Pour l’ancien évêque de Tournai, "la lutte doit se poursuivre"
Louvain-la-Neuve, 24novembre(APIC) "Jésus, l’Eglise et les pauvres":
c’est le nom que prit au Concile Vatican II un groupe de réflexion et de
travail à l’origine duquel on trouve un évêque belge, Mgr Charles-Marie
Himmer, évêque de Tournai pendant 28 ans (1949 - 1977). Mgr Himmer, aujourd’hui nonagénaire, et qui vit retiré à Beauraing, sa ville natale située près de Namur, était récemment à Louvain-la-Neuve pour partager quelques-uns de ses souvenirs concernant cette initiative.
"L’idée de ce groupe est venue du Père Paul Gauthier, prêtre-ouvrier du
diocèse de Dijon, qui m’a suggéré de rassembler des évêques et de les sensibiliser à un double problème: celui de l’évangélisation des pauvres et
celui de la pauvreté et de la simplicité de l’Eglise elle-même", raconte
Mgr Himmer.
Les réunions amenèrent au Collège belge beaucoup d’évêques (dont la plupart sont aujourd’hui décédés), dont feu Mgr Guy Riobé, évêque d’Orléans,
parmi lesquels plusieurs cardinaux, ainsi qu’un nombre non négligeable de
latino-américains, parmi lesquels le futur cardinal Fresno Larrain (Chili),
Dom Helder Camara (Brésil) et Dom Antonio Fragoso. Certains théologiens
étaient également très assidus, comme les dominicains français Yves Congar
et Marie-Dominique Chenu.
"De ce groupe est sorti un cri en faveur de la pauvreté de l’Eglise et
de l’évangélisation des pauvres", explique l’ancien évêque de Tournai.
"Rappelez-vous qu’avant le Concile, il y avait tout un décorum dans l’Eglise. Les cardinaux portaient notamment de la soie rouge et moirée, les évêques un manteau violet... Mais pour que les évêques puissent se passer de
tout cela, il fallait qu’une intervention vienne de l’autorité supérieure".
Un appel fut adressé au pape dans ce sens. Et, au cours de la troisième
session (1964), vint un geste qui réjouit le groupe: l’annonce de la vente
par Paul VI de la tiare pontificale au profit des pauvres. C’est la même
année que le groupe entreprit une collecte de signatures auprès des évêques, par lesquelles ceux-ci s’engageaient personnellement sur deux points:
simplicité et pauvreté dans le mode de vie; priorité à donner au ministère
de l’évangélisation des pauvres. Près de 400 évêques de différentes parties
du monde signèrent ce texte.
A la quatrième et dernière session, une cinquantaine d’évêques se rendirent à l’église Sainte-Domitille, à l’entrée des catacombes du même nom,
pour célébrer une "messe des pauvres" et prier en faveur de leur engagement
personnel à rester pauvres, de la pauvreté de l’Eglise et de l’évangélisation des pauvres.
A la fin du Concile, Paul VI fit un nouveau geste, qui fut très apprécié, en faisant cadeau à tous les évêques d’un anneau pastoral d’une grande
simplicité. Un membre du "groupe du Collège belge" envisagea même de faire
la collecte auprès des évêques de leur ancien anneau, mais l’idée ne fut
pas retenue.
Les idées débattues au Collège belge ont sans doute trouvé un écho dans
les textes concilaires, conclut Mgr Himmer. En avertissant cependant: "La
lutte contre les inégalités sociales et pour le partage des richesses matérielles et culturelles est toujours à poursuivre". (apic/cip/pr)