Belgique: pour qui, la fête de la communauté française ? (270990)
Bruxelles, 27septembre(APIC) "’La vie associative est en danger’. Elle a
l’impression d’avoir été lâchée et elle cherche, en vain, un partenaire solide, décidé, cohérent, conséquent"... Ainsi débute une lettre ouverte,
adressée sous forme de S.O.S. par deux responsables d’institutions d’inspiration chrétienne "à tous les partis francophones de Belgique". Pour qui
est donc la fête de la Communauté française? C’est la question que posent
Georges Rémion et Stéphan Grawez, les deux signataires de la lettre ouverte.
Le premier est secrétaire général de la Confédération chrétienne des
institutions sociales et de santé (CCI): environ 500 institutions de Caritas qui emploient 40’000 travailleurs, au service de la petite enfance, des
jeunes en difficulté, des personnes âgés et du secteur de la santé. Le second signataire est secrétaire général du Conseil de la Jeunesse catholique
(CJC), qui regroupe 25 mouvements de jeunesse catholiques, soit près de
250’000 jeunes.
Les auteurs de la lettre font d’abord état d’une accumulation de difficultés, mettant en péril l’ensemble de la vie associative. Du côté des responsables politiques de la communauté française, comme des Régions wallonne
et bruxelloise, les dirigeants d’associations diverses ne trouvent pas le
partenaire ayant "la largeur de vues et le souci du bien commun qu’ils seraient en droit d’attendre. Mais ils se heurtent à un corps rongé par la
politique politicienne, par la politisation à outrance, par l’irrationnel
et la subjectivité, un corps sans squelette. Dès lors, on a beau multiplier
les lieux de concertation et les commissions en tous genres: ce pantin désarticulé n’empêche pas les déviations, manipulations ou prises de pouvoir".
La lettre dénonce, dans la foulée, "la machinerie politique, qui contraint les travailleurs de terrain à arpenter les kilomètres de couloirs
différents, faire le siège de trente-six cabinets, permanences politiques
et partis, photocopier et fixer notes et rapports par dizaines, téléphoner
cent fois pour toucher soit l’attaché de cabinet toujours en réunion, soit
le fonctionnaire totalement dépassé par les événements". Résultat: les décisions "mort-nées ou bien prises à la petite minute dans une totale incohérence".
Pour les signataires de la lettre, cette "crise profonde dans le
fonctionnement de nos institutions démocratiques trahit une absence totale
d’un projet de société" qui pourrait mobiliser chaque citoyen francophone
et intégrer "les différentes composantes" de la vie en société. Rémion et
Grawez admettent que les institutions politiques de la Belgique nouvelle
doivent faire leur crise de jeunesse. Mais, constatent-ils, "le drame pour
nous, travailleurs de la vie associative, c’est que tous ces problèmes et
effets pervers viennent s’ajouter en surimpression au reste".
"On s’acharne sur le social"
Les institutions et associations actives dans le secteur social et culturel et dans le domaine de la santé sont particulièrement touchées par le
projet Prime du ministre Hismans qui, dans l’intention de "réduire le noyau
dur du chômage", a revu les possibilités de faire appel au Troisième Circuit de Travail (TCT). Pour Rémion et Grawez, la proposition Hismans, valable en soi, "perd toute sa valeur et tout son impact quand on la greffe sur
le reste et qu’on la replace dans le contexte plus global... où elle n’est
ni relayée ni gérable ! Les conséquences sur la vie associative sont terribles ! Cette proposition, aujourd’hui votée, va entraîner plus d’effets
pervers et de casse que de conséquences réellement positives. Et cela, non
seulement par absence d’analyse, de projet, de stratégie globale, mais aussi à cause de la politique honteusement politicienne, à cause des contraintes budgétaires, de la lourdeur des habitudes idéologiques et de l’absence
totale de toute autre alternative sérieuse".
Pour les auteurs de la lettre ouverte, "les pouvoirs publics donnent
l’impression de s’acharner sur le social et d’attendre de ce secteur qu’il
résolve lui-même les problèmes dont les responsables politiques n’ont plus
le contrôle. Pire: on commet l’erreur d’exiger d’un seul acteur qu’il décuple ses efforts avec moins de moyens, alors qu’il parvient à peine à
éponger le déficit humain d’une société sans boussole, sans projet global
et plus que jamais génératrice d’exclusions".
Rémion et Grawez estiment pourtant que le secteur social doit évoluer et
s’adapter, que des économies sont à faire et qu’un nouvel équilibre doit
être trouvé entre le public et le privé. Mais, ajoutent-ils, "l’équilibre
n’est pensable qu’autour d’enjeux à relever ensemble et dans un souci extrême du bien commun". Actuellement, le déséquilibre est tel qu’il provoque
la question: "Comment ose-t-on pousser le sadisme jusqu’à attendre de la
vie associative qu’elle transforme ses statuts temporaires en statuts normaux, alors que pour elle-même, l’alternative n’existe pas" ?
L’esprit partisan
Les dernières revendications exprimées dans la lettre ouverte concernent
plus spécifiquement les institutions d’inspiration chrétienne. Le temps est
passé, constatent les signataires, "où l’Eglise restait, par parti et pouvoir interposés ou avec sa complicité, maître de l’enseignement, du social,
de la santé, de tout ce qui touchait l’humain. Au moment où les institutions et associations chrétiennes repensent leur action et leur ouverture
dans une société pluraliste, il semblerait que le climat de politique politicienne pousse certains à vouloir régler leur compte aux catholiques".
Les auteurs de la lettre déplorent que se joue ainsi "une partie de bras
de fer par partis, décrets, subsides, politiques ou mesures interposés, entre le public et le privé, et, plus fondamentalement encore, entre les
laïcs et ceux qui se réclament de l’appartenance à l’Eglise catholique.
Sans refuser les rééquilibrages nécessaires, ils s’indignent que certaines
décisions soient plus guidées par l’esprit petit partisan ou revanchard,
les a priori et les ressentiments que par le réel souci du bien commun".
"Démocratie en danger"
En mettant à mal la vie associative, concluent Rémion et Grawez, "le
monde politique met en danger la démocratie. Or, précisément, c’est au moment où tout bouge, où nous sommes devant des enjeux et des défis majeurs,
où nous nous trouvons confrontés à des problèmes et à des besoins humains
de plus en plus nombreux, complexes et essentiels qu’il faut aider et soutenir ceux qui aident et leur donner tous les moyens et l’appui nécessaires
pour qu’ils soient à même de remplir la mission que la société solidaire
leur confie", précise ce message, adressé à "l’ensemble de la classe politique francophone, avec l’espoir de rencontrer des partenaires politiques
plus crédibles".
Interrogé par l’agence CIP à propos de cette lettre ouverte, un des auteurs, Georges Rémion, confie: "Je suis bien conscient que je monte au créneau pour défendre le secteur associatif. Mais notre réflexion n’est pas
une réaction d’humeur passagère. Il y a des mois qu’elle mûrit au sein de
nos institutions. J’en ai parlé à de nombreux responsables d’association.
Enfin, m’ont-ils dit, quelqu’un qui dit tout haut ce que nous pensons" !
(apic/cip/gar)