Belgique: paroisses sans prêtre résident et laïcs responsables (011289)
Louvain, 1erdécembre(APIC) De plus en plus de paroisses sont sans prêtres
et de plus en plus de laïcs sont amenés à prendre d’importantes responsabilitiés dans l’animation pastorale des communautés chrétiennes. Quel est
l’enjeu de cette coresponsabilité? Quels en sont les moyens? Un colloque a
été consacré à ces questions en cette fin de mois du novembre à la Faculté
de Théologie de l’Université catholique de Louvain.
Sans qu’on l’ait voulu, il y a des faits qui ont imposé, par leur réalité massive, une évolution assez rapide de l’Eglise. Ainsi, observe le sociologue Bert Hellebaut, premier conférencier de ce colloque, il y a de
plus en plus de paroisses sans prêtres résident. Quelques chiffres, pour la
Flandre, suffisent à expliquer la situation: de 634 en 1964, le nombre de
séminaristes est tombé à 186 en 1975; et de 80 prêtres ordonnés en 1964, on
est passé à 28 en 1975 et à 15 en 1987.
Il n’y a cependant pas de raisons d’être pessimiste, enchaîne Bert Hellebaut: "Je suis convaincu que les communautés sans prêtre résident sont un
signe pour l’Eglise de demain". Il y a, en effet, des motifs de se réjouir:
de plus en plus de laïcs partagent des responsabilités; des équipes pastorales mixtes se forment, où le prêtre a davantage un rôle de coordination
que d’homme à tout faire; des laïcs ont davantage de souci de se former, et
en même temps, les bénévoles ne manquent pas. Le sociologue signale toutefois deux problèmes majeurs: il y a des limites au volontariat; lorsqu’il
s’agit de rémunérer des travailleurs pastoraux laïcs, le problème financier
est si vaste que cette solution ne paraît pas aisément généralisable. Sans
parler du problème qu’elle soulève d’un point de vue théologique, un laïc
ne peut assumer la mission spécifique d’un prêtre.
L’étonnement des psychologues
La conception que l’on se fait de l’Eglise sur le plan théologique ne
devrait cependant pas empêcher de voir les problèmes en face, remarque pour
sa part le professeur Hutsebaut, psychologue. En réalité, quoi qu’en pensent les théologiens quelquefois, l’Eglise n’échappe pas aux phénomènes
psychologiques et sociologiques. C’est aussi une organisation humaine et
sociale, où l’on observe les mêmes phénomènes que dans toute organisation.
Et de ce point de vue, le psychologue ne cache pas un de ses étonnements:
"C’est un miracle qu’il y ait encore autant de femmes qui s’engagent au
service de l’Eglise".
Loin de s’opposer aux propos de ses collègues en sciences humaines, le
théologien Rob Michiels partage leurs questions. Il attire l’attention sur
le clivage prêtres/laïcs. "Durcir les différences, c’est fausser l’approche", fait-il remarquer. Le dernier Synode des évêques sur la mission des
laïcs l’a d’ailleurs rappelé: les laïcs, comme les prêtres, sont d’abord
des "fidèles du Christ". La différence entre les uns et les autres, commente le professeur Michiels, "est plutôt fonctionnelle et relationnelle: il y
a des laïcs parce qu’il y a des prêtres, et vice-versa". Il suggère donc de
remplacer la polarité prêtres/laïcs par la polarité communauté/ministères.
Ce qui, à ses yeux, entraîne une conception renouvelée du ministère ordonné
et réclame un élargissement des critères pour accéder à ce ministère: pourquoi maintenir de telles différences à ce sujet entre hommes et femmes, mariés et célibataires, pour un engagement à temps partiel ou à vie?
En attendant, comme l’ont montré les discussions en carrefours et les
échanges d’expérience, c’est sur le terrain qu’on s’aperçoit de la difficulté de résoudre des problèmes-clés. Tout le monde convient, en effet, que
de nombreuses tâches peuvent être assumées par des laïcs. Mais trop souvent, se plaignent les uns, l’Eglise envisage encore l’apport des laïcs à
partir du manque de prêtres et non de la mission commune des baptisés.
