Belgique : une réflexion pastorale autour du sida (210388)
Bruxelles, 21mars(APIC) En quelques années, le sida est "devenu la
première des maladies transmissibles. C’est elle qui tue le plus d’hommes
de 20 à 40 ans dans les grandes villes du Nouveau Monde et qui met en péril
l’humanité tout entière, sans se soucier d’aucune frontière", relève le
Père Edouard Boné, jésuite, professeur émérite à la Faculté de Théologie de
Louvain-la-Neuve, en Belgique.
Dans un long article de "Réflexion pastorale autour du sida", publié
dans la dernière livraison de la Revue Théologique de Louvain, le P. Boné
estime que l’usage du préservatif pourrait être acceptable en cas de "vagabondage sexuel" dans le but de préserver les personnes et la société.
Pas de lien systématique entre sida et péché
Après avoir donné quelques caractéristiques techniques, le Père Boné
combat l’idée d’un lien systématique que certains établissent entre sida et
péché. Le sida, insiste-t-il, est une maladie, non un châtiment divin. Dans
une notable proportion, la diffusion de la maladie est indépendante de comportements coupables (injections intraveineuses pour vaccins ou pour transfusion sanguine, contamination de nouveaux-nés par la mère, etc.).
Face à la diffusion de cette terrible maladie, les Eglises sont placées,
aux yeux de l’auteur, devant une triple responsabilité. "Communauté de guérison", l’Eglise se doit de manifester la tendresse de Dieu. Il importe
aussi qu’elle participe, par ses réseaux locaux, nationaux et internationaux, aux programmes sérieux d’information et de prévention. Enfin, elle a
une responsabilité particulière dans une éducation aux valeurs qui soit
fondée, non sur la peur, mais sur la tendresse.
Le P. Boné ne cache pas le caractère délicat soulevé par les campagnes
d’information sur le sida. Dans plusieurs pays, des heurts sérieux ont été
observés entre pouvoirs publics et autorités religieuses, les uns les
autres s’accusant mutuellement. D’un côté, on a mis en cause la pudibonderie, la méconnaissance de la réalité, voire le pharisaïsme. De l’autre, on
a craint la banalisation de l’adultère et dénoncé l’amoralisme. Cependant,
souligne-t-il, la responsabilité première des pouvoirs publics n’est pas la
responsabilité première des Eglises. Il serait donc souhaitable, estime le
P. Boné, "que ces responsabilités respectives ne soient jamais absolutisées".
L’Eglise ne peut se désolidariser de la campagne de prévention du sida
L’auteur s’arrête au cas particulier des adolescents et des jeunes adultes. Par insouciance ou par inconscience, cette catégorie de population
représente un vecteur très important de diffusion du virus. C’est pourquoi
l’Eglise "ne peut pas se désolidariser de la campagne nationale de prévention anti-sida : elle peut et doit s’y engager avec les autres, sans renier
ou altérer pour autant sa doctrine morale."
L’auteur cite le cardinal Bernardin, archevêque de Chicago : "L’Evangile
révèle que Jésus,tout en n’hésitant pas à proclamer une éthique radicale de
vie fondée sur la promesse du Royaume, n’a jamais cessé de tendre la main
vers les plus petits et les exclus de l’époque, même s’ils ne vivaient pas
pleinement en accord avec les exigences de son enseignement". (apic/cip/be)