Berne: Assemblée générale de la SKAF (120593)
Berne, 12mai(APIC) Malgré la récession économique, les étrangers sont de
plus en plus nombreux en Suisse, pour atteindre à la fin de l’année dernière 1’213’463 personnes, soit 17,6 % de la population établie. Malgré cette
réalité, les mesures d’économies dans les Eglises cantonales touchent en
premier lieu ceux qui ne disposent pas de "lobby" ou qui se trouvent déjà
en marge de l’Eglise, a déploré mercredi à Berne la Commission épiscopale
pour les étrangers et leurs problèmes, en évoquant les difficultés nouvelles imposés à la pastorale des migrants.
La Communauté catholique suisse de travail pour les étrangers, plus connue sous son sigle allemand de SKAF, a tenu mercredi son assemblée générale
sous la présidence de l’ancien conseiller d’Etat lucernois Walter Gut, qui
a été confirmé à la présidence pour une nouvelle période de deux ans. Apportant le salut des évêques suisses, le P. Roland-B. Trauffer, secrétaire
général de la Conférence des évêques - dont la SKAF est l’organe pour les
questions touchant les étrangers - a loué l’immense travail fourni par cette Commission. La SKAF s’occupe des problèmes pastoraux, juridiques et
sociaux des étrangers qui vivent en Suisse.
Urs Köppel, secrétaire général et directeur national de la SKAF, a souligné dans son rapport annuel 1992 que ces dernières années, la cohabitation entre Suisses et étrangers est devenue plus difficile, en mentionnant
les agressions racistes croissantes et les peurs de l’étranger en augmentation.
Le climat politique et social pour le travail avec les migrants est
ainsi devenu nettement plus dur. Quant au nombre de prêtres qui prennent en
charge les besoins pastoraux des immigrés catholiques, il a diminué l’an
dernier de cinq unités, passant de 199 à 194, aidés par 5 assistants pastoraux et diacres. La diminution des moyens financiers à disposition fait
problème en premier lieu pour le travail avec les nouvelles minorités de
migrants, empêchant ainsi de prendre les mesures d’intégration nécessaires,
a-t-il encore déploré.
Les implications éthiques de la migration
Abordant les "enjeux éthiques de l’irruption de l’étranger", Bernard Munono, collaborateur scientifique à l’Institut d’éthique sociale de l’Université de Fribourg, a souligné qu’en Afrique "l’étranger n’est pas seulement celui qui me vole mon monde, mais celui qui m’ouvre au monde en ouvrant mes horizons". "La présence de l’étranger m’arrache à mon isolement
et m’invite au dialogue", a-t-il encore affirmé. Et le moraliste africain,
qui s’est référé à des traditions africaines et bibliques qui souvent se
ressemblent, de conclure que seul un changement de perspective - rencontrer
autrement l’étranger - peut contribuer à l’avènement d’un monde plus humain
et plus fraternel.
L’abbé Gustave Truffer, ancien aumônier des Portugais en Suisse orientale, a soulevé dans son exposé les problèmes propres à la pastorale des fidèles de langue étrangère, un engagement lourd physiquement et psychiquement. En effet, le prêtre, dans la plupart des cas, est la personne de confiance à laquelle on s’adresse non seulement pour des questions religieuses, mais encore pour toutes sortes de problèmes sociaux.
L’Eglise n’a pas le droit de se taire par lâcheté
Le P. Truffer s’oppose à la tendance voulant réduire le nombre des aumôniers chargés des fidèles de langue étrangère et refuse l’idée d’une assimilation totale des étrangers. Il est important que l’on puisse vivre sa
foi dans un milieu qui respecte et soigne les traditions familières. C’est
ainsi que les migrants trouvent un milieu qui leur permette de s’intégrer
peu à peu à une nouvelle société et à une Eglise qui a se traditions propres.
L’ancien aumônier des Portugais doute que l’on puisse convaincre de
l’importance de la solidarité certains secteurs de l’industrie et du commerce qui profitent de la présence en Suisse de 150’000 travailleurs au
noir et critiquent sur des pages entières la présence de réfugiés économiques. Ni que l’on puisse convertir les adeptes des "partis contre la surpopulation étrangère". "Mais malgré cela, l’Eglise n’a pas le droit de se
taire par lâcheté ou par peur de perdre des contribuables importants".
(apic/be)