Belgique: le cardinal Lubachivsky en quête de solidarité (210689)
Bruxelles, 21juin(APIC/CIP) Depuis 1946, l’Eglise catholique ukrainienne
vit dans la clandestinité, assimiliée de force sous Staline à l’Eglise orthodoxe russe. Dans le but de chercher un soutien en vue de la reconnaissance légale de l’Eglise catholique ukrainienne par l’Union Soviétique, le
cardinal Myroslav Ivan Lubachivsky, primat de l’Eglise catholique ukrainienne, archevêque de Lviv (Lvov) en exil à Rome depuis plusieurs années, a
fait le point de la situation actuelle lors de son passage en Belgique.
A l’époque, les dix évêques catholiques ukrainiens et leurs prêtres avaient été arrêtés. Le primat était alors le cardinal J. Slipyj, qui connut
18 années de goulag, avant d’être relâché à la requête du pape Jean XXIII.
Des évêques et des prêtres ont également connu l’exil. Et de nombreux
croyants, qui n’avaient pas admis le coup de force stalinien, choisirent la
voie de la clandestinité: l’Eglise des catacombes.
L’an dernier, quand diverses Eglises slaves ont choisi de célébrer le
millénaire de leur existence propre, depuis le baptême du saint prince Vladimir de Kiev, l’Eglise catholique ukrainienne s’est sentie encouragée à
sortir de la clandestinité. Ce défi avait déjà été relevé en août 1987,
lorsque deux évêques, 36 prêtres et religieux et 174 laïcs avaient pris la
décision de sortir de la clandestinité et d’en faire part au pape Jean Paul
II et au Soviet Suprême. Par la suite, une campagne de pétitions en faveur
de la reconnaissance légale de l’Eglise ukrainienne a permis de recueilir
des milliers de signatures: 35.357 au 7 février dernier, et parmi elles,
celles de 7 évêques catholiques ukrainiens sur 11.
En Ukraine, les catholiques sont aujourd’hui au nombre d’environ six
millions. A l’étranger, les deux millions d’immigrés ukrainiens vivent
principalement aux Etats-Unis, au Canada, et dans différents pays d’Europe
occidentale.
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La démarche du cardinal Lubachivsky, qui visite plusieurs capitales occidentales, a pour objectif de rechercher une solidarité chrétienne envers
l’Eglise catholique ukrainienne, et que se soulève la question de la reconnaissance légale de cette dernière en URSS, chaque fois que le problème des
droits de l’homme est à l’ordre du jour.
Le primat de l’Eglise catholique ukrainienne n’ignore pas que la reconnaissance légale de son Eglise en Union Soviétique soulève un problème
délicat, même en misant sur la Constitution soviétique et la politique de
perestroïka promue par M. Gorbatchev. La légalisation de l’Eglise catholique en Ukraine montrerait incontestablement l’engagement du gouvernement
soviétique en faveur des droits de l’homme et de la liberté religieuse, elle rendrait ainsi, en la matière, plus attentive l’opinion intérieure et
extérieure de l’URSS. Or, un argument souvent brandi par la propagande soviétique - et celle du patriarcat orthodoxe de Moscou - pour rejeter toute
légalisation de l’Eglise catholique en Ukraine est que cette Eglise serait
une "faction politique séparatiste visant à nuire au gouvernement soviétique", a relevé le cardinal Lubachivsky,
4.119 églises transférées
Certes, les catholiques ukrainiens peuvent apporter de nombreuses preuves de leur loyauté envers le gouvernement de l’URSS, poursuit le cardinal.
Mais, selon lui, le problème soulevé comporte un second volet: "Quant la
nation ukrainienne fut engloutie dans l’orbite et l’économie soviétique,
les catholiques ont rallié de force, mais en grand nombre, l’Eglise orthodoxe. Pas moins de 4.119 églises catholiques ont été transférées au patriarcat orthodoxe-russe de Moscou, ou ont été fermées".
Aujourd’hui, commente dès lors le cardinal Lubachivsky, "la majorité des
églises orthodoxes, des paroisses et des croyants orthodoxes se trouvent en
Ukraine! Parmi ceux-ci, il y a un nombre considérable d’étudiants dans les
Académies théologiques de Leningrad et de Moscou et dans les séminaires qui
viennent d’Ukraine. Si on légalisait aujourd’hui l’Eglise catholique ukrainienne, nombre d’églises orthodoxes-russes se videraient", affirme-t-il.
Le primat de l’Eglise catholique ukrainiennne reflète ce que beaucoup de
catholiques ukrainiens pensent: le patriarcat orthodoxe-russe de Moscou
contribue à la discrimination dont souffre l’Eglise catholique ukrainienne.
D’où l’amertume que l’on sent jusque dans les propos du cardinal. Et lorsqu’un journaliste évoqua devant lui le fait qu’en octobre 1986, lors de la
fameuse rencontre des religions pour la paix à Assise, le cardinal Lubachivsky et le métropolite orthodoxe de Kiev avaient refusé de se serrer la
main, le secrétaire du cardinal s’empresse de répondre: "Le cardinal avait
tendu la main; c’est l’autre qui a refusé...!" (apic/cip/pr)