On reparle de l’ "affaire Kaufmann"
Berne, 3décembre(APIC) Conférence de presse de la Conférence des évêques
suisses quelque peu troublée jeudi matin à Berne : une vingtaine d’étudiants en théologie ont voulu protester, à l’aide de calicots, comme ils
l’avaient fait le 14 novembre lors du Dies Academicus de l’Université de
Fribourg, contre la non-attribution du titre de Docteur honoris causa de la
Faculté de théologie de l’Université de Fribourg au Père Ludwig Kaufmann,
rédacteur en chef de la revue jésuite "Orientierung".
La Conférence des Evêques suisses, qui a tenu sa 198ème Assemblée ordinaire au Centre St-François de Delémont du 30 novembre au 2 décembre, a
d’ailleurs consacré plusieurs heures de débats à cette affaire. Les étudiants entendaient également protester contre le fait que les évêques suisses souhaitent que la chaire de théologie morale de cette Université - inoccupée depuis le départ du Père dominicain Anselm Hertz appelé comme assistant auprès du Maître général de l’ordre en mars 1984 - soit occupée par
un prêtre et non par un laïc. Pour leur part, les étudiants soutiennent la
candidature du professeur Dietmar Mieth, de Tübingen, qui avait été inscrit
en février 1985 en tête de la liste que le Conseil de la Faculté avait envoyée à Rome pour approbation.
"Je suis pleinement heureux, je me suis réjoui et j’ai lutté pour qu’à
la Faculté de théologie, il y ait des laïcs, et non seulement des Suisses.
Je souhaite qu’il y ait des Africains, des Américains du Sud... Alors, je
dis de la même façon que dans l’Eglise, ou il y a des composantes, les
laïcs, vous avez beaucoup à recevoir de nous", a déclaré Mgr Mamie, évêque
de Lausanne, Genève et Fribourg. Mgr Bullet, évêque auxiliaire du même
diocèse, a également souligné que ce n’est pas le fait que le professeur
Mieth soit un laïc qui fait problème, mais le fait qu’à la Faculté de
théologie de langue allemande, le professeur de pastorale est un laïc et
l’autre professeur de théologie morale n’est pas un prêtre (mais un
diacre). "Nous demandons que dans l’équipe, il y ait au moins un prêtre,
puisque nous devons former à la Faculté de théologie aussi des prêtres,
c’est tout, ce n’est pas contre les laïcs", a-t-il encore précisé.
En ce qui concerne les Doctorats honoris causa de cette année à la Faculté de théologie de l’Université de Fribourg, la Conférence des Evêques a
précisé que ni la Conférence en tant que telle ni certains de ses membres
de leur propre initiative ne sont "intervenus" à Rome ou ailleurs, contrairement à ce qui a été abondamment écrit, mais qu’elle a pris position, sur
une demande expresse qui lui avait été adressée, et qu’elle a exprimé des
réserves en ce qui concerne le Père Kaufmann. "Je précise que pour nous, en
Faculté de théologie, a relevé Mgr Mamie, un Doctorat honoris causa, c’est
une décoration, c’est une mise à l’honneur de quelqu’un pour des services
rendus, des services exceptionnels et exemplaires. Celui qui est honoré à
notre avis - ce n’est pas nous qui donnons la décoration - est présenté aux
professeurs, aux étudiants et à l’opinion publique comme un savant ou un
témoin de valeur exceptionnelle... Quant au candidat proposé, le Père Kaufmann - que nous n’avons pas condamné, je vous le signale - nous ne pensions
pas qu’il pouvait à nos yeux être un témoin exemplaire en ce qui regarde le
service au pape - auquel tout jésuite est très attaché -, le service des
évêques et le service des fidèles catholiques romains. C’est pourquoi quand
on nous a interrogés, nous avons répondu que nous n’étions pas favorables à
cette distinction. Je précise que cette opinion n’est pas celle de l’évêque
de Lausanne, Genève et Fribourg, mais bien celle des douze membres unanimes
de la Conférence des Evêques suisses".
Durant leur conférence de trois jours à Delémont, les évêques suisses
ont également abordé d’autres sujets importants, notamment le dernier Synode sur la mission des laïcs. Mgr Bullet a souligné à ce propos les résultats positifs obtenus, notamment la volonté de faire disparaître toute
discrimination entre hommes et femmes dans ce qui regarde la mission commune des laïcs dans l’Eglise et dans le monde, même s’il aurait souhaité personnellement que l’on soit plus explicite sur le sujet. Au Synode, a-t-il
souligné, "nous avons fait ensemble les pas que nous pouvions faire ensemble", avant de souligné que ceux qui avaient de fausses attentes amplifiées parfois par les médias - ont été déçus, car le Synode n’est pas
un Concile et qu’il ne fallait pas s’attendre à des choses extraordinaires.
Les deux membres suisses du Synode ont tout de même émis des critiques sur
le travail d’information durant la deuxième partie du Synode..
La Conférence des Evêques a également donné son accord de principe à une
collaboration oecuménique au plan suisse pour les manifestations prévues en
1989 à Bâle sur le thème "Justice, paix et sauvegarde de la création" et
organisées conjointement par le Conseil des Conférences épiscopales d’Europe (CCEE) et la Conférence des Eglises européennes (KEK). Mgr Mamie a
souligné qu’il faudrait donner tout son sens à l’expression "sauvegarde de
la création", qui n’est pas seulement le problème de l’écologie ("ferons
nous une assemblée pour soutenir les verts?", s’est-il demandé). Et de relever que les évêques se préoccupent encore plus de la "pollution spirituelle des intelligences, des coeurs et des âmes, particulièrement des jeunes et des enfants", notamment en ce qui concerne la protection de la vie
humaine et de la vie spirituelle. Mgr Gächter, évêque auxiliaire de Bâle, a
rappelé que l’Année Mariale dans notre pays se terminera de façon festive
par un grand pèlerinage de toute la Suisse à Einsiedeln le 14 août 1988.
(apic/be)