Belgique: une réflexion théologique (131191)
Bruxelles, 13novembre(APIC) Les membres belges francophones de l’Association européenne de théologie catholique (AETC) ont publié une note de réflexion théologique sur les difficultés survenues après la nomination de
Mgr Mutien-Marie Léonard au diocèse de Namur. "Sans vouloir entrer dans la
polémique concernant telle ou telle décision de Mgr Léonard, nombre de
théologiens perçoivent un indéniable malaise", explique le document en affirmant que ces événements "touchent la vie de l’ensemble de l’Eglise belge
francophone et la réalité même de l’Eglise catholique dans sa dimension
proprement théologique". Le propos de la réflexion est "simplement de voir
clair" dans la situation ecclésiale actuelle.
Le document a été soumis aux 78 membres de la section belge francophone
de l’AETC, tous docteurs ou licenciés en théologie, 59 l’ont contresigné, 7
ont décidé de ne pas le signer et 12 n’ont pas répondu.
Les questions que soulèvent aux yeux des théologiens la situation du
diocèse de Namur ne les empêchent pas de constater en premier lieu: "Il est
heureux que l’Eglise de Belgique, dans son ensemble et par les orientations
mises en oeuvre par ses évêques, reste fidèle à l’esprit de Vatican II: elle défend le patrimoine traditionnel tout en se voulant ouverte aux valeurs
positives du monde moderne et elle fait confiance aux nombreux mouvements
animés par des laïcs chrétiens qui visent à faire pénétrer ’tout l’Evangile
dans leur vie’".
"Une vision moins pyramidale et centralisée de l’Eglise"
Le document propose quatre points de réflexion. Le premier concerne la
procédure de nomination des évêques. Celle-ci prévoit la consultation de
personnes représentatives du diocèse concerné, la proposition de noms par
la Conférence épiscopale, enfin la prise de décision par le pape, conseillé
par le nonce et par certains organismes de la Curie romaine. Il s’agit là,
reconnaissent les théologiens, d’une procédure "équilibrée entre trois pôles également nécessaires". Dans la pratique cependant, il leur semble que
le pôle romain prend "une place de plus en plus prépondérante, voire écrasante". "Ne serait-il pas nécessaire, proposent-ils, de revoir les procédures de nomination, dans la perspective d’une vision moins pyramidale et
centralisée de l’Eglise?"
Une deuxième réflexion concerne l’épiscopat comme "ministère d’autorité"
et "ministère d’unité". Pour les théologiens signataires de la note, l’autorité de l’évêque ne repose pas sur une "quelconque légitimité démocratique", elle vient du Christ lui même. "Mais aujourd’hui, ajoutent-ils, si
elle n’est pas une démocratie, l’Eglise n’est pas d’avantage une monarchie:
sacrement du royaume de Dieu, elle est d’abord fraternité réunie autour de
Jésus Christ, par son Esprit".
Selon les théologiens belges, l’Eglise s’inscrit dans une société et une
culture données. Pour eux, ce qui a un sens et une valeur pour la culture
comporte le même sens et la même valeur pour l’Eglise. "Parmi ces valeurs,
l’esprit et les procédures démocratiques sont devenus fondamentals dans
notre société, même si on ne peut les réduire dans l’Eglise au modèle politique de la démocratie élective et parlementaire. C’est pourquoi si la
source dernière de l’autorité épiscopale n’est pas démocratique, les procédures de désignation et l’exercice de cette autorité doivent aujourd’hui,
pour être recevables, intégrer le plus possible les règles démocratiques
communément admises".
Les théologiens soulignent que l’unité que l’évêque a mission de promouvoir dans l’Eglise, "sera d’autant plus riche qu’elle saura faire place à
la diversité des dons, des tempéraments et des tendances théologiques". Ceci suppose, précisent-ils non seulement un solide enracinement commun dans
la foi reçue des apôtres, mais aussi la prise au sérieux du principe de coresponsabilité à tous les niveaux, la reconnaissance du principe de subsidiarité (responsabilité des instances locales), la clarté dans les procédures, le respect des personnes et le sens de l’écoute.
Peut-il y avoir démission d’un évêque?
Le troisième point de la réflexion se situe au niveau de "la réception
d’un nouvel évêque". Celui-ci a la triple charge d’enseignement, de sanctification et de gouvernement. Mais, explique le document, "il ne peut exercer ce ministère à sens unique". Et les théologiens belges affirment à la
suite du décret de Vatican II, "Christus Dominus": "C’est au premier chef
la tâche des évêques d’aller aux hommes et de demander et promouvoir le
dialogue avec eux".
Le texte de l’AETC pose la question suivante: "L’évêque peut-il gouverner son diocèse sans avoir, d’une manière suffisante, la confiance de ses
diocésains, à commencer par les prêtres, appelés à être ses collaborateurs
les plus proches?". Et, laissent entendre les signataires, au cas où cette
confiance ferait défaut, n’y aurait-il pas une raison "grave" qui justifierait même une démission de l’évêque, comme le prévoit le Concile (Can
1741)?
Enfin, les théologiens s’interrogent sur les possibilités de gérer les
conflits de l’Eglise, conflits pouvant être très douloureux pour les
personnes impliquées. Ils observent à ce sujet: "La situation actuelle dans
le diocèse de Namur met en évidence l’absence regrettable de toute instance
d’arbitrage ou d’appel lorsque les droits des personnes risquent d’être lésés". Ne faudrait-il pas envisager, suggèrent les théologiens, de mettre
sur pied une instance de médiation, comme le prévoit le Code de Droit canonique (Can.1733). (apic/cip/ap)