"Affaire Haas": Rome envoie un délégué pontifical en Suisse
Berne, 6juin(APIC) Dans le but d’aider l’Eglise catholique en Suisse qui traverse une période difficile en raison des graves problèmes liés à ce
qu’il est convenu d’appeler "l’affaire Haas" -, le pape Jean Paul II a désigné un délégué pontifical pour examiner la situation et faire des propositions, les évêques suisses n’étant pas parvenus à trouver une solution
satisfaisante à la crise. C’est une première mesure concrète prise par le
Vatican suite à la rencontre des évêques suisses avec le pape et ses proches collaborateurs les 29 et 30 avril derniers à Rome.
Sur proposition des évêques suisses, c’est un ancien nonce, un archevêque allemand travaillant à Rome, Mgr Karl-Josef Rauber, président de l’Académie pontificale ecclésiastique - une institution qui forme les diplomates
au service du Saint-Siège - qui visitera dès la fin août l’ensemble des
évêques et les divers milieux de l’Eglise en Suisse. Il viendra en Suisse
étudier tous les dossiers et il rencontrera ensuite tout le monde, tant les
"pro-Haas" que ses adversaires, sans oublier ceux qui sont partagés face à
cette affaire.
Les évêques suisses déclarent, dans le communiqué publié jeudi à Berne à
l’issue de leur 212e assemblée ordinaire qui s’est tenue à Einsiedeln du 3
au 5 juin, avoir pris connaissance "avec satisfaction du fait que le pape
Jean Paul II a déjà honoré sa promesse d’aider l’Eglise catholique qui est
en Suisse".
C’est Mgr Joseph Candolfi, président de la Conférence des évêques suisses (CES), qui a suggéré au pape le nom de Mgr Rauber, après en avoir discuté avec le président de la Conférence épiscopale allemande, Mgr Karl Lehmann, évêque de Mayence, d’où est originaire le délégué pontifical. Les
évêques suisses souhaitaient que cette mission de bons offices soit réalisée par une personnalité connaissant l’allemand et surtout la mentalité
suisse et étant de plus disposée à rencontrer toutes les parties concernées.
Une situation sans équivalent depuis le "Kukturkampf"
Lors de la rencontre de Rome avec le pape et ses collaborateurs de la
curie - un travail intensif a été effectué à cette occasion, puisque les
évêques suisses ont passé 17 heures avec le pape - Mgr Candolfi, dans son
message de salutation, avait dressé un tableau peu réjouissant de la situation prévalant en Suisse. Il avait déclaré alors qu’il fallait des mesures
concrètes, "car les beaux mots ne suffisent pas".
Mgr Candolfi avait rappelé qu’à la suite de l’entrée en charge de Mgr
Haas, la situation s’était aggravée : "Nous vivons une période pénible, at-il dit au pape, nos fidèles les plus fidèles sont ébranlés dans leur confiance envers la hiérarchie, les évêques et le pape. De l’avis de la grande
partie de la Conférence, le danger d’une scission, voire de la naissance
d’une Eglise sans évêque, n’a jamais été aussi grand depuis le ’Kulturkampf’".
"Enormément de poids"
Mgr Rauber ne prendra aucune décision, mais son analyse aura "énormément
de poids", estime le Père Trauffer, secrétaire de la CES, car ce prélat a
la confiance du pape et a l’avantage de venir de l’extérieur. Il ne connaît
pas les évêques personnellement et personne n’a pu préalablement l’influencer. Ce n’est pas l’ultime recours, estime Mgr Candolfi, mais c’est un premier pas concret. Il est possible, estime-t-il, que la question d’une nouvelle répartition des diocèses en Suisse revienne sur le tapis, "car Coire
a des répercussions sur l’ensemble de l’Eglise en Suisse".
Le cardinal Schwery: un "téléphone rouge" entre la Suisse et le Vatican
C’est avec une grande joie que les évêques suisses ont salué l’élévation
au cardinalat de l’évêque de Sion, rappelant que Mgr Schwery est le premier
membre de la CES à accéder à cette dignité au cours de ce siècle. Mgr Candolfi a souligné jeudi à Berne l’importance de cette nomination, par laquelle Jean Paul II honore un évêque diocésain suisse, apportant ainsi un
démenti cinglant à ceux qui affirment que les évêques suisses ne jouissent
plus de la confiance du pape.
Il a exprimé la certitude que le nouveau cardinal, appartenant désormais
au cercle des conseillers du pape, aura l’occasion de présenter au mieux la
situation suisse au Vatican. Un "téléphone rouge", en somme ! Répondant à
la question d’un journaliste, Mgr Candolfi a relevé avec humour que si l’on
avait voulu quelqu’un pour donner des ordres de Rome à travers un cardinal,
"on aurait certainement choisi un autre téléphone".
Une femme nommée chef de l’information de la CES
Autre première également : la CES a désigné une femme, la théologienne
lucernoise Maria Brun, comme son nouveau chef de l’information. Elle remplace Hans-Peter Röthlin, récemment nommé sous-secrétaire du Conseil pontifical pour les communications sociales. Le Père Trauffer a souligné que
cette nomination est un signal important montrant le souci des évêques dans
ce domaine et prouvant que la dernière-née des Commission de la CES, "La
femme dans l’Eglise", n’est pas un simple alibi, comme d’aucuns l’avaient
affirmé lors de sa création. (apic/be)