L’étude "Nomination des évêques en Suisse" inopportune, affirme Mgr Mamie
Berne, 3décembre(APIC) La récente étude "Nomination des évêques en Suisse" affirmant qu’avec la nomination de Mgr Haas, le pape a violé le droit
des gens, "n’a été commandée ni par la Conférence des évêques ni par l’un
de ses membres...", a protesté jeudi Mgr Pierre Mamie, président de la Conférence des évêques suisses (CES). La CES regrette cette publication "inopportune". Mgr Mamie présentait à la presse les travaux de l’assemblée d’hiver de la CES tenue à Saint-Antoine (FR) du 30 novembre au 2 décembre.
Pour la première fois depuis plus d’un an, tous les évêques étaient présents à l’assemblée. L’évêque de Lugano, Mgr Corecco, est apparu en pleine
forme et bien remis de la délicate opération qu’il a subie cet été, a
estimé Mgr Mamie. La parution du nouveau catéchisme de l’Eglise catholique
ainsi que l’évaluation de la situation actuelle de l’oecuménisme et du dialogue inter-religieux ont été au centre des travaux des évêques réunis au
Centre de formation de Burgbühl.
Abordant l’oecuménisme aujourd’hui, une réalité qui lui tient très à
coeur, le président de la CES relève chez les catholiques de la "fatigue et
une certaine déception". Ceux qui se sont beaucoup engagés dans l’oecuménisme depuis le Concile ne voient plus actuellement de résultats très spectaculaires. La présence des fondamentalismes - un durcissement que l’on
rencontre tant dans certains secteurs du catholicisme que du protestantisme
- ne facilite pas le dialogue, devenu plus difficile. Pour leurs futurs
prêtres et théologiens laïcs, les évêques suisses ont le souci de la formation à l’oecuménisme, qui ne semble plus si déterminant pour les jeunes.
"Mais l’oecuménisme n’est pas une branche à option!", souligne Mgr Mamie.
En matière de dialogue inter-religieux, les évêques sont conscients de
la présence de 100’000 musulmans en Suisse, des hommes "qu’il ne faut pas
considérer comme des ennemis". Mgr Mamie, évoquant le sens de Dieu, de la
prière et de la pénitence chez les musulmans, aimerait bien voir une telle
ferveur chez nos catholiques. Les évêques faisant toutefois part de leurs
préoccupations concernant les mariages mixtes, vont mettre sur pied un nouveau groupe de travail s’occupant de la présence musulmane en Suisse.
Confession: retrouver le bon chemin
Les évêques, à propos du nouveau catéchisme, attendent les traductions
en italien, ces prochains jours, et en allemand, en mars 1993, pour décider
comment utiliser cet ouvrage que le pape qualifie de "document de référence". Mgr Bullet et Mgr Maeder soulignent que ce nouveau catéchisme n’arrive
pas dans le vide, mais qu’il y a des commissions catéchétiques qui travaillent et tout un matériel disponible et adapté à divers âges et milieux. "Il
faudra revoir nos manuels, ce qui doit être corrigé, adapté, amélioré".
A propos de la confession, certains relèvent qu’avec le nouveau catéchisme, la Suisse devra revoir ses pratiques. Mgr Mamie ne cesse de répéter
que "la confession individuelle est la forme normale, et que la confession
avec absolution collective est exceptionnelle". Mais le pape lui-même a autorisé dans certains cas cette dernière pratique. "Nous nous écartions du
bon chemin; tout à fait en accord avec les congrégations romaines, nous
travaillons à le rectifier pour être conformes à la théologie de la pénitence et depuis trois ans, les choses se sont grandement améliorées".
Rien de nouveau sur "l’affaire Haas"
Concernant le livre sur les nominations épiscopales, réalisé sur mandat
de la Conférence centrale catholique-romaine de Suisse (CCCRS), Mgr Mamie a
souligné que cela n’était pas de la compétence propre de la CCCRS. Il est
pour la CES "inadmissible" d’écrire que le pape a violé le droit des gens
quand il a nommé l’évêque de Coire. "La CES refuse cette affirmation et
proteste, parce que c’est totalement infondé".
Mgr Mamie considère cette publication comme inopportune et ne lui facilitant pas la tâche, lui qui s’est déjà rendu à huit reprises à Rome cette
année, "pas pour porter des edelweiss au pape", mais bien pour parler de la
situation dans le diocèse de Coire. Cette étude de la CCCRS "donne des armes en Suisse et à l’étranger à ceux qui jugent le catholicisme suisse,
l’ecclésiologie des Suisses, à travers ce qui est contenu dans certaines
pages de ce livre".
L’évêque du diocèse de Lausanne, Genève et Fribourg n’a pas non plus apprécié le passage comportant un projet détaillé de nouvelles procédures de
nomination, alors que la méthode de consultation existante dans son diocèse, même si elle doit encore être améliorée, "est sérieusement faite".
Quant à la visite au Vatican ce vendredi de l’ambassadeur Jenö Staehelin, qui devrait faire part de la "vive préoccupation" du Conseil fédéral à
propos de la crise de Coire, Mgr Mamie n’a aucune révélation à faire. Il ne
considère pas a priori cette démarche, relevant du domaine diplomatique,
comme une ingérence dans les affaires internes de l’Eglise catholique.
L’absence de mesures du Vatican pour résoudre la crise, le président de la
CES l’a expliquée en premier lieu par la maladie de Jean Paul II cet été et
les préoccupations prioritaires du pape: notamment la situation tragique
des chrétiens au Soudan, le drame de l’ex-Yougoslavie, etc. "Il a porté de
très gros soucis et peut être les problèmes de la petite Suisse ont été mis
pour un petit moment sous la pile des dossiers..." (apic/be)