Des pistes pour demain
Pour prolonger les réflexions faites en carrefour, un panel d’une demidouzaine d’intervenants a permis d’explorer quelque pistes pour demain. Le
chanoine De Voght, vicaire épiscopal d’Anvers, brosse rapidement la situation pour son diocèse: dans dix ans, sur 314 paroisses, 130 n’auront plus
de prêtre résident et les autres devront donc partager "leur" pasteur. Il
faudra à la fois que les croyants ordinaires revoient leurs attentes à
l’égard du prêtre et que les prêtres acceptent cette "révolution mentale"
qui consiste à confier des tâches et donc du pouvoir à d’autres. Il faudra
également imaginer des structures décanales qui servent réellement de "plaque tournante" pour l’animation pastorale. L’avenir est, en tout cas, dans
la coresponsabilité et le travail d’équipe. C’est déjà cet avenir qui se
prépare dans le diocèse, lorsque se mettent en place des équipes paroissiales et décanales, où des travailleurs pastoraux, hommes et femmes, peuvent
être engagés à temps partiel ou à plein temps.
Reste cependant le problème de leur rémunération, relève encore le chanoise De Voght. "Aujourd’hui, on est moins pressé quand il s’agit de trouver un salaire pour un travailleur pastoral".
Théologien, C. Waegeman est d’avis que le volontariat ne peut tout résoudre. On n’avancera, selon lui, qu’en donnant le plus de responsabilité
aux laïcs. Et d’ajouter: "Puisqu’il faudra payer des permanents, que l’on
constitue des fonds adéquats dans les doyennés!"
Le professeur Fleurquin, président de la Faculté de Droit canon à l’Université catholique de Louvain, avertit néanmoins: on ne gagnerait rien à
laisser s’évanouir la distinction entre prêtres et laïcs. En outre, dramatiser la situation actuelle risque d’entraîner un éparpillement des efforts. Or, constate-t-il, il y a des possibilités inexploitées pour résoudre les problèmes actuels: le nouveau code de droit canonique n’en manque
pas. Ainsi, dit-il, la notion de "ministère du culte" mériterait d’être interprétée plus largement. Ce qui permettrait d’offrir un traitement légal,
non seulement aux diacres comme cela se fait déjà dans certains cas, mais
encore aux travailleurs pastoraux laïcs. Mais, se demande le canoniste, les
autorités ecclésiales se soucient-elles suffisamment de ce problème financier?
Prise de conscience à accélérer dans l’Eglise
Il y a une prise de conscience à accélérer dans l’Eglise, a déclaré en
conclusion le Père Jan Kerkhofs, dans son exposé de clôture. Un exemple:
"Tant qu’on parlera de la femme dans l’Eglise, c’est un signe que quelque
chose ne va pas!" Mais, ajoute-t-il, la prise de conscience des problèmes
doit évidemment s’accompagner de la recherche de nouvelles pistes concernant les ministères et services dans l’Eglise. En ce qui concerne le problème concret de la rémunération des travailleurs pastoraux, le Père Kerkhofs souhaite que les autorités et la communauté ecclésiale contribuent à
une solution financière. "Mais ceci implique que les croyants soient tenus
au courant des comptes et que l’on soit au clair sur l’utilisation de l’argent dans l’Eglise". (apic/cip/pr)
Ici encore, il faudrait compter sur le temps, comme le suggèrent l’exemple des Pays-Bas, illustré par W. Boelens du diocèse de Groningne et le
théologien E. Maeckelberghe. Les catholiques néerlandais reconnaissent
avoir mal appris des protestants en ce qui concerne l’organisation pratique
des communautés locales. Les travailleurs pastoraux y recoivent une formation orientée vers l’action sur le terrain, moyennant stage, éveil des capacités de communication et du sens de l’animation liturgique. Ces animateurs d’Eglise peuvent en outre se spécialiser dans un domaine particulier
de la pastorale, ce que l’on ne connaît pas encore en Flandre. Au total,
ils sont déjà 400 travailleurs pastoraux rémunérés aux Pays-Bas et leur
nombre augmente chaque année de 8%. Cette évolution résulte des efforts entrepris depuis une quinzaine d’année, avec les compromis qu’il a fallu
trouver pour résoudre les tensions. Les travailleurs pastoraux ne sont cependant qu’une minorité infime parmi les laïcs actifs: bien des bénévoles,
soulignent les témoins néerlandais, aimeraient faire de leur engagement ecclésial une véritable profession.