Cotonou, 17février(APIC/Michel Bavarel) Cotonou, capitale du Bénin, Maison du Peuple, une vaste salle basse de plafond. Les hélices des ventilateurs sont immobiles - on économise l’électricité - et l’on est plongé dans
une chaleur moite. "Nous sommes en ce moment 380", indique un responsable
du comité élu par les réfugiés togolais qui ont trouvé refuge ici. "Nous
venons pour la plupart des quartiers populaires de Lomé", ajoute-t-il.
Les actes de violence des militaires du général Eyadéma, au pouvoir au
Togo depuis 26 ans, ont fait fuir à la fin du mois dernier les habitants de
la capitale togolaise. Par dizaines de milliers, ils ont gagné leur village
d’origine puis ont franchi les frontières du Ghana et du Bénin. A mifévrier, on avait compté dans ce pays 134’000 entrées aux postes de douane,
et l’on ne sait combien de réfugiés sont passés par la brousse.
A la Maison du Peuple, ils reçoivent de la nourriture - ce midi une assiette de riz et du poisson - et dorment sur des nattes. Deux infirmiers
donnent des soins aux malades. Mais ce n’est qu’une infime minorité qui bénéficie de ce secours accordé par les autorités béninoises. Les plus fortunés se trouvent dans les hôtels ou ont loué un logement, mais la plus grande partie des réfugiés togolais ont été accueillis par des parents ou des
amis béninois. Les paroisses proches de la frontière ont également ouvert
leurs portes.
C’est ainsi que l’afflux, en quelques semaines, de trois ou quatre fois
plus de demandeurs d’asile que la Suisse en a reçus pendant ces dernières
années, ne provoque pas de troubles ni de rejets. Il est vrai que les Togolais sont souvent cousins des Béninois et que l’hospitalité béninoise n’est
pas un vain mot. On s’entasse à dix par pièce, on partage la pâte (de maïs,
de manioc ou d’igname) et la "sauce" (aux arachides, au poisson ou à la viande).
Bien sûr, un accueil de ce type ne saurait durer indéfiniment, d’autant
que les ressources des Béninois sont maigres en cette période d’ajustement
structurel. C’est pourquoi le gouvernement de Cotonou a lancé un appel à
l’aide internationale. Mardi les autorités concernées et des représentants
des organisations internationales et non gouvernementales se sont concertées pour organiser la prise en charge.
Il s’agit aussi de scolariser les enfants togolais, dit le ministre des
affaires sociales, Véronique Ahoyo - alors qu’une proportion importante des
petits Béninois n’ont pas accès à l’école. Pour leur part, les réfugiés que
nous avons rencontrés à la Maison du Peuple souhaitent travailler, mettre
sur pied de petits ateliers. L’ennui c’est que le Bénin en est déjà saturé
et que les emplois font cruellement défaut. Malgré toutes ces difficultés,
nous n’avons pas entendu dire que "la barque était pleine". (apic/mbv/mp)
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