films violents dans la terminologie alémanique. Il s’agit
pour elle essentiellement d’une disposition de protection de la jeunesse :
"Dans la Commission du Conseil national, nous étions unanimement - et de la
gauche à la droite - de la conviction qu’il faut interdire les ’brutalos’".
Au Conseil des Etats, poursuit-elle, il y a eu discussion pour savoir si
cette interdiction ne devrait pas valoir uniquement pour les mineurs. Mais
cette variante a été rejetée. En effet, souligne V. Spörri, cette interdiction doit être totale pour être efficace, sinon les vidéo-cassettes restent
en circulation.
L’interdiction crée de nouveaux problèmes
"Si cet article est voté, cela ne veut de loin pas dire que l’on en arrivera en Suisse à une réglementation unitaire au sujet de la représentation de la violence", affirme Urs Jäggi, rédacteur de la revue cinématographique "Zoom" à Zurich, revue éditée par les Eglises catholique et
protestante. Urs Jäggi s’était déjà prononcé dans un éditorial contre une
interdiction générale des films violents, en soulignant que "l’interdiction
est presque toujours la pire des solutions". Pour lui, c’est finalement
toujours le juge dans les différents cantons qui devra décider quelles vidéos tombent ou non sous le coup de la loi.
Il s’affirme également sceptique sur le "contrôle aux frontières" que
souhaitent certains hommes politiques. A son avis, rien de tel pour favoriser un marché noir florissant, comme c’est déjà le cas en Allemagne. Ce
pays connaît en effet une législation en la matière. Urs Jäggi, s’il n’est
pas partisan de "listes noires" de vidéos à interdire, - qui peuvent toujours être introduites sous une étiquette inoffensive - se fait l’avocat
d’un auto-contrôle exercé par les professionnels de la vidéo eux-mêmes et
d’une meilleure formation aux médias dans les écoles.
Une réponse pastorale à la pornographie et la violence dans les médias
Dans le document "Pornographie et violence dans les médias", publié le
16 mai par le Conseil pontifical pour les Communications sociales et considéré comme une réponse pastorale, le Vatican insiste sur les "effets dégradants" de la pornographie et de la violence. Elles "déprécient la sexualité, pervertissent les relations humaines, asservissent les individus, en
particulier les enfants et les femmes, détruisent le mariage et la vie de
famille, inspirent des attitudes antisociales et affaiblissent la fibre morale de la société". Quant aux moyens de combattre ces effets, le document
estime que les communicateurs "responsables" doivent se concerter pour formuler et appliquer des codes éthiques. Il souligne que l’auto-régulation au
sein des médias est la première et la plus souhaitable des défenses.
Après avoir parlé de la responsabilité des parents et de l’école, le document s’adresse aux autorités. Il les invite à promulguer des "lois saines". La production du matériel pornographique et des vidéo-cassettes et
films violents ne connaissant pas de frontière, le document demande aux autorités civiles d’agir au plan international comme l’ont déjà fait, entre
autres, la Communauté Européenne, le Conseil de l’Europe et l’Unesco.
Le document demande enfin que la formation aux médias soit inscrite dans
les programmes scolaires des institutions catholiques. Il souligne, au moment de conclure, qu"une attitude purement restrictive ou de censure de la
part de l’Eglise vis-à-vis des médias n’est ni suffisante ni appropriée".
Le document engage au contraire l’Eglise et les communicateurs conscients
de leurs responsabilités à un dialogue permanent. (apic/slc/be)