Belgique : les évêques prennent position (250689)
Bruxelles, 25juin(APIC/CIP) Toute dépénalisation de l’avortement est inacceptable. Car cela équivaudrait à ne plus garantir le premier des droits
de l’homme : son droit à la vie. C’est ainsi que les évêques de Belgique
ont rendu publique leur position Belgique : les évêques prennent position (250689) le 23 juin à Bruxelles. Pour les évêques, ce droit doit être respecté
par chaque individu, par les instances sociales, en particulier par l’Etat.
Et l’Eglie a le droit d’exprimer publiquement son refus de l’avortement :
ce refus procède avant tout de l’exigence éthique d’une civilisation vraiment humaine.
Avant de préciser leur point de vue, les évêques ont attendu la clôture
de l’examen de la proposition de loi sur la dépénalisation de l’avortement
par le Sénat. Celle-ci a été adoptée le 20 juin par 26 voix contre 15 et 2
abstentions. Elle prévoit que l’avortement ne fera pas l’objet de poursuites pénales aux conditions notamment qu’il soit pratiqué dans les douze
premières semaines de la grossesse, que la femme enceinte soit en état de
détresse, que le médecin informe la femme des possibilités d’accueillir
l’enfant à naître et la renseigne sur les méthodes contraceptives.
La proposition de loi adoptée en Commission mixte du Sénat doit encore
faire l’objet d’un débat parlementaire, d’abord en séance publique du Sénat
à la rentrée d’octobre, puis, si elle est votée au Sénat, à la Chambre.
C’est en prévision de ces futurs débats parlementaires et pour éviter que
la législation belge sur l’avortement devienne une des plus laxistes au
monde que les évêques ont jugé opportun de préciser leur point de vue.
Le cardinal Dannels : "Notre société est malade"
"En faisant connaître leur position, les évêques ont voulu faire
réfléchir au véritable fondement philosophique qui sous-tend la position
des partisans de la sépénalisation de l’avortement", a déclaré le cardinal
Godfried Danneels, archevêque de Malines-Bruxelles, en présentant aux
journalistes la position des évêques de Belgique. "Ceux qui sont pour la
dépénalisation de l’avortement défendent une conception de la liberté comme
liberté totale de décider par soi-même et de se déterminer soi-même. Telle
n’est pas la conception que l’Eglise se fait de la liberté. Il faut
d’ailleurs réfléchir aux contradictions de notre société, où les droits de
l’homme sont tellement prisés, et où l’on parle d’inclure dans la loi une
discrimination envers une catégorie spéciale de citoyens : les enfants à
naître".
Même si les circonstances sont difficiles, l’Etat ne peut pas capituler
lorsque le droit même de l’homme à exister est en cause, a insisté
l’archevêque de Maline-Bruxelles. "Il se peut que la population ait du mal
à comprendre. C’est un signe que notre société a la fièvre. Mais on ne
guérit pas une société malade en lui enlevant la source de la santé,
c’est-à-dire le droit à la vie", a constaté Mgr Danneels.
Le cardinal a esquissé à ce sujet une réponse : "La solution réside dans
une réforme des mentalités. Il faut prévenir les causes de l’avortement, en
promouvant l’accueil de la vie, l’aide aux couples et aux mères en difficulté. C’est là qu’est le vrai progressisme : mettre en oeuvre sa créativité et s’engager pour aménager des structures sociales, promouvoir un
changement des mentalités et multiplier le initiatives concrètes. Ceux qui,
par exemple, adoptent des enfants handicapés offrent aux autres des
témoignages prophétiques qui ont de quoi inspirer".
"Réflexion et dialogue"
Le cardinal Danneels a encore déploré la campagne "publicitaire" lancée
en Flandre pour la dépénalisation de l’avortement : ce n’est pas à coups de
slogans, d’images subtiles et d’arguments incomplets que l’on peut résoudre
les problèmes posés, a-t-il dit, mais "par la réflexion et le dialogue".
Certes, a reconnu l’archevêque, il est dommage que les évêques aient à
prendre position à un moment conflictuel, lorsqu’il s’agit de dire non à la
dépénalisation de l’avortement. "Mais il serait regrettable, a-t-il ajouté,
qu’on ne voie dans notre position qu’une attitude de défense. Il ne faut
pas se braquer exclusivement sur la loi dont on discute. Il faut mettre en
place un dispositif en faveur de la vie".
Le président de la Conférence épiscopale a encore précisé que tous les
évêques avaient marqué leur accord sur le texte précisant leur position. Le
non à l’avortement dans tous les cas a été illustré par le cardinal
Danneels en réponse à une question portant sur la position d’un évêque
mexicain. Celui est favorable à l’avortement dans le cas d’une femme qui se
retrouverait enceinte à la suite d’un viol. "Je ne partage pas l’avis de
cet évêque, a déclaré le cardinal. Car une solution serait d’aider la femme
pour qu’elle puisse mettre son enfant au monde".
L’archevêque de Malines-Bruxelles ne craint-il pas que la pénalisation
de l’avortement pénalise d’abord les plus pauvres... en attendant que des
solutions positives suffisantes soient trouvées ? "Oui, il faudrait faire
beaucoup plus pour les dispositifs d’accueil, pour les femmes en détresse,
reconnaît le cardinal Danneels. Et s’en tenir au seul refus de l’avortement
sans rechercher des mesures positives pour éliminer les causes serait trop
facile. Il est donc important que tout le monde s’y mette".
Le cardinal Dannels a aussi mis les choses au point à propos de la contraception. L’Eglise n’est-elle pas contradictoire, lui a-t-on demandé,
quand elle refuse l’avortement tout en continuant de refuser la contraception ? "Non, car il y a une différence fondamentale entre la prévention
d’une naissance et un meurtre", Et tout en admettant que l’absence de contraception pouvait avoir pour effet une grossesse non désirée, l’archevêque
a ajouté que la contraception avait aussi des effets négatifs".
Enfin, le cardinal a précisé que les évêques attendent du législateur le
même comportement que lorsqu’il s’agit d’un meurtre. Les évêques belges
considèrent donc que "la (sic) ou les personnes impliquées dans un fait
répréhensible doivent en répondre au tribunal. Au législateur de permettre
alors au juge d’apprécier dans quel cas il y a atténuation voir absence de
culpabilité. Mais autoriser l’avortement, c’est enlever au juge tout
pouvoir de juger. Et si l’Etat ne protège plus le droit fondamental à la
vie, il ne garantit plus l’égalité entre tous les citoyens". (apic/cip/bd)