Belgique: le cardinal Danneels parle (220393)
"L’Eglise et l’Université sont faites pour s’entendre"
Louvain-la-Neuve, 22mars(APIC) Invité du corps académique
de l’Université catholique de Louvain (UCL), le cardinal Godfried Danneels, archevêque de Malines-Bruxelles et grand
Chancelier de l’UCL, a rappelé mercredi que l’Université catholique est plus nécessaire que jamais, mais il a insisté
également sur l’importance du dialogue et de l’ouverture ainsi que sur un nécessaire climat de liberté pour la recherche
du vrai.
"Je rêve d’une communauté académique qui d’une façon rigoureuse et critique, contribue à sauvegarder et à promouvoir
la dignité humaine dans la recherche, l’enseignement et dans
d’autres services", a-t-il commencé. Dès les premiers mots,
le cardinal Danneels donne le ton du dialogue et de l’humilité: "Je parlerai simplement et librement. Et je ne suis pas
infaillible".
Les premières grandes Universités sont nées au sein de
l’Eglise mais depuis le Moyen-Age, beaucoup de choses ont
changé. Le cardinal Danneels relève que le savoir humain a
éclaté dans toutes les directions et l’on manque désormais
d’un cadre général de pensée. Les sciences positives sont devenues autonomes et font appel à des méthodes nouvelles. Elles ont fortement marqué la pensée humaine surtout préoccupée
de ce que l’on peut vérifier et tester par l’expérience. Les
yeux braqués sur l’avant-plan, on regarde moins ce qu’il y a
au-delà , remarque le cardinal. La religion est aujourd’hui
souvent reléguée dans le domaine privé; son impact est moins
visible et l’on s’en sert davantage comme thérapeuthique. Le
pluralisme est devenu un fait parmi les étudiants et les professeurs. Enfin l’université est aussi affectée par ce que
l’archevêque appelle "le syndrome antiautoritaire, antidogmatique et antiuniversel."
Le dialogue entre les disciplines universitaires
Aujourd’hui, insiste le cardinal Dannells, l’université
catholique est plus nécessaire que jamais. Les sciences soulèvent des questions qu’elles ne peuvent résoudre par leur
seule discipline. C’est vrai en médecine, en économie, en
physique et dans une multitude d’autres domaines. Aussi le
dialogue entre les disciplines est-il recquis pour relier la
recherche de la vérité à la recherche de sens et des valeurs,
dont témoigne notamment la riche tradition de l’université
catholique.
Le fait d’être catholique donne une couleur particulière à
une université, poursuit le cardinal: il s’agit d’unir deux
ordres de réalité, "celui des réalités terrestres vérifiables
et celui de la vérité de la Révélation". Tension "riche, mais
inconfortable" à vivre, car elle déloge sans cesse les hommes
de leur savoir pour les ouvrir à la révélation, que l’on ne
peut enfermer dans un passé contraignant.
Le théologien doit être un guetteur
Pour favoriser la recherche de la vérité, sans opposer la
foi et la raison, mais en unissant "science et conscience",
le rôle des théologiens est précieux, observe le cardinal
Danneels. "Leur rôle n’est pas seulement d’étudier la révélation , mais aussi d’être des promoteurs du dialogue nécessaire en vue d’une synthèse. Le théologien doit être un guetteur, un veilleur, suscitant la conscience des valeurs. Au
sein d’une époque qui souffre d’une grande fragmentation des
savoirs, le théologien rappelle que la vérité est une. Il favorise donc les contacts et les confrontations avec les autres disciplines: les uns et les autres, se rendant mutuellement humbles, "peuvent davantage s’ouvrir à la vérité".
"L’Eglise et l’Université sont faites pour s’entendre,
conclut le cardinal Danneels. "On en peut pas ne pas aimer
l’homme quand on est d’Eglise. De son côté, l’Université peut
aussi compter sur l’Eglise pour lui rappeler, sur la base de
sa riche tradition, son sens de l’homme et son respect pour
la raison". Une université catholique doit-elle être un lieu
d’évangélisation?. Ce n’est pas directement son rôle, précise
le cardinal. Mais elle est un lieu où l’on peut poser la question du pourquoi. A une époque qui a vu s’effronder de nombreux repères, il est essentiel qu’il existe des "postes
d’écoute" où toutes les questions puissent être entendues".
(apic/cip/ba)