Rome, 8novembre(APIC) Dix jours après la clôture du Synode des évêques
tenu à Rome sur le thème "La formation des prêtres dans les circonstances
actuelles", le cardinal belge Gotfried Danneels, archevêque de Malines-Bruxelles, dresse un bilan de l’événement. Selon lui, les 230 évêques présents
à Rome durant le mois d’octobre "on vécu un Synode serein, calme et classique".
Au cours d’une conférence de presse tenue le 6 novembre à Bruxelles, le
cardinal Danneels a déclaré que le caractère "paisible" du Synode peut
s’expliquer par le "réalisme" des interventions: 70% des délégués des épiscopats étaient d’anciens recteurs, directeurs spirituels ou professeurs de
séminaire. De plus, 60% des évêques participaient au Synode pour la première fois et n’avaient donc pas encore une parfaite connaissance des rouages
de l’assemblée.
Le tour d’horizon brossé par les évêques réunis à Rome a montré une évolution inverse des vocations sacerdotales au Nord et au Sud. "En Europe de
l’Ouest et aux Etats-Unis, on a de bons séminaires, de bons professeurs et
des bibliothèques bien fournies. En Afrique et en Amérique latine, ou encore à l’Est, les vocations sont nombreuses, mais l’infrastructure insuffisante", résume le cardinal.
Pourquoi une crise des vocations sacerdotales en Occident? Les évêques
ont évoqué plusieurs causes: sécularisme et autres "...ismes", culture du
"provisoire",... Pour l’archevêque de Malines-Bruxelles, qui ne doute pas
de la générosité des jeunes, "le service de Dieu est moins mobilisant que
le service de l’homme".
Le prêtre et son image
Le Concile Vatican II, puis le Synode des évêques de 1971 avaient abondamment traité la question du ministère sacerdotal. Le problème des vocations et de la formation des prêtres n’appelait pas cette fois-ci une révision de la théologie du ministère pastoral. "C’est moins la définition que
la perception du prêtre qui pose désormais question", observe le cardinal
Danneels. Et d’expliquer: "Dans notre société, on pense moins vocation que
compétence, moins efficacité spirituelle qu’effet psychologique..."
150 des 230 intervenants en assemblée plénière du Synode ont manifesté
une préoccupation particulière pour la spiritualité sacerdotale. Signe
d’une époque "où l’on est plus spiritualiste, moins théologique qu’homme de
prière et homme d’action?" se demande le cardinal belge. Il préférerait
pour sa part que l’on redécouvre l’enracinement de la spiritualité sacerdotale dans le ministère du prêtre en tant que pasteur. A vouloir chercher
une spiritualité sacerdotale ailleurs ne risque-t-on pas de perdre "le fondement dogmatique et théologique" du prêtre diocésain?
Au Synode, la formation des prêtres a été abordée sous divers angles.
Sans renoncer au séminaire classique, les évêques ont d’abord envisagé les
problèmes nouveaux posés par la formation préalable: les candidats n’ont
pas forcément reçu une première initiation catéchétique complète, ou n’ont
pas encore acquis une certaine stabilité humaine après leurs études secondaires... D’où le consensus trouvé autour de cette proposition: une année
"propédeutique" permettrait aux candidats au sacerdoce d’entamer leur formation spécifique par un complément d’initiation chrétienne; ce serait aussi une période propice pour le discernement des vocations.
La formation humaine des futurs prêtres a donc passablement retenu l’attention, y compris sous l’angle affectif et psychologique. Quant à la formation intellectuelle, nombre d’évêques ont plaidé pour qu’on ne mêle pas
les études de philosophie, qui ont leur valeur en elle-même, aux études de
théologie, qui ne sont concevables qu’à l’intérieur d’un acte de foi. A
cette exigence de rigueur les évêques ont ajouté de nombreuses exigences
d’ouverture et d’intérêt portant sur la Bible, la liturgie et l’oecuménisme
notamment.
Des souhaits nombreux ont été exprimés également en matière de formation
permanente. Il ne s’agit pas seulement de réajuster des connaissances, mais
de promouvoir "une formation intégrale qui comprend un art de vivre, un accompagnement spirituel et pastoral", commente le cardinal Danneels. Les
évêques ont laissé le soin au Vatican de synthétiser les propositions faites à ce propos par les différents diocèses.
Obligation du célibat
Bien que trois ou quatre évêques aient demandé que l’on puisse à l’avenir ordonner prêtres des hommes mariés de vertu éprouvée, les viri probati,
la plupart se sont prononcés pour le maintien du lien actuel entre ministère sacerdotal et célibat, du moins dans l’Eglise latine. Jean Paul II a
précisé à deux reprises - à l’issue des travaux et dans l’homélie de l’eucharistie finale - qu’il ne lèverait pas l’obligation de ce lien. A propos
des viri probati, il a déclaré: "On ne peut prendre cette solution en considération, il faut répondre à ce problème par d’autres moyens", ajoutant
que "la possibilité de faire appel à des viri probati est trop souvent évoquée dans le cadre d’une propagande systématique hostile au célibat sacerdotal", une propagande qui "trouve le soutien et la complicité des médias".
Le cardinal Danneels, qui défend lui aussi le célibat des prêtres, n’exclut pas qu’un pape décide un jour d’élargir l’accès au sacerdoce. Le maintien de la discipline du célibat ecclésiastique n’implique toutefois aucune
méfiance à l’égard des femmes, relève-t-il: leur présence dans la formation
des prêtres a été souhaitée. Et d’ajouter: "Chez nous, c’est déjà une réalité".
Enfin, l’ensemble des sujets traités par l’assemblée synodale se retrouve abordé, d’une manière ou d’une autre, dans les 41 propositions que les
évêques ont remises au pape à l’issue de leurs travaux. Ces propositions
ont reçu, à une dizaine d’exceptions près pour telle ou telle suggestion,
l’aval général du Synode. Et les réticences qui se sont manifestées au sujet de certaines propositions qui n’ont pas été retenues sont également significatives: on y diminuait le caractère proprement diocésain du prêtre.
Un nouvel indice, pour le cardinal Danneels, que le prêtre n’a pas besoin
de chercher ailleurs que dans son ministère la spiritualité qui unifie sa
vie. (apic/cip/pr)