Berne : Assemblée extraordinaire des délégués (270289)
Les protestants suisses divisés sur les sanctions
Berne/Zurich, 27février(APIC) C’est le 6 mars à Berne que l’Assemblée extraordinaire des délégués de la FEPS, la Fédération des Eglises protestantes de la Suisse, se prononcera pour ou contre des sanctions économiques
contre l’Afrique du Sud. Face à de telles mesures, "dernier moyen pacifique
pour mettre fin au régime d’apartheid" de l’avis de nombreux responsables
religieux sud-africains noirs, les protestants suisses sont très divisés.
Ils le resteront sans doute, quelles que soient les résolutions adoptées
lundi prochain à Berne.
Ainsi, l’organisation "Christian Solidarity International" (CSI) à Zurich, opposée aux sanctions, a proposé lundi de procéder à des investissements sélectifs et ciblés pour renforcer le pouvoir économique des Noirs.
Selon CSI, un groupe croissant de Noirs et de gens de couleur voient leur
intégration à travers leur propre développement économique, qui les
conduira d’abord au pouvoir économique, puis au pouvoir politique. Les
sanctions empêcheraient cette intégration.
Des améliorations au pays de l’apartheid ?
Une délégation de CSI composée de pasteurs réformés et de journalistes
s’est rendue en Afrique du Sud en janvier et février. Elle tenait conférence de presse en vue de l’Assemblée des délégués de la FEPS. CSI estime que
malgré les graves injustices qui subsistent en Afrique du Sud, "des pas
décisifs ont été entrepris pour démanteler la législation de l’apartheid et
ses conséquences". Cette organisation, présidée par Hansjürg Stückelberger,
pasteur à Zurich-Balgrist, reproche au Conseil de la FEPS de n’entretenir
des relations qu’avec le SACC, le Conseil sud-africain des Eglises.
Divergences d’analyse
Helen Toepfer, responsable du secteur "Afrique du Sud" de CSI, estime
que le SACC "n’est pas représentatif de la totalité de la chrétienté sudafricaine" et ne doit pas être le seul partenaire de la FEPS. Elle devrait
également avoir des relations avec l’Alliance des Eglises d’Afrique du Sud
(CASA) - qui représenterait la majorité silencieuse - et avec l’Eglise de
Sion.
Selon le pasteur sud-africain d’origine suisse Jean-François Bill, qui a
passé 9 mois dans les geôles sud-africaines, le SACC regroupe les "grandes
Eglises historiques" - dont, avec le statut d’observateur, l’Eglise catholique romaine -, soit 15 à 16 millions de fidèles. Les Eglises indépendantes auraient 6 à 7 millions d’adhérents. Pour le pasteur Bill, le régime en
place cherche à discréditer le SACC en le faisant passer pour "le cheval de
Troie du communisme international" en Afrique du Sud, tandis que la CASA,
rassemblant les Eglises conservatrices, bénéficie du soutien du pouvoir.
Les autorités sud-africaines affirment que contrairement à la CASA, le SACC
ne rassemble qu’une "petite minorité radicale".
Cette assemblée extraordinaire des délégués de la FEPS, qui promet
d’être animée, est motivée par le fait que l’assemblée ordinaire de l’automne dernier n’avait pas permis aux délégués des Eglises protestantes suisses de s’unir sur la question des sanctions. Cette problématique avait été
renvoyée au Conseil de la FEPS avec le mandat de procéder à la rédaction de
nouvelles propositions. Ces directives seront adoptées ou refusées démocratiquement lundi prochain.
Les nouvelles propositions rappellent la conviction des chrétiens que
l’apartheid est incompatible avec l’Evangile de Jésus-Christ et qu’il viole
les droits de l’homme fondamentaux. Selon ces propositions, la solidarité
des Eglises membres de la FEPS doit aller en premier lieu à la majorité de
la population sud-africaine - les Noirs - et au SACC ainsi qu’aux Eglises
qui lui sont proches. Le Conseil de la FEPS soutient les organisations syndicales et politiques des Noirs et des gens de couleur, et désire étudier
les moyens d’apporter davantage d’aide juridique aux prisonniers politiques
en Afrique du Sud. Le Conseil désire également faire apparaître "le soutien
direct et indirect du régime actuel de l’apartheid" apporté par l’économie
et les banques suisses. Helen Toepfer de CSI n’exclut pas que cette "bataille" pour ou contre les sanctions va une nouvelle fois diviser le protestantisme suisse : "C’est une question qui divise un peu l’humanité entière, et les Africains du Sud eux-mêmes". (apic/be)