Les organisateurs soupçonnent des "pressions du Vatican"
Leuven, 15juin(APIC/CIP) Les frères Leonardo et Clodovis Boff, célèbres
théologiens de la libération, ne se rendront pas en Belgique en décembre
pour une tournée de conférences-débats, annoncée début avril. Les organisateurs, un groupe flamand d’étude pour la théologie de la libération, voient
dans ce désistement l’effet d’une nouvelle "pression du Vatican".
Les deux religieux brésiliens étaient attendus en Belgique en décembre.
En plus d’une grande conférence-débat par province, les organisateurs
avaient aménagé tout un programme de rencontres avec des groupes de base,
des séminaires, etc. un peu partout en Flandre.
Leonardo Boff vient en effet de faire savoir aux organisateurs que, selon les termes du théologien, "de récents développements au sein de l’Eglise brésilienne empêchent la tournée projetée". Le théologien brésilien
s’est refusé à tout commentaire. Ce qui laisse perplexe les organisateurs
et nombre de personnes concernées.
Une Eglise sous pression?
Le groupe d’étude flamand n’a pas oublié que les deux frères brésiliens
ont eu des ennuis avec les autorités vaticanes, à cause de certains aspects
de leur théologie de la libération, ou bien en raison de prises de position
particulières. Ainsi, Clodovis Boff s’est vu retirer en 1984 sa permission
d’enseigner à l’Université de Rio de Janeiro. Quant à Leonardo Boff, c’est
à la suite de la publication de son livre "Eglise: charisme et pouvoir"
qu’il s’est vu imposer par le Vatican, en 1985, une année de "silence".
Mais aujourd’hui, que se passe-t-il? Leonardo Boff est-il à nouveau dans
le collimateur de la Congrégation romaine pour la doctrine de la foi,
présidée par le cardinal Joseph Ratzinger? se demandent des théologiens
flamands. Leurs premières explications reposent, en effet, le problème de
la politique actuelle du Vatican, qualifiée de "répressive" : politique de
nominations d’évêques, retrait des habilitations pour l’enseignement
délivrées à des théologiens et la libération, etc.". Bref, ajoutent ces
théologiens, c’est le problème "d’une centralisation croissante du pouvoir
et d’une régression par rapport au Concile Vatican II".
Certains observateurs vont même jusqu’à imaginer "un changement de tactique" de la part du cardinal Ratzinger. "Hier, disent-ils, il invitait
quelqu’un par écrit à revenir sur telle ou telle attitude. Aujourd’hui,
c’est plus subtil: il fait pression par communications orales, en utilisant
s’il le faut toute la filière hiérarchique".
S’il est difficile de vérifier de telles hypothèses, plusieurs échos récents du Brésil confirment cette impression recueillie auprès d’un témoin:
"Beaucoup de théologiens et de responsables d’Eglise sont aujourd’hui sur
la défensive au Brésil. C’est plus grave encore qu’auparavant, parce que la
peur est plus grande."
Pétition
Le groupe d’étude flamand pour la théologie de la libération lance un
appel aux chrétiens pour qu’"ils prennent la responsabilité de signer à
leur tour la ’Déclaration de Cologne". Une pétition circule en Flandre,
dans laquelle les signataires y expriment notamment "leur solidarité avec
la libération". Ils appellent également à la "vigilance face aux efforts de
restauration" dans l’Eglise de Flandre.
Selon le groupe d’étude, une douzaine d’organisations ont déjà souscrit
à cet appel. On relève, entre autres, les noms du Centre pour la Théologie
de la Libération (Université catholique de Leuven), du Comité Fernando Cardenal, du Centre catholique universitaire de Gand, des chrétiens pour le
socialisme, du Réseau des groupes de base chrétiens en Flandre, des prêtres
pour la Justice et la Paix, de la Fondation Mgr Romero, de la revue jésuite
"Streven", des religieuses pour la Justice et la Paix, du magazine chrétien
"Wereldwijd". (apic/bo/pr)