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    Les évêques suisses débattent de l’exclusion des femmes du sacerdoce

    Berne: Conférence de presse de la Conférence des évêques (060694)

    Berne, 6juin(APIC) Le non catégorique du pape Jean Paul II au sacerdoce

    féminin, contenu dans sa dernière lettre apostolique "sur l’ordination sacerdotale exclusivement réservée aux hommes", a fait l’objet de débats intenses lors de la dernière assemblée de la Conférence des évêques suisses

    (CES). Au cours d’une conférence de presse lundi à Berne, les évêques suisses ont appelé les fidèles à "respecter cette position définitive du pape".

    Cependant, ce n’est ni un dogme ni une déclaration du magistère ayant un

    caractère d’infaillibilité.

    La CES, qui a tenu sa 224e assemblée ordinaire du 30 mai au 1er mai à

    l’Abbaye d’Einsiedeln, a intensément débattu de la dernière lettre apostolique de Jean Paul II, qui devrait clôre le débat - théoriquement "définitivement" - au sein de l’épiscopat et du monde des théologiens catholiques.

    Le pape a en effet tranché: il ne s’agit pas d’une question de pure discipline ecclésiastique, que l’Eglise pourrait modifier, mais cela concerne

    "la constitution divine elle-même (et donc immuable) de l’Eglise".

    Pour Jean Paul II - qui fait sienne la déclaration "Inter Insigniores"

    publiée en 1976 par la Congrégation pour la doctrine de la foi, souhaitée

    et approuvée par son prédécesseur Paul VI, l’Eglise n’a en aucune manière

    le pouvoir de conférer l’ordination sacerdotale à des femmes". Mgr Peter

    Henrici, évêque auxiliaire de Coire, soulignant la nature du document (une

    lettre apostolique est classée dans l’ordre du Vatican après une encyclique), a relevé qu’il ne s’agissait pas d’un enseignement à caractère infaillible ou la publication d’un nouveau dogme, mais que le pape avait voulu donner un poids plus grand et "définitif" à l’enseignement de son prédécesseur. Cette lettre crée une situation nouvelle pour les évêques et les

    théologiens - les positions divergentes n’étant pas rares -, montrant que

    la discussion ne peut plus être poursuivie dans la direction du sacerdoce

    féminin.

    Clarification oecuménique

    Il faut comprendre cette prise de position comme un réponse aux courants

    favorables à l’ordination féminine qui se font de plus en plus entendre aux

    Etats-Unis en particulier, et aux ordinations de femmes dans l’Eglise anglicane. Du point de vue oecuménique, cela signifie que l’Eglise catholique

    romaine se situe ouvertement du côté de l’Eglise orthodoxe, tandis que la

    différence de compréhension du ministère devient clairement le vrai point

    de controverse avec les Eglises issues de la Réforme. Selon la conception

    catholique, le sacerdoce ministériel est un sacrement, et non simplement

    une forme particulière de l’organisation ecclésiale. Le fait que les femmes

    n’y ont pas accès ne devrait pas être considéré comme une "discrimination"

    ou une "dignité moindre".

    Pour le diaconat féminin

    Comme exégète, contrairement à Mgr Henrici (qui aurait été plutôt pour),

    Mgr Pierre Mamie n’est pas partisan de l’ordination sacerdotale des femmes:

    l’Eglise du temps des Apôtres n’a pas choisi cette possibilité, alors que

    de nouvelles communautés naissaient un peu partout et qu’il manquait de

    prêtres. Par contre, la tradition apostolique connaissant le diaconat féminin, et la lettre du pape ne bouchant pas cette voie, Mgr Mamie s’est déclaré favorable à remettre à l’ordre du jour cette question. La CES a déjà

    demandé il y a plus de dix ans la restauration du diaconat féminin. Comme

    l’a confirmé le cardinal Ratzinger, une commission planche sur le sujet. La

    CES pourrait interpeller Rome sur la poursuite des travaux en cours dans

    les différentes congrégations romaines au sujet du diaconat féminin. Mgr

    Mamie, s’il a l’aval du Bureau de la CES, est prêt à mettre cette question

    à l’ordre du jour de la prochaine assemblée.

    La Conférence du Caire sur la population et le développement

    Les documents préparatoires à la Conférence mondiale sur la population

    et le développement, qui se tiendra du 5 au 13 septembre prochain au Caire,

    ont suscité l’intervention massive du pape Jean Paul II, étant donné le caractère contraire à la dignité humaine des mesures proposées pour faire face aux problèmes démographiques (notamment l’avortement et la mise en cause

    de la conception traditionnelle de la famille). Le pape a personnellement

    écrit aux chefs d’Etat du monde entier et au secrétaire général des Nations-Unies pour mettre en garde contre des tendances menaçantes pour

    l’avenir de l’humanité.

    Pour comprendre les enjeux de la Conférence du Caire, la CES avait invité Jean-François Giovannini, vice-directeur de la Direction de la Coopération au développement et de l’aide humanitaire, chef de la délégation suisse à la Conférence préparatoire de New York en avril dernier. Les évêques

    suisses ont insisté pour que les questions inhérentes à la croissance démographique soient traitées en même temps que les questions de développement

    social, et que la liberté et la dignité de l’homme soient défendues à tout

    prix. Le Père Roland-B. Trauffer, secrétaire de la CES, a souligné que

    l’intervention du Saint-Siège lors des travaux préparatoires n’a pas été

    vaine. Ainsi, il n’y a pas eu de consensus à New York pour que l’avortement

    soit considéré de façon unanime comme partie intégrante de la politique démographique et encore moins comme faisant partie d’une programme d’aide au

    développement.

    Répondant aux interpellations des évêques africains lors du dernier Synode sur l’Afrique, Mgr Mamie a relevé que si la Suisse avait déjà beaucoup

    fait (remise d’une partie de la dette du tiers monde lors du 700e anniversaire de la Confédération), elle devait encore faire plus. Et d’interpeller

    gouvernants, industriels et banquiers pour mettre un terme au commerce des

    armes. Si le président de la CES dit un oui décidé aux "casques bleus"

    suisses, il demande immédiatement en contrepartie une révision de la loi

    sur le commerce des armes qui alimentent les guerres, notamment sur le continent africain. (apic/be)

    Encadré

    Le pape n’a pas demandé à Mgr Haas de démissionner

    Interrogés sur des rumeurs persistantes selon lesquelles Jean Paul II aurait demandé à Mgr Wolfgang Haas, évêque de Coire, de donner sa démission,

    Mgr Pierre Mamie et Mgr Peter Henrici ont tous deux été catégoriques: ils

    ne savent rien. Mgr Mamie, en tant que président de la Conférence des évêques, a déjà rencontré le pape à Rome à plusieurs reprises cette année et

    les seules informations dont il dispose sur ce sujet très précis viennent

    de la presse. Quant au Père Trauffer, il a relevé qu’il y a certes des voix

    à Rome qui souhaitent effectivement le départ de Mgr Haas. Cependant l’évêque de Coire a tenu à faire savoir au P. Trauffer que le pape ne lui a pas

    parlé d’une telle éventualité. Mgr Haas l’a encore confirmé il y a quelques

    jours. (apic/be)

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