Belgique: le cardinal Dannels sort de (030989)
Malines, 4septembre(APIC) Le cardinal Danneels, qui s’en était tenu à une
attitude de réserve, s’est exprimé dimanche en Belgique à la suite des polémiques incessantes suscitées par l’affaire du carmel d’Auschwitz. Recevant la presse à l’archevêché au lendemain des déclarations du cardinal
Glemp, lequel acait taxé les signataires de l’accord de Genève "d’incompétents", l’archevêque de Malines-Bruxelles s’est expliqué sur le motif de
son silence. Mgr Danneels est l’un des signataires des accords de Genève.
Selon le cardinal Danneels, il avait été convenu que les porte-parole du
groupe seraient Théo Klein, pour la partie juive, et le cardinal Albert Decourtray, pour la partie catholique. Autre raison: le souci d’éviter toute
escalade verbale, afin de ne pas envenimer un débat fort délicat.
Pour les cardinaux Decourtray, Danneels et Lustiger, il est clair que la
décision concernant le carmel contesté est du ressort de l’ordinaire du
lieu, à savoir le cardinal Macharski, qui a signé avec eux l’accord prévoyant un déménagement. Il s’agissait pour eux d’aider l’archevêque de Cracovie "moralement, financièrement, collégialement", à travers un dialogue
avec les partenaires juifs. Un dialogue qui a débouché sur des accords signés "librement et soigneusement, sans aucune contrainte", insiste-t-il,
comme l’admet du reste le cardinal Macharski, ensuite par la conférence
épiscopale polonaise dans son ensemble (mars 1989), puis par la commission
épiscopale polonaise pour un dialogue avec le judaïsme (juin 1989).
Incompréhension
A quoi tiennent les difficultés? Pour le cardinal Danneels, elles sont
de plusieurs ordres. Au-delà du non respect du délai fixé, il y a d’abord
la pression de l’opinion publique polonaise, qui n’a pas compris l’enjeu et le cardinal accorde que c’est là une difficulté qui a sans doute été
sous-estimée à Genève. Il faut y ajouter les manifestations et incidents
dont le carmel a été le théatre, qui ne sont évidemment pas étrangers au
raidissement de la réaction de la population polonaise, laquelle a voulu
"protéger" les carmélites. Mais il y a, plus profondéement, une divergence
de vue, des sensibilités très différentes sur le sens même de la prière:
les catholiques optant pour la prière d’intercession et d’expiation, les
juifs pour le silence et le recueillement. Opposés à tout culte public, ces
derniers ont vu dans la présence des carmélites une tentative de "christianisation des camps". Pour le cardinal Danneels, ces sensibilités demeureront après un éventuels déménagement, et il s’agira de faire en sorte
qu’elles se rencontrent: tel est le but du future centre d’information,
d’éducation, de rencontres et de prière dont les accords de Genève prévoient la construction.
Quant aux récents propos du cardinal Glemp, le cardinal Danneels déclare
qu’ils ont été tenus à titre personnel, puisque Auschwitz relève de la juridiction du seul archevêque de Cracovie. C’est, ajoute-t-il, la raison
pour laquelle les quatre cardinaux qui ont négocié le transfert du carmel
n’avaient pas à solliciter un mandat du pape dans cette affaire, la raison
aussi pour laquelle la décision n’appartient pas non plus à Jean Paul II.
Insupportable
A propos du reproche adressé par le cardinal Glemp aux cardinaux étrangers, les qualifiant "d’incompétents", Mgr Danneels insiste sur le fait
qu’on ne peut en tout cas pas parler de méconnaissance: "Nous avions une
connaissance approfondie du problème, à ceci près que nous avons sous-estimé la réaction en Pologne".
Que faire? Selon l’archevêque de Malines-Bruxelles, les accords doivent
en tout cas être respectés, ce qui signifie qu’il faudra mettre en oeuvre
tous les moyens adéquats pour obtenir le déménagement, "mais en respectant
la dignité humaine et religieuse des carmélites". Il faudra aussi se garder
de toute escalade verbale et physique, cesser la guerre des communiqués. Le
cardinal Danneels partage à cet égard l’avis exprimé récemment par le cardinal König (Vienne), président international de Pax Christi, au lendemain
de la Route Internationale organisée par le mouvement (route qui passait
par Auschwitz). Ce dernier a souhaité que les juifs cessent de voir dans la
présence des carmélites une tentative de christianiser les camps, mais aussi que les Polonais cultivent la perception de la sensibilité juive. Il est
clair, en tout cas, ajoute le cardinal Danneels, que "cela demandera beaucoup de temps et un dialogue approfondi". Tous les problèmes ne seront du
reste pas résolus par le seul déplacement du carmel.
L’archevêque de Malines-Bruxelles a conclu par cet appel: "Ce serait extrêmement douloureux et presque insupportable qu’à l’endroit même où les
forces du mal ont été si fortes qu’on a pu assassiner des milliers de juifs
et de non-juifs, qu’à ce même endroit, ces forces du mal soient capables
d’opposer les deux frères qui ont adoré le même Dieu que celui d’Abraham,
d’Isaac et de Jacob. Ce serait le dernier triomphe des forces du mal qui
ont une première fois triomphé dans le nazisme et qui ne devrait pas
triompher maintenant en créant une sorte de querelle entre deux frères qui
ont le même Père. Ce serait un comble!" (apic/cip/pr)