Plaidant pour une «paix désarmée et désarmante», le pape Léon XIV qualifie de «formes de blasphème» le fait «de bénir le nationalisme et de justifier religieusement la violence et la lutte armée». Il s’exprime ainsi dans son premier message pour la Journée mondiale de la paix, publié le 18 décembre 2025.
Chaque 1er janvier, l’Église catholique organise la Journée mondiale de la paix, une célébration instituée en 1967 par Paul VI et célébrée pour la première fois le 1er janvier 1968. Pour cette 59e édition, Léon XIV a publié un long message dans lequel il invite tous les hommes, chrétiens ou non, à résister «à la contagion des ténèbres, comme des sentinelles dans la nuit». S’adressant notamment au monde politique, Léon XIV critique une «logique antagoniste» qui, «bien au-delà du principe de la légitime défense» ou de tout «réalisme», considère «comme une faute le fait de ne pas se préparer suffisamment à la guerre». Cette conception est «la donnée la plus actuelle dans une déstabilisation planétaire qui devient chaque jour plus dramatique et imprévisible», dénonce-t-il. Le pape, qui a fréquemment lancé des appels pour la fin des guerres en Ukraine, à Gaza, en Afrique au cours de l’année 2025, ne cite aucun conflit en particulier dans le document.
L’immoralité des armes nucléaires
«La force dissuasive de la puissance, et en particulier celle de la dissuasion nucléaire, traduisent l’irrationalité d’un rapport entre les peuples, fondé non pas sur le droit, sur la justice ou sur la confiance, mais sur la peur et la domination de la force», répète le pontife. En opposition à cette logique, il cite l’encyclique Pacem in terris (1963) de Jean XXIII pour promouvoir «la perspective d’un désarmement intégral». Durant son pontificat, François avait durci la position du Saint-Siège sur l’armement nucléaire, déclarant «immorale» sa simple détention.
«Il est de plus en plus courant dans le panorama contemporain de faire entrer des mots de la foi dans le combat politique, de bénir le nationalisme et de justifier religieusement la violence et la lutte armée», s’alarme le pontife. Il appelle les croyants à «réfuter activement, avant tout par leur vie, ces formes de blasphème qui obscurcissent le Saint Nom de Dieu», et à ne pas promouvoir les «fraternités qui reconnaissent seulement ceux qui leur ressemblent et qui rejettent ceux qui leur sont différents».
Armement et intelligence artificielle
Dans son message, le pape cible «les appels répétés à l’augmentation des dépenses militaires», notant qu’elles ont augmenté de 9,4% en 2024 par rapport à l’année précédente, «confirmant la tendance ininterrompue depuis dix ans». Il regrette que cette dynamique soit encouragée dans le domaine éducatif, «diffusant la perception de menaces et transmettant une conception purement armée de défense et de sécurité». Cela plutôt que de promouvoir «une culture de la mémoire ancrée dans le souvenir des grands drames du XXe siècle». Léon XIV met en garde contre «la spirale destructrice de l’application de l’intelligence artificielle à la guerre». Il critique «la croissante 'délégation’ aux machines des décisions concernant la vie et la mort des personnes humaines». Il dénonce «les énormes concentrations d’intérêts économiques et financiers privés qui poussent les États dans cette direction». Face à ces défis, le pape promeut la «voie désarmante de la diplomatie, de la médiation, du droit international» et dénonce les violations d’accords internationaux de «plus en plus fréquentes». Il appelle à un renforcement des institutions supranationales et critique leur «délégitimation». «Louer la paix, c’est chose plus difficile que de la posséder»
Léon XIV appelle aussi les hommes à «nouer une amitié indissoluble avec la paix» et à «la faire rayonner dans leur vie». «La bonté est désarmante», insiste-t-il, les exhortant à ne pas s’appesantir dans le registre des reproches, mais à préférer la voie de l’écoute. «Avant d’être un objectif, la paix est une présence et un cheminement», souligne-t-il. «La paix existe, elle veut habiter en nous, elle a le doux pouvoir d’éclairer et de dilater l’intelligence, elle résiste à la violence et la surmonte», déclare le pape. Il affirme qu’elle tire sa force de la résurrection de Jésus et qu’elle «opère un changement définitif en celui qui l’accueille et, ainsi, dans toute la réalité».
Les chrétiens, en particulier, «doivent ensemble témoigner prophétiquement"
Le pape insiste sur le fait que la paix ne doit pas être perçue comme une réalité «lointaine et impossible» ou comme une utopie. «Même là où il ne reste que des ruines et où le désespoir semble inévitable, nous trouvons encore aujourd’hui des personnes qui n’ont pas oublié la paix», souligne-t-il. Les chrétiens, en particulier, «doivent ensemble témoigner prophétiquement en se souvenant des tragédies dont ils se sont trop souvent rendus complices», rappelle-t-il. Il reconnaît que «la voie de Jésus continue à être source de trouble et de crainte». Il admet qu’il est possible d’éprouver «un grand sentiment d’impuissance» face «au cours des événements de plus en plus incertain». Pour conclure, il cite saint Augustin: «Louer la paix, c’est chose plus difficile que de la posséder». (cath.ch/imedia/cd/rz)