Berne : Appel du Patriarche latin de Jérusalem (300189)
Berne, 30janvier(APIC) "Jusqu’à maintenant, les chrétiens en Occident ont
manqué de réalisme et d’information sur la situation en Terre Sainte; ils
n’ont vu qu’une partie au conflit, qu’un peuple, le peuple juif, et ont oublié le peuple palestinien", a déclaré lundi à Berne Mgr Michel Sabbah, patriarche latin de Jérusalem, qui fait campagne pour la réouverture des
écoles dans les Territoires occupés par Israël.
Le patriarche d’origine palestinienne, invité par l’ABU, l’Association
en faveur de l’Université de Bethléem, a lancé un appel en faveur du droit
à l’existence des deux peuples. Il a également demandé la réouverture de
toutes les écoles palestiniennes fermées sur ordre de l’administration militaire israélienne. Quelque 300’000 écoliers et 20’000 étudiants sont en
effet privés de cours depuis des mois. Le 21 janvier dernier, les autorités
militaires israéliennes ont à nouveau fermé toutes les écoles de Cisjordanie, malgré leurs promesses précédentes de ne fermer que celles ou il y aurait des troubles, a relevé Soeur Elisabeth Weidinger, responsable du
Secrétariat des écoles catholiques de Terre Sainte.
L’année scolaire compromise
Si grâce à des prolongations durant l’été et des heures supplémentaires,
l’année scolaire 87/88 a pu finalement être sauvée et les examens tenus
malgré plusieurs mois de fermeture, l’année scolaire 88/89 est bien compromise. Commençant l’école avec trois mois de retard le 1er décembre, les
élèves Palestiniens des Territoires occupés n’ont eu que 4 semaines de
cours au maximum alors que le deuxième semestre aurait déjà dû commencer.
Cela ne concerne pas que les 12’000 enfants des écoles catholiques privées, mais l’ensemble des 300’000 élèves des 2’000 écoles de Cisjordanie,
depuis les jardins d’enfants, les écoles maternelles, jusqu’aux écoles secondaires. Ainsi, relève la religieuse d’origine autrichienne, près de
30’000 enfants de 6 ans ne peuvent commencer leur école primaire, et c’est
pour eux que c’est le plus difficile. Ils ne peuvent en effet pas étudier
seuls et les autorités d’occupation ont formellement interdit les cours
privés.
L’Université catholique de Bethléem fermée depuis octobre 1987
Recteur de l’Université catholique de Bethléem, une institution fondée
avec l’appui du Vatican, le P. Anton de Roeper rappelle que des professeurs
de l’Université An Najjah de Naplouse ont été arrêtés et placés en détention administrative pour six mois dans le désert du Néguev pour avoir enfreint l’interdiction de donner des cours privés. L’Université catholique
de Bethléem est fermée depuis le 29 octobre 1987, interdiction qui a frappé
les semaines suivantes les cinq autres Universités et les sept Hautes Ecoles palestiniennes de Cisjordanie. Une partie des 1500 étudiants et étudiantes de Bethléem ont pu poursuivre des cours à l’extérieur du campus et
des stages pratiques, par exemple dans les hôpitaux, comme l’Hôpital Caritas des Enfants de Bethléem. Mais sur ordre militaire du 5 octobre dernier,
ces activités sont remises en question.
Pour Mgr Sabbah, la première conséquence de cette interdiction d’étudier, c’est l’igorance, mais également la frustration et le désoeuvrement
de toute une jeunesse qui se radicalise. Et pour ceux de moins en moins
nombreux qui ont encore des ressources financières, c’est le départ à
l’étranger : "c’est une saignée, ceux qui partent sont les forces vives;
tout le monde est touché, mais pour les chrétiens, étant donné leur petit
nombre, c’est très grave; toute émigration est une menace mortelle pour la
présence chrétienne en Terre Sainte". (apic/be)