"Eglises-Entreprises" approuve le
projet de "désendettement créatif"
Berne, 31janvier(APIC) Le "désendettement créatif" du tiers-monde proposé
par les oeuvres d’entraide dans leur pétition aux autorités fédérales à l’occasion du 700e anniversaire de la Confédération a trouvé des supporters
également parmi les responsables de l’économie suisse. "Cette idée est valable, bien que nous ayons quelques réserves", a déclaré jeudi à Berne le
banquier fribourgeois Philippe de Weck, au nom du Groupe de dialogue "Eglises-Entreprises".
Le Groupe de dialogue rassemble depuis une quinzaine d’années de façon
paritaire, mais "à titre de personnes privées", des représentants de différentes Eglises et des responsables ou anciens dirigeants de grandes entreprises suisses du secteur bancaire et industriel. Il a fait connaître son
soutien assorti de réserves à la pétition des oeuvres d’entraide intitulée
"Le désendettement : une question de survie", déposée en juin dernier munie
de 245’000 signatures. "Eglises-Entreprises" trouve judicieux que la pétition se concentre sur les pays surendettés les plus pauvres - notamment en
Afrique subsaharienne - et n’ait pas "l’ambition de résoudre tous les problèmes de la dette".
Le Groupe de dialogue approuve les mesures proposées visant à convertir
la remise de la dette en financement, en monnaie locale, de projets de développement visant les besoins essentiels des plus pauvres. Il préconise la
création d’un Fonds de développement qui endossera les créances détenues
par la Confédération, les banques et les entreprises d’exportation suisses.
Les dettes rachetées seront certes remises, mais les pays débiteurs devront
affecter une partie de l’argent économisé pour des projets de développement
gérés par des organisations non gouvernementales locales. (ONG)
Des réserves
Ancien président de l’UBS, Philippe de Weck a déclaré au cours d’une
conférence de presse qu’il était exclu, impraticable et "irréaliste" que le
fonds de désendettement de 700 millions de francs provienne, comme le demandait la pétition "en premier lieu de l’impôt anticipé sur les dépôts bancaires originaires du tiers-monde". Il préfère que le Fonds soit financé
par les ressources générales de la Confédération. Quant à la gestion du
fonds par des ONG, il n’est pas sûr que les gouvernements locaux acceptent
cette atteinte à leur souveraineté. Le Groupe de dialogue craint également
les effets inflationnistes créés par la mobilisation de fonds locaux, "surtout en cas de recours à la planche à billets". Il prévoit cependant une
stratégie de mise en oeuvre de ce Fonds dans un plan en sept phases.
Alois Bischofberger, membre de la direction du Crédit suisse, a relevé
que le désendettement constitue une condition nécessaire, mais non suffisante pour le développement d’un pays en proie au surendettement structurel
et qu’il serait "unilatéral et dangereux" de considérer la dette comme le
seul obstacle au développement. Et de mentionner les groupes sociaux au
pouvoir, plus intéressés à défendre leurs privilèges et leurs dépenses
militaires et de prestige que de répondre aux besoins de leurs populations.
Et la responsabilité des pays riches ?
Si les responsabilités de certains gouvernements du tiers-monde - qualifiés de corrompus ou de dictatoriaux - a été relevée, les représentants de
l’économie n’ont pas tellement insisté sur le fait que ces pouvoirs se
maintiennent souvent grâce au soutien économique ou aux livraisons d’armes
en provenance des pays riches. Si A. Bischofberger a reconnu cette réalité,
il a tenu a souligner que ni les banques ni les entreprises d’exportation
suisses "ne pouvaient faire de la politique, car ce serait considéré par
ces Etats comme une atteinte à leur souveraineté et très mal reçu". Philippe de Weck a souligné que le "désendettement créatif" permettra tout de même de forcer les gouvernements à utiliser les fonds alloués au bénéfice des
populations pauvres.
Concernant la livraison d’armes et de technologie militaire à Saddam
Hussein, il a relevé la difficulté du gouvernement de définir ce qui, dans
les exportations, relève du domaine militaire ou non : "On découvre toujours davantage que presque chaque chose que l’on exporte peut finalement
servir à l’armement, ainsi la livraison des produits chimiques à l’Irak en
1981/82". Il s’est cependant refusé à critiquer les autorités fédérales
pour n’avoir pas vu à l’époque à quoi pouvaient servir ces produits chimiques.
Du côté des Eglises, Hans-Balz Peter, directeur de l’Institut d’éthique
sociale de la Fédération des Eglises protestantes, a rappelé les réalités
humaines que cachent les statistiques et les bilans économiques : l’endettement du tiers-monde signifie souvent l’augmentation de la mortalité infantile, la diminution de l’espérance de vie, la misère, etc. L’économie
n’étant pas autonome, il est nécessaire aux yeux des Eglises, de tenir également compte de critères qualitatifs et éthiques. Pius Hafner, de "Justice
et Paix", s’il a salué le message du Conseil fédéral de mercredi relatif
aux 700 millions de francs pour le tiers-monde, a regretté que ce créditcadre ne soit pas entièrement consacré au désendettement. Le crédit de 300
millions en faveur de l’environnement proposé par le Conseil fédéral
devrait être assuré en dehors de ces 700 millions de francs. (apic/be)
Encadré
Le groupe de dialogue "Eglises-Entreprises"
Le Groupe de dialogue, présidé par le banquier fribourgeois Philippe de
Weck, ancien président de l’UBS, regroupe des personnes de différentes confessions, occupant de hautes responsabilités dans les Eglises ou de grandes
entreprises multinationales. Il a été fondé en 1975 dans le but de mener
une réflexion éthique dans le domaine économique et d’instaurer le dialogue
après certaines "incompréhensions" entre milieux d’Eglise et monde des affaires et de l’industrie, notamment suite aux critiques concernant les
agissements d’entreprises suisses dans le tiers-monde, spécialement en
Afrique du Sud.
En font partie actuellement le pasteur Heinrich Rusterholz, président de
la Fédération des Eglises protestantes de la Suisse (FEPS), Mgr Hans Gerny,
évêque catholique chrétien, Mgr Amédée Grab, évêque auxiliaire de Lausanne,
Genève et Fribourg, ainsi que des responsables d’entreprises comme Rainer
E. Gut (Crédit Suisse), Alex Krauer, président du Conseil d’administration
de Ciba-Geigy; Arthur Fürer, ancien président de Nestlé, Helmut Maucher,
administrateur délégué de Nestlé. Le groupe, qui siège en rénion plénière
deux fois par an, bénéficie de l’appui de conseillers et fait appel, selon
les thèmes traités, à des experts de divers horizons. (apic/be)