Bruxelles, 12novembre(APIC/CIP) Mgr Maxime Hermaniuk, archevêque de Winnipeg des Ukrainiens, âgé de 76 ans, et l’un des rares évêques à avoir participé à tous les Synodes de l’Eglise universelle depuis le Concile Vatican
II, était présent au récent Synode sur les laïcs en tant qu’archevêque de
Winnipeg, siège métropolite des Ukrainiens du Canada. Avant de regagner le
Canada, il a quitté Rome pour Bruxelles afin de célébrer avec les Ukrainiens de Belgique le millénaire du baptême de leur Eglise. A cette occasion
il a partagé son expérience d’évêque.
Avant de vivre au Canada Mgr Hermaniuk a séjourné plusieurs années en
Belgique. Ordonné prêtre à Lvov, en Ukraine, en 1938, ce religieux rédemptoriste a été l’un des co-fondateurs du Comité de Secours pour les réfugiés
ukrainiens et dont la Belgique a été la plaque tournante à partir de 1945.
Mais il a également poursuivi un doctorat et une maîtrise en théologie à
l’Université de Louvain : sa thèse de maîtrise, parue en 1948, portait sur
"la parabole évangélique".
Le 18 octobre 1948 le Père Hermaniuk quitte la Belgique pour le Canada,
ou sa Congrégation religieuse venait de la nommer supérieur pour la viceprovince ukrainienne du Canada et des Etats-Unis. Il est professeur au scolasticat des Rédemptoristes. Trois ans plus tard, il est nommé évêque auxiliaire de Mgr Ladyka à Winnipeg des Ukrainiens. A la mort de cet évêque il
lui succède en 1956 comme archevêque métropolitain à la tête d’une province
ecclésiastique qui comprend quatre diocèses ukrainiens.
Le Canada : une terre de liberté
A la question de savoir pourquoi tant d’Ukrainiens ont trouvé refuge au
Canada, Mgr Hermaniuk a répondu : "Parce que c’est une terre de liberté.
Non seulement les catholiques ukrainiens peuvent y pratiquer librement leur
religion, mais au Canada, on ne nous regarde pas comme des étrangers, comme
on le fait encore aux Etats-Unis. D’ailleurs le gouvernement canadien aide
nos communautés ukrainiennes dans leurs réalisations, comme il le fait pour
d’autres communautés culturelles : ainsi le veut la Constitution du Canada,
un Etat qui, en plus du bilinguisme officiel, se proclame "multiculturel".
parlant de la promotion culturelle des Ukrainiens, le prélat affirme
qul’elle est "capitale, car l’Evangile ne peut s’incarner que dans une culture. Je dis souvent, en tant qu’évêque : il n’y a pas d’Eglise ukrainienne
sans culture ukrainienne, et pas de culture ukrainienne sans langue ukrainienne. Or, c’est précisément un de nos problèmes majeurs : à la troisième
ou à la quatrième génération, les jeunes connaissent moins notre langue et
nos traditions ukrainiennes que leurs parents. C’est surtout le cas dans
les régions ou les Ukrainiens sont très dispersés. Lorsque la population
est dense et bien organisée, on dispose en général d’écoles ukrainiennes.
Encore faut-il que les habitudes familiales se perpétuent, ce que compromettent souvent les mariages mixtes, c’est-à-dire entre Ukrainiens et partenaires aux racines culturelles différentes".
Le rôle des laïcs est primordial
Mgr Hermaniuk est convaincu depuis longtemps des responsabilités irremplaçables des laïcs dans l’Eglise et dans le monde, surtout que, depuis
une quarantaine d’années, l’Eglise ukrainienne souffre d’un grave manque de
prêtres : rien que pour Winnipeg, l’archevêque ukrainien dispose de quatre
séminaristes en 1987, "alors qu’il en faudrait une quinzaine", dit-il.
Mais la responsabilité des laïcs ne va pas de soi dans un contexte de
grande liberté. "Au Canada, confie Mgr Hermaniuk, nous n’avons jamais eu
autant d’intellectuels, puisque la plupart des jeunes ont la possibilité
d’aller à l’Université. mais s’ils ne se soucient ensuite que de leurs
intérêts propres, d’avoir deux ou trois voitures, deux ou trois chiens,
peut-être un enfant, les forces vont s’user très vite à ce jeu égoïste".
De son expérience pastorale comme de ce qu’il a entendu au cours du
récent Synode des évêques, le prélat tire la conclusion qu’il importe, pour
l’avenir, d’accorder une priorité à la formation des jeunes chrétiens. "Les
jeunes couples, insistent-il, méritent toute notre attention : car la famille est la première école comme elle est la première Eglise".
Désir d’un Synode permanent
Quant à l’institution synodale elle-même, Mgr Hermaniuk désirerait
qu’elle devienne un organe permanent et collégial de gouvernement autour du
pape. "Le Synode que nous venons de vivre n’est pas encore un "vrai" Synode
au sens ou je l’entends : il ressemble davantage à des journées d’études
internationales pour les évêques catholiques. Or, déjà en 1985, j’avais
proposé la formation d’un Synode permanent, qui soit non plus un organe
consultatif mais législatif, avec le pape et sous son autorité. Je conçois
qu’une telle proposition puisse étonner certains évêques de tradition latine, mais elle n’a rien de bizarre : il y a longtemps que les Synodes patriarcaux des Eglises d’Orient fonctionnent dans cet esprit".
Un millier d’ukrainiens en fête
Un millier de catholiques ukrainiens, venus pour la plupart de diverses
régions de Belgique, mais aussi des délégations ukrainiennes d’autres pays
d’Europe et d’Amérique du nord, se sont rassemblés, dimanche 8 novembre,
dans la basilique de Koekelberg, près de Bruxelles, pour célébrer le millénaire du baptême de saint Vladimir. Plusieurs évêques ont concélébré la liturgie en rite ukrainien : Mgr Michel Hrynchyshyn, évêque responsable des
communautés ukrainiennes du Bénélux, de France et de Suisse, Mgr Hermaniuk,
archevêque à Winnipeg et métropolite des Ukrainiens du Canada, le cardinal
Godfried Danneels, archevêque de Malines-Bruxelles, des représentants du
cardinal Myroslav Lubachivsky, archevêque majeur de Lvov des Ukrainiens, et
Mgr Angelo Pedroni, nonce apostolique à Bruxelles.
Dans son homélie, le cardinal Danneels a évoqué les grands saints ukrainiens et souligné combien l’histoire ukrainienne avait été marquée par des
événements importants et souvent dramatiques. Il a affirmé sa solidarité
avec "les frères et soeurs qui ne jouissent pas de la liberté religieuse
dans leur patrie et qui souffrent de cette atteinte à un droit humain inaliénable". Mgr Danneels a enfin cité les nouveaux efforts oecuméniques auxquels les Ukrainiens se sont associés. (apic/cip/cor)